20 millions de tonnes de déchets radioactifs laissés par Orano au Niger
Depuis sa fermeture, l’entreprise française Orano a laissé derrière elle 20 millions de tonnes de déchets radioactifs répandus sur 120 hectares, à l’air libre, avec un risque réel pour les populations et l’environnement.
Le 31 mars 2021, la Compagnie des Mines d’Akouta a cessé sa production après près de 50 ans d’exploitation. Créée le 12 juin 1974 et basée à Arlit, en plein Sahara, COMINAK est l’une des trois filiales nigériennes d’Orano (ex Areva), avec SOMAÏR et IMOURAREN, dédiées à l’extraction d’Uranium, le minerai qui fait carburer les réacteurs nucléaires français.
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Ancien campement touareg, Arlit, qui compte aujourd’hui 140 000 habitants, est désormais une ville entourée de montagnes résultant de l’accumulation de ces déchets radioactifs.
Des déchets radioactifs dispersés par des vents puissants
Selon la Criirad (Commission de Recherche et d’Informations Indépendantes sur la Radioactivité), les terrils « ont produit de manière permanente un gaz radioactif, le radon, et les puissants vents du désert ont dispersé les fines poussières contenant des métaux lourds radioactifs, dont certains étant très radiotoxiques par inhalation ». Sans compter la contamination des eaux souterraines, la vente de ferrailles et de textiles radioactifs sur les marchés de la ville et les rues remblayées avec des matériaux également radioactifs.

C’est donc sans surprise que les travailleurs ont développé toute sorte de maladies, allant de problèmes respiratoires aux cancers. Les femmes ont accouché et accouchent encore d’enfants morts-nés ou malformés. Les animaux n’ont pas non plus été épargnés.
Au début de l’exploitation, dans les années 70, les mineurs nigériens sont contraints de travailler sans aucun vêtement de protection qu’on réserve aux mineurs Blancs. Areva ne se gênant pas pour licencier les personnes malades ou moins productives. Les ouvriers nigériens n’ont alors aucune prise en charge sanitaire au moment où les maladies se déclarent, quand leurs collègues français, eux, bénéficient de mesures de contrôle et d’un suivi médical. Pour vous faire une idée, je vous invite à voir le documentaire La Colère dans le vent, de la réalisatrice nigérienne Amina Weira, sorti en 2016.
Quant à la radioactivité, elle est de l’ordre de 450 000 becquerels par kilo, soit 900 fois supérieure au niveau naturel. Or la population de la zone d’Arlit est y exposée depuis des décennies. Des déchets ‘à vie longue’ qui auraient dû être mis dans des containers étanches pour être placés ensuite sur un site qui garantit un confinement à très long terme. Bien sûr, rien n’a été fait.
Orano minimise l’impact néfaste de la radioactivité sur la population
À Arlit, Almoustapha Alhacen, le président de l’ONG Aghirin’man, s’agace de la position tenue par la Cominak : “On nous dit, tout va bien, qu’il n’y a pas de risques mais nous, nous sommes inquiets, parce que nous voyons ici des maladies des reins, du foie, des poumons. Mais nous ne sommes pas en capacité de relier ces maladies à l’industrie minière.”
Avant la fermeture des mines, l’entreprise qui semblait prendre ces inquiétudes à la légère avait promis de recouvrir les déchets, petit à petit jusqu’en 2026, avec de l’argile et de la roche, laissant les associations de défense de l’environnement dubitatives. Pour cause :“De l’argile et de la roche, ce n’est pas assez étanche et solide pour tenir des centaines de milliers d’années”.

Depuis le début de l’exploitation, Orano a extrait environ 140 000 tonnes d’Uranium des mines nigériennes, acheminés en yellowcake jusqu’en France pour transformation et raffinage. Une dépendance aux ressources du Niger dont les prix ont été officieusement fixés par Paris.
Si jusqu’ici, l’Uranium du troixième producteur au monde, représentait près de 30 % de la production du groupe français, le Niger ne percevait que 7 % des versements d’Orano aux pays producteurs.
L’entreprise française a en outre su négocier des réductions d’impôt qui lui ont fait gagner plusieurs dizaines de millions d’euros. Ajouté à cela, la gratuité dont l’entreprise a bénéficié en prélevant des millions de litres d’eau dans la nappe phréatique d’Agadez, en plein désert.
Derrière ce massacre écologique et ces impacts humains directs, ce sont bien les logiques de l’impérialisme français qui ont été à l’œuvre.
