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Aux États-Unis, la mortalité maternelle touche majoritairement les femmes noires

par Deborah

1 juin 2021

La mortalité maternelle est un phénomène qui n’est pas nouveau. Aux États-Unis, les femmes noires particulièrement touchées viennent gonfler les statistiques. Voici comment sont mêlés maternité et discrimination.

Aujourd’hui, et depuis la mort de Georges Floyd le 25 mai 2020, nous luttons sous l’effigie du Black lives matter. Partout dans le monde et essentiellement aux États-Unis, bien plus qu’une tendance ou un hashtag, il est un mouvement qui, quoi qu’on en dise, rassemble. Cependant, avant que ce mouvement ne voit le jour, il est apparu en 2015, le mouvement Black Mamas Matter, auquel se sont ajoutés des mouvements comme celui du National Birth Equity Collaborative.

À QUOI RESSEMBLE UN ACCOUCHEMENT AUX ÉTATS-UNIS ?

Qu’est-ce Black Mamas Matter ? La chose est simple ! Les Etats-Unis reflètent depuis toujours le racisme vis-à-vis de la communauté afro-américaine. Raison pour laquelle après tant d’années, les Noirs mènent encore l’éternel combat de l’égalité. Le mouvement Black Mamas Matter est un combat qui concerne les mères noires. Ces dernières protestent pour l’équité et ne sont pas seules dans cette lutte; le corps médical, ainsi que les militants communautaires y sont aussi impliqués.

Black Mamas Matter ou BMMA (Black Mamas Matter Alliance) est un mouvement relatif à la médecine. En effet, si l’on se voit aujourd’hui lutter pour l’égalité des chances, avant même ce combat, il y a celui de similitude de traitement dès la naissance. Pour la mère et le nourrisson, le traitement diffère en fonction de leur couleur de peau.

Gazette des femmes/Maternité racisée : en voir de toutes les couleurs

Il est fréquent que des femmes meurent suite à des problèmes de santé ou à des complications lors d’un accouchement. On en compte entre 700 et 1200 par an, aux États-Unis. Toutefois, il est important de préciser que le nombre de femmes noires dans ce cas est bien plus élevé que celui des femmes blanches. Selon une étude du Centre américain de contrôle des maladies, le risque de mourir des suites d’un accouchement est trois fois plus élevé chez les femmes noires.

Pire encore, à New York, ville de la diversité, on compte 83,6 morts sur 100 000 naissances chez les femmes noires sur l’année 2010. La raison de ce chiffre se traduit par d’évidentes discriminations au sein du secteur médical. Aux États-Unis, avant de penser accouchement, il faut penser argent. Et par argent, on entend entre 20000 et 40000 dollars américains soit environ 16 000 € pour un accouchement eutocique. Les disparités entre les communautés sont immenses et c’est ce qui détermine l’environnement et la vie future de chacun.

LA DISCRIMINATION EST AUSSI MÉDICALE

Prenons le cas d’une Afro-américaine. Celle-ci est plus susceptible de subir des conditions de vie à milles lieues des standards américains par rapport à une Blanche, comme vivre dans un logement insalubre dont les installations laissent à désirer et qui ont forcément un impact sur son hygiène et sa santé qui est, de fait, fragilisée. Ce que confirme Arline Geronimus, chercheuse à l’université du Michigan : « L’organisme d’une femme noire de 50 ans paraît en moyenne sept ans et demi plus vieux que celui d’une femme blanche du même âge ».                  

Center for Research on Ethnicity, Culture, and Health (CRECH)
Arline T. Geronimus

Vient alors le moment de scolariser cette jeune Afro-américaine. Ses conditions de vie laissent entrevoir que les moyens nécessaires à l’accès à un niveau d’éducation élevé sont insuffisants. Ce qui expliquera par la suite le fait que « pour chaque dollar que gagne un homme, une femme noire touche 63 centimes ». Statistiques dénoncées par Serena Williams 4 années plus tôt.    

Une étude datant de 2016, dans « Obstetrics and Gynecology », nous apprend que parmi les pays développés, l’Amérique se classe au premier rang mondial pour les taux de mortalité maternelle et infantile. Cinq années plus tard, le taux de mortalité infantile est de 5 % soit 0,8 point de pourcentage de différence. Il reste toutefois élevé puisque totalisant une majorité de nourrissons noirs.

Cette disparité exclut donc des soins de santé performants puisque par manque de moyens, la couverture santé des Afro-américaines ne permet pas d’assurer les soins nécessaires. « Souvent, les femmes noires ne sont pas prises au sérieux dans les centres de soins ; on ne tient pas compte de nos symptômes. » déplore Shafia Monroe, présidente du Centre international pour l’accouchement traditionnel à Portland dans l’Oregon.

shafiamonroe.com

Il est clair qu’à la maternité, être afro-américaine représente à la fois un danger. Pour la mère dans un premier temps, puis pour l’enfant qui ne bénéficiera pas des mêmes soins qu’un nourrisson blanc. D’autres facteurs viennent par ailleurs s’ajouter à l’aspect financier, parmi lesquels, l’absence d’interprètes qui ne permet pas de véhiculer les informations dans d’autres langues que l’anglais. Le manque de moyens de transports servant les centres de santé en est un autre.

« Certaines femmes nous disent qu’elles ont peur de s’absenter du travail lorsqu’elles ont des rendez-vous prénataux. Elles ont le choix entre aller au travail ou s’absenter et perdre leur emploi. Pour elles, c’est cela, la réalité. » confie Eleanor Hinton Hoytt, présidente du Black Women’s Health Imperative, une organisation défendant le droit à la santé des femmes noires, à Amnesty International. Pour les Afro-américaines le droit à la santé ne semble pas aussi accessible qu’il se doit de l’être.

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« De toutes les formes d’inégalité, l’injustice en matière de soins médicaux est la plus révoltante et la plus inhumaine. » affirmait Martin Luther King Jr. Le 25 mars 1966. Pourtant, encore aujourd’hui, les inégalités sociales et économiques déjà présentes au sein du pays affectent le traitement des patientes, selon qu’elles soient noires, ou blanches.

C’est pourquoi, une femme noire a, de par la discrimination, peu de chances de débuter sainement sa grossesse puisque cette dernière n’a que très rarement accès aux soins primaires.

Cependant, beaucoup de médecins en ont pris conscience. Ils luttent ainsi en faveur du droit à la santé pour toutes personnes dans le besoin. D’où la création du mouvement « Birth Equity Movement ». qui regroupe des organisations telles que BMMA ou encore BMHC. Ces mouvements imaginent « un monde où les mamans noires ont les droits, le respect et les ressources nécessaires pour s’épanouir avant, pendant et après la grossesse. »

https://www.youtube.com/watch?v=vsSbDwtfwQ8