/Ce jour où Muhammad Ali a empêché un homme de se suicider

Ce jour où Muhammad Ali a empêché un homme de se suicider

Ce lundi 19 janvier 1981, des policiers, un psychologue et un aumônier échouent dans leur tentative de dissuader un jeune homme noir de sauter dans la vide. C’est alors que Muhammad Ali prend le relais.

Ce jour-là, un jeune Afro-Américain, vêtu d’un jean évasé et d’un sweat à capuche, est perché sur une corniche, au neuvième étage d’un gratte-ciel. Ce dernier menace de sauter, déterminé à mettre fin à ses jours. Boris Yaro, un photographe réputé du Los Angeles Times qui a entendu parler de ce jeune homme suicidaire à la radio, se rend sur les lieux et immortalise ce moment d’une extrême tension.

Lire aussi : Il y a 78 ans naissait la légende Muhammad Ali

Dans le quartier du Miracle Mile de Los Angeles, le jeune homme, un dénommé Joe, est là depuis des heures et selon un porte-parole de la police, s’imagine « être au Vietnam, en prise avec le Viet Cong sur le point de l’attaquer ».

En bas, une foule s’est formée dans la rue et selon un rapport, aurait incité Joe à sauter. Lorsqu’un psychologue, un aumônier et des policiers, l’implorent de ne pas se jeter dans le vide, il répond : « Je ne suis pas bon », menaçant de sauter chaque fois que quelqu’un s’approche trop.

Dans cette foule se trouve l’ami de Muhammad Ali, Howard Bingham, également photographe. Tout espoir semblant perdu, celui-ci fait appel au champion poids lourd qui vit à proximité. « Environ quatre minutes plus tard, Ali arrive en voiture du mauvais côté de la rue dans sa Rolls-Royce avec ses feux clignotants. », confiera Bingham aux journalistes.

Yaro capture Ali penché par une fenêtre voisine pour apercevoir Joe, en équilibre sur un rebord. Selon CBS News présent sur les lieux, l’homme s’est écrié : « Je ne vais pas bien, je vais sauter », ce à quoi Ali a répondu : « Tu es mon frère, je t’aime et je ne te mentirais pas. Tu dois écouter. Je veux que tu rentres avec moi, que tu rencontres mes amis. »

Muhammad Ali, à droite tente de convaincre Joe de ne pas sauter. 
Credit Boris Yaro / Los Angeles Times

Interviewé par la suite par le quotidien Reading Eagle, Muhammad Ali raconte : “Lorsque cet homme a demandé : « Pourquoi vous inquiétez-vous pour moi ? Je ne suis personne », je lui ai dit qu’il n’était pas personne. Il m’a vu pleurer et il ne pouvait pas croire que je faisais vraiment ça, que je me souciais autant de lui ».

Puis Ali s’est dirigé vers l’escalier de secours, a mis un bras autour de Joe et l’a emmené à l’intérieur. Les deux hommes sont ensuite sortis ensemble du bâtiment, sont montés dans la voiture d’Ali et se sont rendus au poste de police, avant qu’Ali ne l’accompagne à l’hôpital de l’administration des anciens combattants.

Ali a déclaré à la presse :

« Je vais l’aider à aller à l’école et à trouver un emploi, à lui acheter des vêtements. Je vais me rendre chez lui pour rencontrer sa mère et son père. Ils l’ont traité de moins que rien, alors je me rendre chez lui avec lui. Je marcherai dans les rues avec lui et ils verront combien il est grand »

« Chaque jour, j’irai lui rendre visite à l’hôpital. Je lui ai dit que je resterais près de lui.»

Selon Ali, Joe, dépressif et maltraité par sa famille, n’a pas pu trouver de travail. La police a signalé que Joe était « gravement dérangé », tandis que le Los Angeles Times a démontré qu’il n’avait que 21 ans, donc trop jeune pour avoir servi au Vietnam. Néanmoins, le célèbre boxeur a bien fait d’intervenir, comme l’a indiqué à la presse un porte-parole de la police : « Aucun doute, Ali a sauvé la vie de cet homme. »

Pour rappel, Muhammad Ali, alors à son apogée, a passé trois ans et demi dépouillé de sa licence de boxe, pour avoir protesté contre la guerre du Vietnam, la même guerre qui aurait hanté Joe. Après avoir été conspué par les médias, il sera encensé par ces derniers pour avoir sauvé la vie d’un parfait inconnu en 20 minutes alors que d’autres ont essayé durant trois heures.

Lire aussi : Dernier jour des funérailles de Muhammad Ali à Louisville

Le triple champion poids lourd décédera le 3 juin 2016, après avoir lutté contre la maladie de Parkinson pendant plus de 30 ans.

Anti-complaisance, anti-dilettantisme, anti-procrastination, je milite pour l'Excellence, mais avant tout, pour le dépassement de soi ! Ma citation préférée : “Ce que d'autres ont réussi, on peut toujours le réussir.” À bon entendeur...