Ce que nous dit le non-Lieu dans le meurtre d’Adama Traoré
Près de dix ans après la mort d’Adama Traoré lors de son interpellation, la justice française a définitivement prononcé un non-lieu, mettant fin aux poursuites contre les gendarmes impliqués. Malgré des expertises pointant un lien entre l’intervention et le décès, aucune responsabilité pénale n’a été retenue. Une décision qui ravive les accusations d’impunité policière et pousse la famille à se tourner vers la Cour européenne des droits de l’homme.
Les gendarmes qui ont interpellé Adama Traoré, ont procédé à un plaquage ventral, causé une asphyxie mécanique, ne l’auraient pas assisté quand il leur répétait « je ne respire plus », ne seront pas poursuivis. Près de 10 ans après la mort d’Adama Traoré, la justice française vient de statuer définitivement. C’est la 3ème fois que le non-lieu est prononcé : d’abord en 2023 puis en 2024, clôturant ainsi tout recours possible en France.
La famille Traoré a affirmé sa volonté de saisir la CEDH : « L’histoire retiendra que, dans l’affaire Adama Traoré, nous sommes allés jusqu’au bout. Nous irons jusqu’à la Cour européenne et la France sera condamnée. » a annoncé Assa Traoré. Dans cette affaire, autant le fond que la forme du verdict relèvent d’une violence à laquelle personne ne devrait s’habituer.
Un non-lieu qui relance le débat sur l’impunité des forces de l’ordre
On parle de non-lieu quand un magistrat décide qu’il n’y aura littéralement pas de jugement. C’est une ordonnance juridique qui veut dire qu’il n’y a pas de raison de réclamer justice, que rien ne justifie la plainte. En l’occurrence, une personne est morte mais il n’y a pas de coupable. C’est encore autre chose qu’une affaire classée sans suite où un juge décide de ne pas poursuivre un cas. Ici, la justice décide que les faits ne suffisent pas à soupçonner les gendarmes du meurtre d’Adama Traoré: ils n’ont pas été mis en examen.
Des expertises accablantes mais pas de poursuites engagées
Pourtant la quasi-totalité des 10 expertises médico-légales retiennent que l’état de santé d’Adama Traoré ne l’aurait “probablement pas conduit à la mort sans l’intervention des gendarmes” et que “ce lien de causalité doit être retenu quelle que soit l’incertitude sur son importance”.

Énième histoire de non-lieu en banlieue qui peut se résumer en une question à laquelle ni l’État ni les gouvernements successifs ne répondent: Qui nous protège de la police? Il existe bien des recours sur le papier comme l’IGPN (inspection générale de la police nationale) ou dans cette affaire l’IGGN (inspection générale de la gendarmerie nationale)…
Mais l’histoire retiendra qu’en 2019, 3 ans après la mort d’Adama Traoré, les 3 gendarmes mis en cause par sa famille dans son décès ont même été récompensés par le ministère de l’Intérieur, qui chapeaute l’organe censé être la gendarmerie de la gendarmerie, le recours des civils en cas de crime. Romain Fontaine, Matthias Uhrin et Arnaud Gonzales se sont vus décorés pour “l’interpellation” d’Adama et pour leur “engagement remarquable et d’une détermination sans faille qui font honneur à la gendarmerie nationale”.
Ça rappellera la cagnotte qui a rendu millionnaire le policier qui a tué le jeune Naël d’une balle à bout portant dans la tête. Ça entérinera l’idée que la mort de jeunes hommes racisés, loin d’avoir des conséquences, est célébrée, récompensée, et finalement encouragée.

Quand l’absence de condamnation devient un message politique
Du code Noir expliquant comment disposer des corps noirs impunément, à “la racaille à nettoyer au Karcher” des années 2000, la déshumanisation est le standard car le déni systématique de justice crée des règles tacites: En France, la mort d’un homme Noir ne donne pas lieu à ce que la justice sanctionne. En France, la justice est soumise à la déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen… que lorsque celui-ci est Blanc. La justice, la Police ne servent pas les citoyens mais l’État.
Et tant que ce dernier ne sera pas guéri de sa colonialité et de son impérialisme, il est évident que les jeunes hommes noirs ou perçus comme tels continueront d’être mutilés, traumatisés, tués en toute impunité. Voilà ce qu’il faut lire entre autres dans le filigrane de l’ordonnance de non-lieu de la mort d’Adama Traoré.
Aïda Gueye
