/Les galères d’un étudiant africain en France

Les galères d’un étudiant africain en France

Abdalah Faye est un jeune étudiant en Sciences politiques, plein d’ambition. Sénégalais d’origine, il a fait le choix d’étudier à l’étranger. Atterri en France il y a un an et demi, le jeune homme raconte ses difficultés et ses incompréhensions à son arrivée sur le territoire. 

 

Les péripéties de la procédure pour arriver en situation régulière en France étaient telles qu’à un moment donné, j’ai voulu tout laisser tomber. Celles-ci auront duré neuf mois intenses du début jusqu’à la fin. La première étape de pré-voyage aurait pourtant dû être la plus « facile », mais elle s’était avérée plus compliquée que je ne le pensais. Après avoir été accepté dans un établissement supérieur français, il fallait maintenant passer à la procédure consulaire, l’étape décisive pour l’obtention du visa. Il faut dire que les « papyrus » demandés par la représentation diplomatique française semblaient décourager bon nombre d’étudiants étrangers. Mais pas moi.

 

Il faut dire que les « papyrus » demandés par la représentation diplomatique française semblaient décourager bon nombre d’étudiants étrangers. Mais pas moi.

Welcome to France

 

Arrivé en France, vous pourrez vous croire tranquille mais non ! Les démarches ne finissent jamais, au contraire elles se multiplient. Entre la déclaration à l’Office français de l’Immigration et de l’Intégration, l’inscription à la fac, la recherche de travail, l’ouverture d’un compte bancaire, la recherche de logement avec tous les papiers de garanties qui sont demandés, pour un étudiant sénégalais, ceci est loin d’être une évidence !

Je me rends compte que la France n’est qu’un mirage pour nous autres africains. Pourtant, malgré toutes ces difficultés, tout le monde veut venir, et jusqu’à présent, je les comprends…

La réalité de la vie française est bien différente de la nôtre. Je me retrouve entre deux cultures opposées. Il suffit de regarder les gens déambuler et se rendre compte de ce comportement égoïste du « chacun pour soi… ». Même pas le temps de se dire bonjour, et encore moins d’y répondre. À l’arrêt de bus, chez moi au Sénégal, je dis « bonjour » à tout le monde, mais ici les personnes attendant sur le quai des transports en commun, me regardent bizarrement comme si j’avais commis une infraction en les saluant… Personne ne daigne répondre à ce simple mot. C’est assez ironique car figurez-vous que dans les ascenseurs, ils disent quand même « au revoir » sans pour autant vous avoir dit bonjour lorsqu’ils montent… quel paradoxe !

 

Pour demander des informations sur les lignes de transport, les directions, les adresses, ils te disent « bah lisez monsieur, tout est écrit, vous ne savez pas lire ou quoi ? ».

Familiarités souterraines
F

Pour demander des informations sur les lignes de transport, les directions, les adresses, ils te disent « bah lisez monsieur, tout est écrit, vous ne savez pas lire ou quoi ? ». Il fallait donc pour un blédard comme moi, qui n’avait jamais pris un tram, qui n’était jamais descendu sous-terre pour prendre un métro, m’assurer d’avoir pris la bonne ligne et la bonne direction. En cas d’erreur, je devais manifestement me débrouiller tout seul ou m’adresser à un  renoi  avec qui j’avais plus de chance d’avoir un moment d’écoute, mais attention, pas n’importe quel renoi  ! À savoir que beaucoup d’entre eux se sont décolorés de l’intérieur et sont devenus blancs ou “noirs et blanc”, je ne sais pas trop…

Dans le métro, je remarque que rares sont les personnes qui s’asseyent à côté de moi. Certains préfèrent même rester debout tout le trajet plutôt que d’occuper la place vide.

Je dois dire que ce fut un choc pour moi. Dans un pays où ce que l’on remarque en premier, à l’aéroport d’Orly où je suis descendu, c’est ce mélange de cultures laissant croire qu’on est à l’aéroport Léopold Sedar Senghor de Dakar, tant les noirs sont nombreux. Dans un pays où devraient être défendues ces valeurs symboliques que sont « Liberté, l’égalité et la fraternité », où le multiculturalisme a fait qu’on peut y retrouver tous les métissages possibles… Difficile pour moi de comprendre comment peut-on encore en être à ce stade. La seule chance que j’ai moi, c’est le fait de devoir prendre la ligne 13 pour aller à la fac. Cette ligne qui dessert la banlieue parisienne dans le département de la Seine Saint-Denis, dans le 93, est l’une des rares où l’on peut constater une certaine forme de communautarisme. Je me sens plus à l’aise sur cette ligne et dans cette ville où se trouve mon établissement.

À la fac, la mixité sociale est pourtant visible. Dans la classe, on peut remarquer une certaine diversité culturelle avec des étudiants venant de tous les coins du monde : de l’Afrique noire, du Maghreb, d’un peu partout… Bref, des étudiants issus de l’immigration, ceux qu’on pourrait catégoriser comme étant des « jeunes de cité », une notion visiblement péjorative. Ce semblant de mixité sociale est compréhensible dans la mesure où ce sont des étudiants habitant la Seine Saint-Denis, ce département plutôt réservé (relégué) aux immigrés, aux classes inférieures. C’est cette même population qui remplit et surpeuple les universités Paris13, Paris 8, Bobigny etc…

 

Analyser le problème

 

« tu es en France depuis quand ? Qui es-ce qui t’a pistonné pour ce travail ? »

 

Dans un magasin grande surface où je travaillais comme préparateur de commandes, on me posait très souvent la question : « tu es en France depuis quand ? Qui es-ce qui t’a pistonné pour ce travail ? »
Je ne méritais donc pas ce travail ? Je ne pouvais pas le trouver en si peu de temps ? Peut-être qu’eux-mêmes ont été pistonnés qui sait… N’ont-ils pas appris à se débrouiller tout seul ? C’est en tout cas ce que je me suis dit à ce moment là.

Lire aussi >> https://byusmedia.fr/brillante-reponse-dune-senegalaise-a-raciste/

 

Ici, on a l’impression que l’on ne peut plus compter sur ses proches, ni sur ses enfants, encore moins sur ses parents, l’individualisme reste tristement le mot d’ordre.

Mon constat est qu’en France, la « solidarité nationale » a pris le dessus sur la « solidarité mécanique » ainsi que sur la « solidarité organique ». Cette solidarité nationale dont ils se prévalent n’est pas à la hauteur des attentes, ne pouvant en outre, assurer à tout un chacun une sécurité sociale adéquate et de bonnes conditions de vie. C’est pourquoi, dans ce pays, le phénomène de l’exclusion sociale semble être un problème structurel auquel personne n’est sûre d’échapper, le réveil pouvant être très brutal.

Journaliste société et accessoirement directrice du pôle audiovisuel à ByUs Media. Autodidacte et engagée quand elle s’y met.
Aime l’idée de pourvoir impacter des personnes à travers le monde rien qu’en écrivant ou en filmant.

« En ces temps d’imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire.» G. Orwell