/Esclavage en Libye : les racines négrophobes

Esclavage en Libye : les racines négrophobes

La vidéo publié par la journaliste de CNN montrant des noirs vendus en Libye a provoqué un tollé sur la toile ainsi que dans les rues de Paris. Beaucoup ont fait savoir leur indignation et certains dénoncent même une négrophobie ambiante dans les pays dits « arabes ». Une internaute ayant grandi en Libye s’est exprimé sur le sujet. Nous avons choisi de publier ce témoignage édifiant.

 

J’ai grandi en Libye, à Sebha, dans la région de Fezzan dans le sud. J’y ai passé mon enfance et la première partie de ma scolarité. La négrophobie des Libyens je la connais. L’exclusion et l’oppression des Fezzani/Fezazna (Noirs libyens) je les ai vues. J’ai entendu les insultes et le mépris que se prenaient mes camarades de classe Fezazna à longueur de journée, j’ai vu les profs qui les maltraitaient physiquement et manquaient de respect à eux et à leurs familles en public. J’ai vu les quartiers noirs en marge, misérables (où des gens avaient encore la lèpre) alors que la misère, c’est assez connu, ne faisait pas partie de la vie des Libyens blancs. J’ai vu les quartiers noirs en marge, misérables (où des gens avaient encore la lèpre) alors que la misère, c’est assez connu, ne faisait pas partie de la vie des Libyens blancs. J’ai vu les femmes noires libyennes baisser la tête quand les Blanches leur parlaient, et imaginé leur douleur d’être en face de la petite fille de l’ancien maître de leur père/grand père.

 

« J’ai vu les femmes noires libyennes baisser la tête quand les blanches leur parlaient, et imaginé leur douleur d’être en face de la petite fille de l’ancien maître de leur père/grand père. »

 

J’ai vu des hommes noirs dans des positions professionnelles très importantes et très respectés par les communautés étrangères mais qui étaient mort de peur devant des gamins blancs de 20 ans parce qu’ils savaient qu’à la moindre tension ils pouvaient leur tirer une balle dans la tête. Il faut le dire, on savait que nos voisins libyens avaient des armes, et on a parfois vu ces armes; les Fezzani eux n’étaient pas armés. On savait aussi qu’à chaque fois qu’on entendait un coup de feu c’était un Fezzani tué par des Blancs, et ça pouvait être un policier noir.

 

« On savait aussi qu’à chaque fois qu’on entendait un coup de feu c’était un Fezzani tué par des blancs, et ça pouvait être un policier noir. »

 

J’ai su que mes voisins et voisines libyens pouvaient sans aucune honte frapper le plombier ou l’électricien nigérien, parce que c’est un « abd » (esclave), et j’ai vu des ouvriers ouest africains venir frapper à notre porte pour aller aux toilettes parce que leur employeur blanc libyen les empêchait d’utiliser celles du travail « parce qu’ils sont sales et ont le sida ».

Voir aussi : Le racisme ou le continuum d’un passé qui ne passe pas

 

Alors quand on vient me dire que c’est l’impérialisme, on se fout de ma gueule. La seule raison pour laquelle jusque là, l’esclavage en Libye n’était pas pratiqué formellement, c’est que Kadhafi a exécuté des esclavagistes en 1969 pour calmer tout le monde. L’esclavage est revenu pas juste parce que c’est le chaos, mais parce que l’Institution Kadhafi est tombée et l’interdiction de l’esclavage avec. Mais la société libyenne était prête, depuis longtemps, pour ce retour de l’esclavage, et ça l’arrange puisque là c’est des Libyens qui vendent, mais ACHÈTENT aussi des Africains (y compris les soudanais soi-disant arabes) ET DES FEZZANI AU MARCHÈ, comme on achète des tomates.

D’ailleurs soyons clairs, les grandes tribus libyennes (arabes) sont en tension depuis longtemps pour le pouvoir; et leur rêve de voir Kadhafi, le chef tribal suprême, tomber, ne date pas de 2011. Des gens que j’ai connus étaient dans le gouvernement de Kadhafi, et sont aujourd’hui toujours au pouvoir aux côtés de l’impérialisme et de ceux qui l’ont tué. Ceux qui souffrent du « chaos » et des politiques migratoires impérialistes, sont en premier lieu les étrangers en général, mais surtout les Africains noirs, et les Fezzani, qui n’ont connu la liberté (ou la ségrégation à la place de l’esclavage) que de 69 à 2011. Le retour de l’esclavage a lieu avec la complicité de l’impérialisme, mais aussi du fait de la société libyenne et des tribus blanches.

F.AB

Journaliste société et accessoirement directrice du pôle audiovisuel à ByUs Media. Autodidacte et engagée quand elle s’y met.
Aime l’idée de pourvoir impacter des personnes à travers le monde rien qu’en écrivant ou en filmant.

« En ces temps d’imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire.» G. Orwell