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Faut-il retirer les statues et les noms de rues des exclavagistes français ?

par Lina

21 mai 2018

La journée commémorative de l’abolition de l’esclavage en France a eu lieu chaque année le 10 mai. Cependant, beaucoup se posent la question suivante : faut-il retirer les statues des négriers français encore bien visible dans les villes ?

En août 2017, le journal “Libération” avait consacré plusieurs articles à la réflexion sur la colonisation et la décolonisation. Le journal titrait sa Une : “ Esclavage : la France aussi a ses fantômes”, des fantômes bien visibles dans les rues des grandes villes de France. Une prise de conscience tardive ? Le débat a été réouvert notamment suite aux événements survenus à Charlottesville, où le monde entier a pu assister au défilé de Néo-Nazis qui, torches à la main, manifestaient contre le retrait d’une statue d’un général confédéré, la mairie de la ville estimant que celle-ci glorifiait l’esclavage.

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La douche froide pour certaines villes françaises d’autant plus que le même mois, le magazine FranceInfo dévoilait les cartes de villes de France où l’on pouvait trouver des noms de rues, mémoriales et monuments portant le nom d’esclavagistes. En 2014, la Fondation du Mémorial de la traite des Noirs a par ailleurs lancé une campagne intitulée “Rebaptisez les rues de négriers”. Pour l’association, il ne s’agissait pas de “jeter l’opprobre sur des municipalités ou des familles entières, mais plutôt d’engager un travail de mémoire apaisé, loin de toute repentance”.

Néanmoins, nombreux sont ceux qui considèrent qu’il ne faut pas déboulonner les statues ou renommer les rues. C’est le cas de l’historien Marcel Dorigny, spécialiste de l’esclavage, qui estime qu’il vaut mieux expliquer plutôt que d’effacer les noms des rues d’esclavagistes…Effacer les noms des français effacerait-il la mémoire des générations futures ?

En 2016 à Berlin, la mairie de la ville de Wedding a décidé de débaptiser les rues portant le nom des colonisateurs allemands ayant œuvré en Afrique. Aux Royaume-Unis, le journal “The Gardian” interrogeait la population sur un éventuel retrait de la statue de l’amiral Horatio Nelson, archétype du suprémaciste blanc. Notons qu’une autre statue de l’amiral a récemment été vandalisée à la Barbade. Au pied de la statue, un inconnu a laissé une pancarte avec cette phrase inscrite :

“Nelson va tomber. Ce raciste, suprémaciste blanc qui préférait mourir que de libérer les Noirs est toujours fièrement debout dans la capitale de notre nation. Nelson doit partir. Ne craignez rien. Le peuple a parlé. Les hommes politiques nous ont déçus. Bonne fête de l’Indépendance.”

Alors que faire? on retire ou on retire pas?

Seules les municipalités ont le dernier mot. La mairie de Bordeaux, par exemple, souhaite ériger une statue en l’honneur d’une esclave africaine mais ne souhaite pas rebaptiser des rues qui portent le nom de négriers. À la place, elle propose d’apposer des plaques explicatives. Dans la ville girondaine, la municipalité s’apprête à lancer dix initiatives pour reconnaître sa participation à ce crime contre l’humanité. À La Rochelle, ce travail de mémoire a débuté en 1982, avec l’inauguration du musée du Nouveau monde. Dix ans, plus tard, à Nantes, premier port négrier, un mémorial de l’abolition de l’esclavage était installé sur les quais de la Loire.

Toutes ces initiatives sont-elles suffisantes ? Il apparaît clairement qu’il y existe un lien certain entre les problématiques de mémoire et les discriminations toujours présentes de nos jours. Les villes et pays qui se sont enrichis avec la traite négrières doivent-elles cacher ou retirer toutes traces de leur passé ou les laisser à la vue et au su de tous ? La question est posée…

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