/Histoire de la Guadeloupe à travers le Gwo Ka (1/2)

Histoire de la Guadeloupe à travers le Gwo Ka (1/2)

Création du Gwo Ka

Le Gwo ka est une musique guadeloupéenne importée d’Afrique par les hommes réduits en esclavage, durant la traite négrière. Celle-ci est créée au 18ème siècle et tire son origine des percussions et des chants d’Afrique de l’Ouest.

Créée par les captifs en fuite (appelés « nèg mawon »), cette musique était destinée à communiquer entre eux et à exprimer leur souffrance. Elle s’est ensuite répandue dans les plantations et après leurs rudes journées, le soir, les esclaves se rejoignaient, chantaient, dansaient autour de leurs habitations et battaient le rythme sur de gros tonneaux, les Ka.

Employés avant tout pour conditionner la viande salée, les épices ou le vin, les tonneaux étaient ensuite réutilisés par les esclaves pour en faire des tambours, se les réappropriant en instrument de musique. Ils mettaient une peau de chèvre tendue par dessus pour en faire une caisse de résonance.

Voilà comment l’un des premiers instruments guadeloupéens fut créé.

À cette époque, les esclaves n’avaient aucune distraction. Et lorsqu’ils en avaient, leurs maîtres faisaient en sorte d’y mettre fin. Le Créole comme le Gwo Ka étaient interdits sous peine de châtiments. Et pourtant, malgré ces interdictions, le Gwo Ka a continué d’exister.

Plus tard, certains maîtres autorisent le Gwo Ka dans les plantations pour rythmer le travail des esclaves. D’autres, plus récalcitrants, interdisent le tambour qui sera remplacé par la voix, le chant.

Pendant très longtemps, le Gwo Ka n’est pas bien vu dans la société guadeloupéenne. Faisant directement référence à l’esclavage, bon nombre d’antillais n’ont pas voulu perpétuer cette tradition. Comme on dit en créole : « Sé bitin a vié neg’ » (« Ce sont des choses de vieux nègres »). L’esclavage étant aboli, pourquoi se remémorer les activités relatives à cette période douloureuse ? Cependant, certains se sont entêtés et ont continué de transmettre leur savoir aux générations futures.

Et quelle belle revanche pour la société guadeloupéenne de savoir que depuis 2014, le Gwo Ka est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO !

Mais d’où vient le terme Gwo Ka ? Deux hypothèses : la première tirerait son origine du mot centrafricain « N’gwoka » qui désigne une percussion. La seconde serait tirée du créole. « Gwo Ka » signifie « gros quart » en français et fait référence au quart de l’arbre que l’on utilise pour fabriquer les tambours.

Le Gwo Ka, un art codifié

Certains le voient comme une cacophonie, d’autres y voient une harmonie. Le Gwo Ka, perceptible par celui qui l’entend, est comme une histoire racontée par les anciens aux plus petits. Les tambours résonnent en rythme, la voix du soliste s’élève, accompagné en chœur par le public, il raconte une histoire, se met en place. Ensuite les danseurs (la plupart du temps il s’agit de danseuses) arrivent et complètent cette histoire qui nous est contée. Mais l’essence même du Gwo Ka est l’improvisation.

Le chanteur lève la voix et chante en créole. Il exprime des émotions, la vie, la mort et même la politique. Les gros tambours, appelés boula, jouent le rythme central. Ils sont reconnaissables puisque leur son est grave. Un autre type de tambour se démarque, plus aigu cette fois-ci : le makè (marqueur). Lui seul sera en réelle connexion avec le danseur puisque l’un et l’autre improvisent ensemble. Le danseur suit le rythme du marqueur et le marqueur suit le rythme du danseur.

Les rythmes

Sept rythmes sont à différencier dans le Gwo Ka, chacun évoquant une émotion et/ou une action.

  1. le Léwoz : un rythme guerrier à deux temps marqué par une reprise. Il rythmait les attaques dans les plantations. Il est aussi une danse incantatrice. Les hommes, lorsqu’ils le dansent font des pas saccadés, imitent des disputes ou des coups portés lors d’une bagarre. Ce déséquilibre s’appelle le « bigidi ».
  2. le Kaladja : un rythme lent à deux temps utilisé dans les veillées mortuaires. Il exprime la tristesse, et la mélancolie
  3. le Padjanbel est un rythme en ¾. Il symbolise la joie et la liberté. Il représente le rassemblement et la lutte. C’est aussi une danse qui symbolise le travail, plus précisément la coupe de la canne, la dureté du travail au sol et la légèreté du ciel
  4. le Toumblak : un rythme rapide et festif à deux temps qui représente l’amour, la fertilité, la terre. Le Toumblak chiré, généralement dansé par les femmes, évoque des postures suggestives
  5. le Graj est un rythme à quatre temps qui accompagne les travaux collectifs, agricoles
  6. le Woulé est la « valse créole » pour charmer et singer le Blanc. Il représente aussi les travaux de groupe
  7. le Menndé est également un rythme à quatre temps et probablement le dernier rythme arrivé en Guadeloupe. Il symbolise la fête, le carnaval et la désinvolture. En Sierra Léone, le peuple Mandé joue le même Menndé qu’en Guadeloupe

Journaliste Reporter d'Image - Photographe"Chaque génération doit dans une relative opacité découvrir sa mission, la remplir ou la trahir." - Les damnés de la terre de Frantz Fanon