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Imane Ayissi, premier créateur d’Afrique sub-saharienne à entrer dans le monde de la Haute Couture

par Saly

10 mars 2020

Parisien depuis une trentaine d’années, le styliste camerounais Imane Ayissi devient le premier créateur sub-saharien inscrit au calendrier officiel de la Fédération de la Haute Couture et de la Mode.

Imane Ayissi représente une immense fierté pour l’Afrique noire. En effet, ce dernier a frappé un grand coup en se faisant une place parmi les prestigieux défilés de la Semaine de la Haute Couture parisienne, tenue en janvier dernier. Après la collection croisière de Dior dédiée à l’Afrique, le Prix LVMH décerné au créateur sud-africain Thebe Magugu ou encore la collaboration entre H&M et la griffe sud-africaine Mantsho, la Haute Couture se passionne désormais pour le continent africain.

Un parcours atypique

Ancien mannequin et ex-danseur, Imane Ayissi a toujours possédé la fibre artistique. Né à Yaoundé, dans une famille des plus modestes, il débute d’abord en tant que danseur professionnel au sein du ballet national du Cameroun. Sa carrière le conduit à l’étranger, en Afrique tout d’abord puis en Europe, où il travaille notamment avec le danseur-étoile français Patrick Dupont. Malgré un succès sans équivoque dans ce domaine, Imane Ayissi n’oublie pas sa passion pour la couture. « J’ai commencé mon apprentissage en démontant et en remontant les robes de ma mère. C’est pour elle que j’ai fait mes premiers croquis de mode. » raconte-t-il.

Parallèlement à sa carrière de danseur, Imane se lance dans le mannequinat. Sa corpulence élancée et son visage charismatique lui permettent de défiler pour les plus grandes Maisons : Dior, Lanvin, Yves Saint Laurent, Valentino et Givenchy, entre autres. Top model le jour, créateur autodidacte le soir, Imane Ayissi se souvient « qu’il travaillait sans relâche sur la petite machine qu’il avait achetée » afin de confectionner ses premiers modèles de robes.


Avec des sources d’inspiration telles qu’Yves Saint Laurent, Madeleine Vionnet, Jeanne Lanvin ou encore Jean Patou, le prodige de la couture exprime sa préférence pour la tradition, qu’elle soit française ou africaine. « J’adore leur savoir-faire et tout ce qu’ils ont laissé comme héritage. Ils nous ont permis de faire notre métier aujourd’hui et ont marqué leur époque. Jean Paul Gaultier, par exemple, fait partie de ceux dont l’audace a fait évoluer la mode. »

La consécration d’une carrière

Déterminé à se faire un nom dans le milieu de la création, lmane Ayissi lance sa marque éponyme en 2001. Après avoir longtemps défilé hors calendrier des Fashion Weeks, il change de stratégie en 2013, en présentant une collection annuelle pendant la Semaine de la Couture. Il met alors un pied dans la Grande Couture, petite sœur de la prestigieuse Haute Couture.


Cependant, l’envie de présenter un jour sa candidature à la plus haute fédération ne le quitte pas une seule seconde. Sa persévérance paie et la nouvelle tombe : Imane Ayissi présentera officiellement une collection appelée « Akouma », signifiant « richesse » en langue ewondo, lors de cet événement mondial. Une participation qui l’émeut aux larmes car le talentueux designer a toujours eu à cœur de porter l’Afrique au sommet du monde de la mode : « Je me suis dit qu’il fallait que je sois présent aux défilés haute couture pour montrer que l’Afrique est debout. C’était presque devenu un devoir pour moi. Il fallait que je présente quelque chose au nom de toute l’Afrique et aussi pour mon plaisir et pour tous les gens qui me suivent. »


Son positionnement audacieux quant à la mode africaine n’est jamais passé inaperçu. Sa volonté de transcender les règles, de se démarquer, d’oser et d’aller là où personne n’est encore allé lui vaut sa reconnaissance actuelle.

Un fervent défenseur de la mode africaine

« On a toujours collé une certaine étiquette à la mode africaine en mettant qu’en avant des femmes habillées de tissus très colorés et imprimés. Moi, j’ai toujours pensé que l’Afrique méritait mieux que ça, car nous avons des savoir-faire et un patrimoine textile très riches. Nous manquons juste de moyens », insiste Imane Ayissi.


“Pour moi, c’est une fierté, une ouverture immense de pouvoir montrer les vrais tissus africains, le patrimoine africain”.
Ce dernier refuse d’utiliser le wax, ce qui est extrêmement rare pour un créateur africain. Ce tissu inspiré du batik indonésien, industrialisé en Europe et adopté par l’Afrique, n’est pas valorisant pour elle, selon lui. En effet, il le définit comme colonial et estime que l’Afrique à mieux à montrer.

« De nos jours, dès qu’on parle de la mode africaine, c’est le wax qu’on met en avant, c’est dommage, cela tue le patrimoine africain. »

En contrepartie, le styliste a fait découvrir au monde des savoir-faire africains peu connus tels le kente, tissage traditionnel de l’ethnie Akan que l’on trouve au Ghana et en Côte d’Ivoire, et l’obom, une peau végétale produite à partir d’écorces d’arbres servant à la confection de vêtements.

Le créateur camerounais est déterminé à mettre en lumière l’excellence des savoir-faire du continent noir : « L’Afrique a ses propres tissus que le monde entier doit connaitre… C’est très important pour moi que je puisse montrer mon travail, les tissus pour lesquels je milite, le vrai travail des tissus Africains, les origines des vrais tissus Africains aussi, l’Afrique en elle-même, on va la célébrer… parce que c’est important pour nous. Je pense que c’est une page de la mode qui est en train de s’écrire autrement. »