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Indemnisation des anciens propriétaires d’esclaves et dette coloniale : une aberration !

par Mamadou

13 mai 2021

Après l’abolition de l’esclavage, le 27 avril 1848, dans les colonies françaises que sont la Martinique, la Guyane, la Guadeloupe, la Réunion ainsi que de pays africains, la question de l’indemnisation des anciens propriétaires d’esclaves s’est posée. Fallait-il les indemniser ou indemniser les anciens esclaves ? Déterminée à conserver son pré carré en Afrique, la France a fait le choix de dédommager les anciens propriétaires d’esclaves.

Une figure abolitionniste de l’esclavage, Victor Schoelcher (1804,1893), est aujourd’hui controversée en raison de son ambivalence dans cette cause humaniste. Bien que Schoelcher soit connu pour avoir contribué à abolir l’esclavage, ce dernier avait des visées politiques de colonisation. C’est pour cette raison que ce dernier a choisi d’indemniser les anciens propriétaires d’esclaves qui menaçaient d’abandonner la France dans son projet de colonisation s’ils n’étaient pas dédommagés.

Le franc français, la monnaie qui a servi à indemniser les anciens proriétaires d’esclaves

« Toutes les libertés sont sœurs : le peuple français, en s’émancipant, devait émanciper les esclaves ; un des premiers devoirs pour la France, délivrée de la monarchie, était d’en finir avec les hontes de l’esclavage », écrit ainsi Victor Schoelcher. il fallait en finir avec l’esclavage mais pas avec la colonisation qui est une autre forme de déshumanisation des peuples.

Après des débats passionnés à l’assemblée nationale concernant la question de l’indemnisation de l’esclavage, la commission qui a été mise en place décide d’indemniser les planteurs. En 1849, l’indemnisation est votée et 126 millions de francs payés par les contribuables seront versés aux anciens propriétaires que l’on estime à 10.000. Parmi les bénéficiaires de cette indemnisation, il y a aussi les créanciers, les femmes et les veuves des anciens propriétaires d’esclaves.

Victor Schoelcher, une figure emblématique de l’abolition de l’esclavage aujourd’hui controversée

Jessica Balguy, doctorante en histoire et autrice du livre “Indemniser l’esclavage en 1948 ?” explique comment le choix s’est porté sur les anciens propriétaires d’esclaves concernant cette question d’indemnisation. Selon elle, c’est l’argument juridique qui a été mis en avant parce que l’État français considérait l’esclavage comme quelque chose de légal et ne pas indemniser les anciens propriétaires d’esclaves était considéré comme étant de l’expropriation. Venait s’ajouter l’argument politique suivant : l’État français voulait à tout prix garder ses colonies.

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La colonisation, autre forme d’esclavage, est beaucoup plus subtile. On fait travailler des gens sur leurs propres terres mais le fruit de leur labeur ne profite qu’à l’ancienne colonie. L’exemple le plus frappant est celui d’Haïti où Toussaint Louverture a conduit une rébellion qui a abouti à la proclamation de l’indépendance de son pays, en 1804.

Toussaint de Louverture qui a porté la rébellion qui a obtenu l’indépendance d’Haiti

Quelques années plus tard, une flotte de navires de guerre français se positionne au large de Port-au-Prince. L’ancienne puissance coloniale menace la jeune République d’une nouvelle invasion s’il réfuse de payer une indemnité de 150 millions de franc-or. Haiti accepte de payer cette dette inventée de toute pièce, ce qui fragilisera son économie puisque au début du 20ème siècle, les 4/5 du budget seront destinés à rembourser cette dette colossale. Haïti n’a pas été le seul pays à qui on a imposé de payer une dette absolument absurde. Toutes les anciennes colonies françaises y ont été contraintes, et jusqu’aujourd’hui, ces anciennes colonies françaises se débattent avec cette dette coloniale qui paralyse leurs économies.

La question de l’indemnisation des anciens propriétaires d’esclaves et la dette coloniale font partie de ses nombreuses injustices faisant suite à celle de l’esclavage et de la colonisation qui à l’heure actuelle, n’ont toujours pas fait l’objet de réparation. Ce n’est certainement pas aux anciennes colonies de payer une dette au colonisateur. S’il doit y avoir indemnités, c’est aux anciens colonies de les payer. Un semblant de réparation en supprimant la dette coloniale et en indemnisant les familles des anciens esclaves pourrait apaiser les tensions qui ne cessent d’exacerber ces questions d’esclavage et de colonisation non dédommagés.