/Interview passionnante de Yannick B. Kalala, l’architecte spirituel

Interview passionnante de Yannick B. Kalala, l’architecte spirituel

Yannick B. Kalala est un architecte pas comme les autres ! D’origine congolaise, le jeune homme a grandi à Lausanne en Suisse, mais c’est à Paris qu’il a choisi de s’implanter. Cet Architecte de terrain attentif à la Nature, se définit comme un “écrivain médiateur”, dont la mission est de faire ressortir la spiritualité des éléments en les conciliant. L’Architecture est pour Yannick, le moyen de “se réunir”… Rencontre avec ce personnage atypique et lumineux.


Yanncik B. Kalala, qui es-tu et pourquoi avoir choisi de devenir architecte ?

Je suis d’origine congolaise, j’ai grandi à Lausanne, en Suisse et je me développe sur Paris. Plus jeune, je voulais devenir entrepreneur mais mon père m’a fait comprendre qu’entrepreneur était un état d’esprit et non un métier, mais qu’en revanche, il existait des métiers pouvant aider à devenir entrepreneur, dont l’Architecture.

Ceci étant, la personne qui a vraiment insisté pour que je sois architecte, c’est ma grand-mère parce que mon grand-père était un architecte de Mobutu. C’est ce qui a réveillé mon intérêt. Ajouté à cela le fait que je voulais me différencier de mes camarades de classe qui voulaient tous faire la même chose. Et comme j’étais bon en dessin technique avec de très bonnes notes, j’ai introduit un dossier à l’École d’Architecture ATHENAEUM, à Lausanne. C’est comme ça que ça a commencé et que j’y ai pris plaisir.

Quel est ton parcours ?
Yannick B. Kalala
Yannick B. Kalala

J’ai fait deux ans d’Architecture. Je pouvais en faire trois mais je n’aime pas rester assis à étudier car trop d’énergie, je préfère le terrain. J’apprends énormément sur le terrain… Donc, quand je suis sorti de là, j’ai fait une alternance pendant 4 ans dans un bureau d’architecture. Là, j’apprenais mieux parce que c’était plus technique. L’architecture regroupe l’aspect Conceptualisation et l’aspect Technique. Je maîtrisais le premier, il me fallait maîtriser le deuxième, connaître les matériaux.

Possèdes-tu ta propre agence d’Architecture et pourquoi ?

Quand je suis arrivé à Paris, dans le 16ème, j’ai travaillé dans un bureau d’études. Là-bas, je faisais tout et j’étais payé une misère. Un jour, je me suis dit “Non… Je me lance, je peux le faire !”, même si pour cela, il me fallait sortir de ma zone de confort. J’avais un salaire mensuel… peut-être que j’allais tout perdre ?… Puis je me suis dit que ce n’était pas insurmontable. Je me suis donné un mois pour tout mettre en place et durant 6 mois, j’ai trouvé des petits projets à réaliser. Ça m’a pris une année pour asseoir les choses. Et c’est comme ça que ça s’est fait.

Qu’est-ce qui te différencie des autres architectes ? Comment te définis-tu ?

Je me définis comme étant la voix de l’Architecture africaine. Dans tout ce que j’entreprends, j’aime faire parler l’Afrique. J’aime la faire résonner. L’Afrique est en moi et on ne pourra jamais me retirer cela. 

L’Architecture africaine m’inspire dans sa géométrie, dans ses formes, un peu moins pour ce qui est des détails car j’essaie de marier la tradition qui est la forme à la modernité qui est le détail. À ce titre, Lomé, Douala, Kinshasa sont les trois villes africaines où j’ai eu à conceptualiser, et ça n’est pas fini !

Architecte
La Nature du Ciel, Douala, Cameroun

L’Afrique a une résonnance dans ma vie, dans mes ambitions, dans ma personne. Je ne veux pas dissocier l’Afrique de ce que je fais. C’est ce qui me différencie des autres architectes.

Abordes-tu l’Architecture comme un scénariste met en situation une histoire dans un cadre détaillé ?

Personnellement, j’aborde l’Architecture comme un besoin des matériaux de trouver leur place. C’est le terrain qui suggère la forme du bâtiment. C’est le terrain qui te dit qu’il aimerait être embelli de telle ou telle façon. Et une fois que le bâtiment est réalisé, c’est la fenêtre qui te dit : “Non, je ne veux pas être ici, je préfère être à tel endroit, c’est là où je me sens le mieux.” 

Ce sont les éléments qui écrivent le scénario. Moi je suis là pour les écouter et les placer au bon endroit, pour mieux faire converser l’Architecture.

Considères-tu que tous les matériaux ont leur place ?

Tous les matériaux ont leur place mais ils ne sont pas tous compatibles entre eux. Par exemple : la maçonnerie directement posée sur du béton, ça ne fonctionne pas ! Il faut une semelle de liège entre les deux pour que cela puisse tenir. Certains matériaux ne peuvent pas être mis côte à côte, ils ne vont pas se supporter.

L’Architecture c’est de la technique mais avant tout un travail de création. Te définis-tu comme un artisan ou un artiste ?

Je ne suis ni un artiste, ni un artisan. J’aime raconter une histoire donc je dirais que je suis un écrivain en Architecture. Quand je conceptualise, j’aime qu’il y ait une histoire derrière. Je suis un écrivain médiateur.

« La spiritualité des éléments »

Tu t’inspires beaucoup de la nature et des éléments comme le prouvent les noms de certains de tes projets. Es-tu un adepte de l’Architecture organique ?

En fait, j’essaie de faire ressortir la spiritualité des éléments. Avant la vie, il y a l’esprit et sans l’esprit, il n’y a pas de vie. Ainsi, je dois trouver l’esprit qui accompagne mon concept, puis les choses coulent de source.

Quels sont tes matériaux préférés et pourquoi ?

J’aime beaucoup le bois. Il est très silencieux mais en même temps très expressif. J’aime cette opposition. Le bois est une matière vivante. Il exprime quelque chose : le nouveau ou le temps qui passe. Le bois est très parlant visuellement. C’est en outre, un matériau isolant. Il permet à deux matériaux qui ne peuvent pas être ensemble de se marier. C’est un très bon élément architectural.

Tadao Ando
Église de la Lumière, Tadao Ando

J’aime aussi le béton retravaillé comme l’architecte japonais Tadao Ando qui est mon architecte préféré et dont le style est simple et épuré. D’où la première image que l’on voit sur mon site : une église conçue par Tadao Ando. Le béton est brut mais huilé donc pas besoin de poser une peinture dessus. Je trouve ça magnifique ! J’aime les matériaux bruts et nobles à la fois.

Selon toi, quelle est la pièce la plus importante dans une maison ou un appartement ?

Cela dépend des projets. Il y a un verset biblique dont j’use beaucoup face aux clients : “Il ne faut pas fouler la grâce au pied”. Ce qui signifie que lorsque tu bénéficies de quelque chose, il ne faut pas le négliger.

Donc quand on a la chance de posséder une maison, on ne peut pas se permettre de la décorer n’importe comment. Les pièces ne peuvent pas être disposées n’importe comment. Un projet d’architecture se divise en trois parties avec un espace pour se réunir, un espace pour partager un repas et un espace pour se reposer. Puis ces trois parties se scindent en deux : la partie Jour et la partie Nuit. Et une fois que tout cela est assemblé, ça donne une belle harmonie dans l’architecture.

Je ne peux donc pas dire que j’ai une pièce préférée. Par contre, j’ai un espace préféré, celui où on se réunit. Mon architecture est lumineuse et valorise le fait de se retrouver et de partager un repas ensemble.

  • Corolle de Lumière
  • Corolle de Lumière
  • Corolle de Lumiere

Ambitionnes-tu de réformer l’Architecture ?

Pour moi, l’Architecture c’est laisser des matériaux s’exprimer selon notre propre vision des choses c’est-à-dire avec nos connaissances et notre capacité à matérialiser ces choses. C’est pouvoir mettre une empreinte personnelle pour perpétuer un héritage. Une architecture doit avoir un signature, un ADN. L’Architecture c’est de fait, réformer ce qui a précédé.

Tu dis aimer partir de rien pour entrer dans le détail puis l’excellence… Explique-nous un peu ?

Partir de rien : une feuille blanche, un crayon… Un jour, quelqu’un s’est assis, a pensé à ça, l’a dessiné, lui a donné corps et des gens sont venus vivre à l’intérieur. Habiter une maison ou un appartement, c’est vivre dans la pensée de quelqu’un : “Quand on est à l’aise dans une maison, on est à l’aise dans une pensée.” C’est ça l’excellence !

Seul garçon dans une fratrie de trois, tu es principalement entouré de femmes. Dans quelle mesure ta mère, « Mama Annie », et tes sœurs ont-elles impacté ta vie ?

Un jour, mon père m’a dit ceci : “Celui qui a compris le mot “soumission”, ne néglige jamais une femme car négliger une femme, c’est détruire sa destinée.” La soumission est un ensemble de deux mots; « sous » et « mission ». Un homme ambitieux court vers un but ou une mission, et sa femme, sa sœur ou encore sa mère sont des forces qui le portent afin d’atteindre cette mission. Alors s’il les méprise, il n’aura pas de force pour atteindre sa mission.

C’est pourquoi pour revenir à ta question, ces femmes ont plus qu’impacté ma vie, elles sont la moitié de la force qui m’accompagne dans chaque objectif.

“Mama Annie”

Quelle est la plus belle réalisation architecturale selon toi ?

Selon moi, la plus belle réalisation architecturale, c’est l’être humain !Un bâtiment, au bout de 70 ans, commence à avoir des fissures et il faut refaire des choses dessus, le restaurer, parce que chaque saison vient combattre l’Architecture. Tandis que l’être humain se régénère. Peu importe les saisons, sa peau va se renouveler. L’être humain est la plus aboutie des architectures et sans l’être humain, il n’y a pas d’architecture.

Quels sont tes projets à venir ?

Il y a de gros projets de quartier qui arrivent pour Kinshasa et d’autres villes en Afrique. 

En région parisienne, je suis en train de terminer l’aménagement d’un stade à Villejuif, dans le Val de Marne, qui apparaîtra prochainement sur mon site internet. C’est un projet qui me tient à cœur car il s’agit d’une nouvelle expérience. Je travaille également avec la Fédération Française de Tennis avec laquelle j’apprends plein de choses. J’expérimente de nouveaux matériaux et je suis content de vivre cette expérience.

Quel conseil pourrais-tu donner à un.e jeune afro qui aimerait emprunter ce type d’études mais qui hésite parce qu’on lui a trop souvent répété que ce milieu n’était pas fait pour elle/lui ?

Je lui demanderais de dépasser les préjugés. Elle/il doit comprendre que dans un monde où il y a beaucoup de personnes qui perdent la vie ou sont en danger de mort, l’Architecture couvre la vie, l’Architecture permet de protéger des vies. De fait, une personne qui a attrait à pendre soin des autres ne doit pas hésiter à se lancer dans ce type d’études. 

L’Architecture va de pair avec la Médecine : le premier couvre le corps de l’extérieur, le second l’ouvre de l’intérieur.

Retrouvez Yannick B. Kalala sur : yannickkalala.fr

Anti-complaisance, anti-dilettantisme, anti-procrastination, je milite pour l'Excellence, mais avant tout, pour le dépassement de soi ! Ma citation préférée : “Ce que d'autres ont réussi, on peut toujours le réussir.” À bon entendeur...