Jeux Olympiques de Tokyo : Christine Mboma et Beatrice Masilingi interdites de 400 m pour cause d’hyperandrogénie
À 18 ans, Christine Mboma et Beatrice Masilingi sont les sportives stars de la Namibie. Elles ont obtenu les quatre des cinq meilleurs temps au monde, au 400m féminin. Pourtant, en raison de taux de testostérone trop élevés, les deux jeunes femmes ont été exclues de la liste des athlètes qualifiées pour le 400 m aux Jeux Olympiques de Tokyo.
Christine Mboma et Beatrice Masilingi sont absentes de la liste des participantes au 400m féminin. Toutes deux prenaient part à des compétitions internationales lorsqu’elles l’ont appris. Le Comité Olympique Namibien a informé Christine Mboma par téléphone, et Beatrice Masilingi l’a appris par le biais des réseaux sociaux.
LA TESTOSTÉRONE MARQUEUR DU DÉSÉQUILIBRE DE LA COMPÉTITION
« Les résultats du centre de test indiquent que les deux athlètes ont un taux de testostérone naturellement élevé […] elles ne sont pas éligibles pour les évènements allant du 400 m au mile (1609 m) », a annoncé le comité olympique namibien dans un communiqué.
Les deux adolescentes qui ne s’étaient pas faites testées auparavant ne pouvaient pas le savoir. Or, il y aurait effectivement une fourchette à ne pas dépasser afin que la compétition féminine soit équitable.

Plus une personne a de globules rouges, plus elle peut transporter d’oxygène jusqu’à ses muscles et donc courir plus rapidement. Et la testostérone orchestre justement la fabrication de ces globules rouges .¨Par ailleurs, les sportifs utilisent souvent cette hormone comme produit dopant.
Les hommes ont en moyenne un taux de testostérone bien plus élevé que les femmes. Raison pour laquelle leur potentiel sportif est généralement plus haut que celui des femmes. Ainis, ils ne concourent pas pour les mêmes performances. Ce taux élevé de testostérone naturel jouerait donc un rôle important dans la rapidité desdites participantes.
Le Dr Richard Holt, professeur de diabète et d’endocrinologie à la faculté de médecine de l’université de Southampton, affirme pourtant que la testostérone n’est pas l’unique explication que l’on peut donner aux remarquables performances sportives de ces athlètes.
« Il existe un certain nombre de polymorphismes génétiques, c’est-à-dire de légères modifications des gènes, qui déterminent si une personne possède cette capacité innée à concourir au niveau de l’élite », avance-t-il.

De même, Anais Bohuon, socio-historienne à la Faculté des sciences du Sport de l’Université Paris-Saclay, soulignait en 2015 auprès de So Foot qu’« aucune étude scientifique n’atteste que la testostérone est la molécule maîtresse de la réussite d’un athlète ou d’une athlète. »
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LE COMBAT DE CES FEMMES CONTRE L’INJUSTICE
Déjà, en 2015, lors de la coupe du monde de football féminin, la FIFA avait soumis ses participantes à « un test de féminité » afin « d’étudier toute déviance dans les caractéristiques sexuelles » des joueuses. Frédérique Jossinet s’était insurgé : « D’un sportif qui court très vite, on va dire : “Qu’est-ce qu’il est beau, qu’il est fort”. Une sportive qui fait ça, on va dire : “Elle est un peu trop masculine”. »
En 2018, l’athlète sud-africaine, Caster Semanya, avait elle aussi été interdite de compétition. Le World Athletics avait décidé que « pour garantir une compétition équitable, les femmes ayant un taux de testostérone naturel élevé devaient prendre des médicaments pour le réduire, afin de participer à des courses de demi-fond. »

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Cette option médicamenteuse n’a pas plu à Beatrice Masilingi qui a déclaré : « Je ne ruinerai pas la façon dont mon corps se développe parce que ce sera quelque chose qui bouleverse tout – comment mon corps fonctionne et tout ». « Je ne voudrais pas impliquer d’autres choses parce que c’est la façon dont mon corps fonctionne de manière normale. Et si j’essaie quelque chose de différent, je risquerais de me faire surprendre par autre chose, et cela pourrait mal tourner dans mon corps. »
Les sportives se sentent à l’aise dans leur corps et ne reçoivent pas bien l’argument de la modification artificielle.
Toutefois, World Athletics ne critique pas l’hyperandrogénie de ces deux jeunes femmes. « Nous nous engageons à l’équité pour les femmes dans le sport et rejetons toute allégation selon laquelle les limites biologiques de la catégorie féminine sont basées sur des stéréotypes de race ou de genre ». « Au contraire, elles fournissent une mesure objective et scientifique pour définir la catégorie féminine. »
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Cela reste difficile à digérer pour les athlètes namibiennes qui se sentent personnellement pointées du doigt par cette décision. « Nous venons tous de régions différentes et sommes élevés différemment. C’est tout simplement différent. Nous sommes tous créés différemment, avec des objectifs différents. Vous ne pouvez donc pas me comparer à quelqu’un d’autre. C’est vraiment injuste », déplore Masilingi.
Il s’agit d’un combat, pour leur carrière ainsi que pour leurs droits. « Nous ne nous tairons pas », ajoute Beatrice Masilingi. « Je dirai que le système de soutien est très fort en ce moment. Il y a beaucoup de choses en cours… C’est partout dans le monde et voir des gens contre cette règle et tout, ce qui signifie vraiment beaucoup. L’amour, les entraîneurs, et tout le monde, c’est juste top. », conclut-elle.
