/Kimpa Vita, l’Amazone Kongolaise qui fit trembler les envahisseurs portugais

Kimpa Vita, l’Amazone Kongolaise qui fit trembler les envahisseurs portugais

Dans cet édito, Papa Moussa Camara, étudiant en Communication et mais avant tout, militant panafricain, a choisi de partager l’histoire passionnante de l’Amazone Kongolaise Kimpa Vita, mère de la révolution africaine…

Née à Mbanza Kongo (actuel Angola) aux alentours de 1684 dans une famille de la noblesse, Kimpa Vita fut une prophétesse du royaume du Kongo. Baptisée Dona Beatriz, elle devient une légende historique de la résistance du Kongo face aux colonisateurs européens et portugais en particulier. Sa naissance est marquée par l’esclavage transatlantique, les guerres tribales, mais également par la propagation intense du catholicisme (la religion du colon) au sein des populations du royaume Kongo.

 

L’évangélisation a commencé le 3 mai 1491 avec le baptême de Nzinga Nkuwu (roi du Kongo) désormais appelé Jean Ier. Celui-ci quittera par la suite la capitale Mbanza Kongo (appelée São Salvador par les Portugais). Constatant notamment l’esclavage et le démembrement du Kongo, Kimpa Vita souhaite à tout prix sauver son peuple. Tout comme ses ennemis esclavagistes portugais, elle aussi se servira de l’arme de la religion catholique pour mener sa lutte de libération et de l’unité du royaume Kongo. Elle fonde dès lors le mouvement antoiniste, une forme de syncrétisme entre catholicisme et le système de croyance spirituel traditionnel du Kongo.

Elle se proclame « envoyée de Dieu » et cherche à ancrer le récit biblique dans la géographie congolaise, face la barbarie des esclavagistes portugais et à la division du pays : le Christ serait né à Mbanza Kongo et aurait été baptisé dans la région de Nsundi, Marie aurait été l’esclave d’un notable kongo, plusieurs personnages bibliques, pour la plupart des Nekongo (le véritable peuple élu) seraient des Noirs, les pères de l’église seraient des Africains, et le peuple du Kongo, « le peuple élu »… Dans ses prêches, Kimpa affirme être possédée par l’esprit de Saint Antoine de Padoue (Tony Malau en kikongo), un saint vénéré par les colons portugais, et estime que le roi Antoine Ier (Nvita Nkanga en kikongo) doit être considéré comme un « messie».

À partir de 1703 ou 1704, influencée par les prophéties d’Appolonia Mafuta « Fumaria », qui annonce un châtiment divin et se promène avec une pierre qu’elle présente comme la tête du Christ déformée par la méchanceté des hommes, Kimpa Vita dit recevoir des révélations et annonce que Dieu punira les habitants du royaume si ce dernier n’est pas réunifié, avec pour capitale Mbanza Kongo. Le roi Pierre IV prend connaissance de son message, mais garde ses distances avec elle.

Kimpa Vita s’installe sur les ruines de l’ancienne cathédrale de São Salvador, suite au départ renouvelé du roi Pierre IV du Kongo en 1696, craignant des risques d’attaques militaires voisines. Le mouvement antoiniste draine par conséquent plusieurs milliers de fidèles, y compris la propre femme du roi Pedro IV, Pedro Constantinho de Silva (Prince du Kongo), l’un des généraux de l’armée royale, et bien d’autres qui viennent s‘installer avec Kimpa, à São Salvador.

Statuette représentant saint Antoine de Padoue, ivoire, XVIIIe siècle, collection de Donald et Adele Hall, photographiée pendant l’exposition « Du Jourdain au Congo, art et christianisme en Afrique centrale » au musée du quai Branly (2016-2017)

C’est l’occasion de noter que dès sa jeunesse, Kimpa Vita est reconnue comme “nganga marinda”, intermédiaire entre les hommes et le monde des esprits, elle est initiée (nganga) au sein de la société secrète dite Kimpasi. La société Kimpasi a pour mission de délivrer les gens des forces du mal, à travers des cérémonies d’exorcisme appelées “mbumba kindonga”. On prétend, en outre, qu’elle meurt chaque vendredi et ressuscite chaque dimanche, après avoir passé deux jours à s’entretenir avec Dieu.

Kimpa Vita réécrit certaines prières chrétiennes (notamment l’Ave Maria et le Salve Regina), donnant une grande place à la dévotion à Saint Antoine de Padoue. La prophétesse milite pour la fierté d’être noir, le retour aux sources, mais aussi l’émancipation du Kongo. Désireux de reconquérir leur indépendances, les disciples de Kimpa Vita sont formés à l’art de la guérilla.

Le Royaume Kongo

Apeuré par le succès et la menace que suscite le mouvement antoiniste, le roi Pierre IV s’allie alors avec les Portugais et fait arrêter les hommes de la prophétesse. Au moment de son arrestation dans un contée, Kimpa Vita est trouvée en train d’allaiter son enfant. Ses détracteurs sautent sur cette occasion pour anéantir le mythe de la vierge qu’elle avait mis au point.

Jugée hérétique et considérée comme ennemie du roi, Kimpa est envoyée au bûcher le 4 juillet 1706 par les capucins. Elle est brûlée vive à l’âge de 24 ans, dans la ville angolaise d’Evolulu, près de Mbanza Kongo, en Angola, avec son compagnon João Barro, et son bébé. Certains déclarent avoir aperçu une étoile scintillante sur le lieu de son exécution. Face à ce destin aussi mystique que funeste, les Européens la surnomment « la Jeanne d’Arc du Kongo », en raison des similitudes biographiques notées entre elle et Jeanne d’Arc, brûlée vive à Rouen (France) en 1431.

Suite à sa mort, nombre de ses adeptes seront déportés aux Amériques, puis réduits en esclavage, mais en dépit de cela, le mouvement continue à gagner du terrain.

Les embarcations d’esclaves ont favorisé, entre autres, la large diffusion de la philosophie révolutionnaire de cette prophétesse. Le mouvement antoiniste a par ailleurs inspiré plusieurs mouvements nationalistes au Kongo, ainsi qu dans de nombreux de pays dans le monde. Parmi les messianismes découlant de l’antoinisme, se trouvent le Matsouanisme et le Kimbaguisme qui affichent eux aussi un syncrétisme religieux dans leur précepts.

 

Papa Moussa Camara pour ByUs Media