/L’affaire Mamoudou Barry, symptomatique d’une négrophobie ambiante

L’affaire Mamoudou Barry, symptomatique d’une négrophobie ambiante

Le samedi 20 Juillet dernier, Mamoudou Barry, un jeune chercheur d’origine guinéenne, a perdu la vie à la suite d’une agression raciste survenue la veille. L’affaire a depuis inondé les réseaux sociaux et levé le voile sur le phénomène de négrophobie qui sévit, entre autres, en France.

Selon LCI, l’auteur présumé de l’agression mortelle de Mamoudou Barry a été arrêté ce lundi 22 juillet, à Rouen. L’homme qui aurait proféré des propos racistes avant de s’en prendre violemment au chercheur guinéen, serait connu des services de police et serait d’origine turque. 

L’agression est survenue vendredi soir à Canteleu, en périphérie de Rouen en marge de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations. Alors que Mamoudou Barry était en voiture, son agresseur l’aurait, selon un témoin présent sur les lieux, interpellé avec des propos racistes. Interrogé par France 3 Normandie, celui-ci affirme avoir entendu un jeune homme proférer des menaces et des injures négrophobes : « Vous les sales noirs, on va vous niquer ce soir ! ». 

Le suspect aurait ensuite frappé Mamoudou Barry au niveau du cou et du visage. L’enseignant chercheur en droit a été transféré au CHU de Rouen mais a succombé à ses blessures, le samedi 20 juillet. 

Depuis l’ouverture de l’enquête, une source policière a révélé à LCI que l’agresseur serait atteint de troubles psychologiques et aurait été en pleine crise de démence, au moment des faits. Les enquêteurs semblent alors écarter la préméditation et étudient de près le profil de l’homme. 

Une cagnotte leetchi a été ouverte afin d’aider à financer le rapatriement de la dépouille de Mamoudou Barry, et subvenir aux besoins de sa femme et de sa fille de tout juste 2 ans. 

L’annonce de cette triste nouvelle a entraîné nombreuses réactions sur les réseaux sociaux. Des réactions qui ont fait émerger la question de la négrophobie, entraînant un débat sur le racisme perpétré au Moyen-Orient et en Afrique du nord.

https://twitter.com/Cyriiiille/status/1153010604640260101?s=19

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En France, le racisme Anti-Noirs est, la plupart du temps, abordé d’un point de vue dualiste avec, d’un côté les Occidentaux blancs, de l’autre les Noirs et toute population racisée issue du continent africain ou du Moyen-Orient. Pourtant, au sein même de cette partie du monde proche de l’Afrique pour ce qui du Moyen-Orient, la négrophobie est bel et bien présente, le Maghreb n’étant pas en reste.

Réduits en esclavage en Libye, les Subsahariens subissent multiples discriminations, humiliation et harcèlement, dans l’ensemble du Maghreb.

À Lire aussi : Esclavage en Libye : les racines négrophobes

De nombreux témoignages relatent régulièrement la différence de traitements, le mal-être, le malaise vécus et ressentis par les personnes noires vivant ou visitant ces pays. Cela a récemment été le cas d’une jeune femme noire en visite en Turquie. En effet, un restaurateur a demandé à la touriste de quitter son restaurant prétextant que celle-ci avait une mauvaise odeur.

Pire encore, les Subsahariens qui étudient les pays du Maghreb subissent quotidiennement le racisme ordinaire. Cela passe par des insultes, des humiliations publiques et même par des violentes agressions physiques ; au vu et au su des autorités laxistes.

En octobre 2018, BBC news Africa dévoilait dans un court documentaire les mauvais traitements, violences, séquestrations, viols et meurtres commis sur des gouvernantes kenyanes et ghanéennes venues travaillées en Arabie Saoudite. Les victimes osant très rarement dénoncés ces actes par peur de représailles de la part de leur patron mais également par peur d’être confrontées aux autorités de ces pays autoritaires.

Les populations noires autochtones ne sont pas non plus épargnées

Le 4 janvier dernier, Khadidja Benhamou élue Miss Algérie 2019, a dû faire face à de nombreuses moqueries et insultes de la part des internautes en raison de sa peau noire. Certains d’entre eux sont même allés jusqu’à contester sa nationalité algérienne : « pas assez algérienne ! ».

En Tunisie, les Tunisiens noirs sont quant à eux exclus des cimetières communs et sont enterrés dans des cimetières dits « abid » (« d’esclaves »).

Un collectif appelé « Blackpackers travel » a décidé d’aborder ces questions en ligne, afin de sensibiliser et faciliter les voyages touristiques de voyageurs noirs dans le monde. Les cas de négrophobie étant présents dans de nombreux pays, il est nécessaire d’être informé et sensibilisé pour éviter des situations dramatiques.

Derrière toute cette culture raciste, se cache un historique remplie de guerres et de conquêtes religieuses. En effet, la religion majoritaire dans ces régions est l’Islam qui a d’ailleurs été révélée en Arabie Saoudite. Le fait que l’arabe soit la langue dans laquelle cette religion a été révélée, son histoire, servent d’argument aux racistes pour justifier le « privilège arabe ».

Les actes négrophobes sont souvent invisibilisés et considérés comme étant des cas isolés. Il est plus que jamais nécessaire, pour ne pas dire primordial, de reconnaître ces crimes et de mettre en place des lois condamnant ces derniers, afin d’anticiper d’autres drames consécutifs au racisme endogène qui sévit au Moyen-Orient, en Afrique et partout ailleurs où ces communautés sont amenées à se croiser.

Léonie Vignocan, Rehana Ashraf Himid