Leone Jacovacci, boxeur afro-italien champion d’Europe effacé de l’Histoire sous Mussolini

Peu de gens ont entendu parler de Leone Jacovacci, un jeune boxeur italo-congolais du début du 20ème siècle. Ce champion d’Europe aurait pu avoir un destin glorieux sans le régime fasciste de Mussolini qui a choisi de l’effacer de l’Histoire.

C’est à travers son film-documentaire intitulé « Il pugile del Duce » (soit « Le boxeur du Duce » en français) que le réalisateur italien, Tony Saccussi, a réhabilité un pan de l’histoire de Léone Jacovacci qui avait été falsifiée par le régime fasciste de Mussolini. Ce film est inspiré d’un livre  « Nero di Roma » du sociologue et écrivain, Mauro Valeri, (Éditions Palombi, 2008) qui fut le premier à avoir reconstitué l’histoire de Jacovacci.

Leone Jacovacci

Ce film revient en partie sur l’histoire du boxeur Leone Jacovacci. Ce dernier naît en 1902 à Pombo, dans ce qui deviendra plus tard la République Démocratique du Congo. Son père, Umberto Jacovacci, ingénieur italien exerçant pour une compagnie belge, est envoyé au Congo où il rencontre sa mère Zibu Mabeta, princesse Babuendi dont l’ethnie est basée à la frontière du Gabon.

Ce film documentaire a été projeté le 27 avril 2017 en avant-première, au Parlement européen à Bruxelles, en présence des députés belges tels que Bea Diallo, ancien boxeur d’origine guinéenne et quelques membres de la diaspora africaine.

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Le film révèle le destin quelque peu tragique de ce boxeur afro-italien champion d’Europe, mais dont le titre sera nié et effacé des mémoires par le régime fasciste de Mussolini. Ce film est une façon de réhabiliter l’Histoire et de rendre un vibrant hommage à ce boxeur très peu connu par les nouvelles générations.

Leone Jacovacci : un combat pour l’identité

Bien que son père soit italien, Leone a dû se battre pendant plusieurs années pour être reconnu comme citoyen italien. Il a, dans un premier temps, cherché le succès et la reconnaissance à Londres puis à Paris où il a fait ses premiers matches de boxe. Auparavant, en Italie, plus précisément à Rome où il a grandi, Leone était contraint d’exercer des « petits métiers » sous plusieurs identités, notamment celle de Jack Walker, un Afro-americain. C’est à son retour à Rome, après avoir été reconnu comme citoyen et boxeur qu’il a finalement pu défendre le drapeau italien aux compétions de boxe.

Une citoyenneté indamissible pour le régime fasciste

Cependant, si la citoyenneté de Leone Jacovacci a été actée juridiquement, dans les faits, il est encore un sous-citoyen aux yeux du régime fasciste de Mussolini. La preuve, le 24 juin 1928 au stade Nazionale (actuel Stadio Flaminio), à Rome. Ce jour-là, le stade compte en son sein 40 000 spectateurs. Le combat de boxe oppose Mario Bosisio, un Milanais perçu comme arrogant et Leone Jacovacci, l’enfant du pays, pour le titre de champion d’Europe des poids moyens. l’événement historique est retransmis en direct à la radio.

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Le combat débute. Les rounds s’enchainent à un rythme effréné. Mais au quinzième round, le film de l’événement s’arrête brutalement, sans crier gare. C’est le black out total. La raison ? La victoire de Leone Jacovacci ! Celle-ci a été coupée au montage, censurée par Mussolini qui ne supporte pas qu’un métis lève les bras et revêt la ceinture. Ce n’set pas celui que le Duce aurait souhaité voir soulever le trophée mais plutôt son favori Mario Bosisio, champion d’Italie et champion d’Europe en titre. Leone Jacovacci qui n’a pas un italien « pur sang » verra sa victoire confisquée au profit de son adversaire.

Leon Jacovacci vs Mario Bosisio

Leone Jacovacci, grand athlète oublié de l’Histoire, est décédé des suites d’une unième crise cardiaque en 1983, à Milan où il était gardien d’immeuble. Ses héritiers dans sa discipline seront Sumbu Kalambay et Nino La Rocca, deux boxeurs afro-italiens des années 80 qui deviendront respectivement champion du monde et champion d’Europe dans leur catégorie.

En scrutant de près l’histoire de Leone Jacovacci et en faisant le parallèle avec ce qui se passe aujourd’hui, notamment dans les gradins italiens lors des matches de football, force est de constater que le combat contre le racisme, bien qu’il ait avancé dans une certaine mesure, est loin d’être gagné. Il faut rappeler que des sportifs noirs de haut niveau se font régulièrement hués et insultés par des supporteurs présents dans les stades, en raison de leur couleur de peau, et que jusqu’à ce jour, aucune sanction à la hauteur de ces comportements abjectes n’a été prise ni même envisagée.

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