/Pourquoi l’esclavage n’a jamais existé en Afrique noire

Pourquoi l’esclavage n’a jamais existé en Afrique noire

L’idée d’un esclavagisme présent en Afrique, pratiqué par les Africains contre les Africains, demeure tenace tant dans l’esprit des Noirs que du point de vue de l’humanité toute entière. Étant intéressé par l’histoire factuelle de mon peuple, précisément du peuple noir, je tiens à rappeler les faits concernant cette question, en disant tout simplement aux frères et sœurs que l’esclavagisme n’a jamais été monnaie courante en Afrique noire traditionnelle. Pour preuve, la notion d' »esclave » en tant que telle n’existait pas en Égypte pharaonique fondée par des ancêtres noirs, thèse soutenue par de nombreux égyptologues, dont Jean-Philippe Omotoundé, Guillaume Titiana, ou encore Pierre Nillon, pour ne citer que ceux-là.

 

Le terme employé à l’époque et faisant référence à la soumission à Khémet (en Égypte) est « hem netjer », signifiant précisément « serviteur de Dieu ». Notons que le premier « hem netjer » est pharaon, garant et imminent serviteur de la « Maat » (justice et paix divines) dans l’Empire égyptien. Par-là, nous voyons bien évidemment que le nom « esclave » (homme privé de liberté et réduit en valeur marchande) n’est pas approprié, dans la mesure où toutes les sociétés humaines font toujours en sorte de nommer avec exactitude les choses qu’elles ont l’habitude de voir ou de faire.

 

LA THÉORIE FICTIONNELLE DE L’ESCLAVAGISME SYSTÉMATIQUE EN SÉNÉGAMBIE

 

La question de l’esclavagisme entre Noirs en Afrique de l’ouest, principalement en Sénégambie, est pratiquement similaire à celle portant sur l’Égypte, puisque cette pratique inhumaine était systématiquement bannie dans cette société. Pour mieux l’appréhender, nous allons prendre le cas de la communauté Wolof, une des ethnies située en Sénégambie.

Rapppelons que la société Wolof traditionnelle, à l’instar de toute société divisée en castes, était caractérisée par trois (3) classes socioprofessionnelles :

– Les « Gueers », qui constituent la classe des nobles qui pratiquaient l’agriculture, l’élevage et la chasse
– La classe des « Gnégnos », composée de forgerons, de griots, de bijoutiers, de tisserands et de artisans
– La classe des « Diaams », formée par les serviteurs du roi.

Le terme « Diaam » nous intéresse particulièrement puisqu’en rapport avec notre sujet, en raison notamment de la perception négative qu’ont certaines personnes concernant ce mot. Historiquement, chez les Wolofs, le statut de « Diaam » était réservé aux captifs de guerre, devant soumission au roi ou à l’empereur les ayant vaincus par le passé. De fait, il y avait deux (2) types de « Diaams » : les « Diaam bour » et les « Diaam neg beye ». En clair, le sort de « Diaam bour » était réservé aux commandants de guerre et gouverneurs capturés, bien que ceux-ci conservaient leurs titres et fonctions sous l’autorité du roi vainqueur.

Les « Diaam neg beye », étaient, quant à eux, également constitués de prisonniers de guerre chargés d’effectuer les travaux domestiques pour le compte du roi et de sa famille. Les « Diaam neg beye » étaient néanmoins respectés et parfois consultés par roi. Ils n’étaient en rien l’équivalent d’un bien meuble comme au temps de la razzia négrière ou de l’esclavage des Noirs par les Européens.

Il faut observer que chez les Wolofs, le mot « Diaam » est, là aussi, loin d’être péjoratif, car il est par ailleurs synonyme du terme égyptien « hem netjer » cité précédemment et qui désigne le serviteur de Dieu. Notons, en outre,que dans les systèmes de cousinage et de plaisanterie, « Diaam » était fréquemment usité chez les Wolofs.

Compte tenu des réalités historiques de l’Égypte pharaonique et celles du peuple Wolof de la Sénégambie, qui sont en effet deux (2) époques et deux (2) positions géopolitiques différentes, force est de constater que l’esclavagisme n’apparaît nulle part dans le quotidien de ces deux (2) contrées d’Afrique.

 

INCOMPATIBILITÉ ENTRE L’ESCLAVAGISME ET RELIGION TRADITIONNELLE AFRICAINE

 

La religion de l’Afrique antique était l’Animisme. Celui-ci considère que le créateur suprême Dieu se manifeste à travers ses créatures afin de les animer, d’où le concept animiste. En tant qu’animistes, les Africains, accordaient beaucoup de respects aux êtres vivants, animaux comme végétaux, ainsi qu’aux être non vivants. C’est pourquoi, il n’était pas concevable d’abrutir un être humain, ni même de le départir de sa dignité, étant donné qu’il était perçu comme un être sacré puisque les sources divines, appelées notamment « Kâ » et « Bâ » en égyptien ancien, soufflaient en lui.

En raison de cette sanctuarisation de l’Homme, il n’y avait guère de prison en Afrique noire traditionnelle, bien que toute personne coupable d’un crime était vouée à la sanction qu’elle méritait.

cérémonie dogon

Ainsi, sur le plan culturel et traditionnel, ceci témoigne du fait que l’Afrique noire ignorait la notion d’esclavagisme brillant par son inexistence tangible, contrairement à ce que nos ennemis, mal intentionnés, veulent nous faire croire dans l’optique de se déculpabiliser du tort commis contre le peuple noir, dans le but de susciter la haine et le mépris des Africains et des Afro-descendants désorientés envers leurs aïeux.

L’avenant révolutionnaire nigérian, Chinua Ashebe, affirmait que « Tant que les lions n’auront pas leur propre histoire, l’histoire de la chasse glorifiera toujours le chasseur ». Voilà pourquoi il est plus que nécessaire que les lions donnent eux-aussi leur version de la chasse. Il est impératif que l’Afrique réécrive son histoire authentique pour mieux redresser son image sabotée jusque-là.

Connais-toi toi-même !

 

Papa Moussa Camara pour ByUs Media

 

Papa Moussa CAMARA, étudiant en Multimédia-Internet-Communication ( MIC) à l’Université virtuelle du Sénégal, membre de la Ligue Panafricaniste Umoja (LP-U) et de l’Urgence Panafricaniste (UP) section Université Cheikh Anta Diop de Dakar