/L’incroyable histoire de Yasuke, premier Samouraï noir

L’incroyable histoire de Yasuke, premier Samouraï noir

Lorsque cet africain d’1,90 mètres atterrit au Japon vers 1579, il est comme le géant Gulliver au pays des Lilliputiens. Les gens se précipitent, provoquant presque une émeute, pour le voir de près. Un tel spectacle est si étrange à Kyoto. Pour cause, Yasufe, de son vrai nom, est l’un des premiers Africains jamais arrivé sur l’île. Un puissant chef de guerre japonais médiéval nommé Oda Nobunaga (1534-1582), lui ordonne d’enlever ses vêtements tandis qu’un troupeau de serviteurs essaie de frotter l’« encre noire » de sa peau en lui donnant le bain. Rien ne laisse alors présager que le jeune esclave est destiné à devenir le premier Samouraï noir au monde.

 

Les Samouraïs sont parmi les symboles les plus durables du patrimoine culturel japonais, et rares sont les étrangers qui ont pu obtenir ce titre. Mais un homme peu orthodoxe se démarque de la longue kyrielle de nobles guerriers japonais. L’histoire de Yasuke pourrait ressembler à l’intrigue d’une fiction façon Quentin Tarantino, or ce celui-ci a bel et bien existé en tant que seul Samouraï africain de l’histoire. Des historiens rapportent que Yasuke, originaire de l’ethnie Makua au Mozambique, a été capturé à son domicile puis vendu à un prêtre jésuite nommé Alessandro Valignano. En 1579, le père Valignano fait un voyage missionnaire au Japon et emmène Yasuke avec lui. Selon les lettres du missionnaire portugais Luis Frois et l’histoire de l’Eglise du Japon, un livre datant du 17ème siècle écrit par François Solier, Yasuke doit avoir 24 ou 25 ans à l’époque, surplombant les Japonais par sa grande taille et ayant la peau comme du « charbon ».

 

“Pour qu’un Samouraï soit brave, il faut qu’il ait un peu de sang noir” – Proverbe japonais

 

La renommée du jeune africain suscite la curiosité de Oda Nobunaga, un chef de guerre conquérant japonais qui cherche à unifier le Japon et ramener la paix dans un pays déchiré par la guerre civile. Conquis par Yasuke, Nobunaga loue la stature et la force de cet africain, la comparant à celle de « dix hommes », et faisant de lui son garde du corps féodal. Le vassal est rebaptisé Yasuke par le chef de guerre (il s’agit très probablement d’une japonisation de son nom de naissance). Nobunaga est quant à lui, décrit comme étant un diplomate à l’esprit ouvert.

« Nobunaga était très méritocratique. Il pouvait voir au-delà de la peau. Il a su utiliser les Portugais et les étrangers à son avantage, durant cette période », indiqueLawrence Winkler, auteur de Samurai Road.


Au Pays du Soleil Levant, Yasuke « n’était pas considéré comme un bien meuble, mais comme tous les vassaux qui devaient servir Oda avec fidélité », explique Matt Alt, basé à Tokyo et vice-président de la maison d’édition AltJapan. Nobunaga, très attaché à Yasuke, finit par le considérer comme un membre de sa famille, après que ce dernier ait gagné son estime, lors d’une patrouille sur le champ de bataille du château Azuchi. En moins d’un an, Yasuke passe du statut d’humble écuyer à celui de Samouraï, classe guerrière du Japon.  Avec le temps, Yasuke parle couramment le japonais et se tient à cheval aux côtés de Nobunaga, durant l’offensive, « un honneur réservé aux personnes qu’Oda respecte et estime dignes de confiance ». En tant que bras droit de Nobunaga, Yasuke bénéficie de nombreux privilèges enviables au cours de son mandat, notamment sa propre résidence privée, un katana cérémonial ainsi que l’honneur de manger avec Nobunaga, ce dont peu de samouraïs sont au courant à l’époque.

Cependant, beaucoup de mystères entourent le personnage de Yasuke, à ce jour. À l’instar de beaucoup d’esclaves déracinés, les informations sur sa vie antérieure sont rares, et les documents officiels du Japon du 16ème siècle ont été mal conservés. En effet, l’époque des Royaumes combattants et la période Sengoku, où les Daimyos se disputent le contrôle du Japon, sont très mouvementées, donnant lieu à de nombreux bains de sang et où tout est ravagé.

Au cours de cette période de floraison culturelle et de bouleversements politiques, Yasuke devient une référence, y compris pour les forces concurrentes. « Il n’y a vraiment pas grand chose à dire au sujet de Yasuke, grand comme il est », ajoute Matt Alt.

À l’été 1582, peu de temps après que Yasuke ait obtenu le statut de Samouraï, un général trahit Nobunaga, assiège son château, dévastant et brûlant tout sur son passage. Fidèle au post, Yasuke rejoint rapidement le fils de Nobunaga, Oda Nobutada, pour l’aider à défendre la forteresse, mais en vain. La forteresse est finalement envahie, et les forces ennemies bannissent Yasuke qui est livré à un missionnaire jésuite européen, à Kyoto, où il vivra le reste de ses jours dans l’ombre.


 

Bien que sa carrière de Samouraï ait été de courte durée, Yasuke est devenu le héros de Kuro-suke (くろ助), un livre de fiction historique pour enfants qui a remporté le prix de l’Association Japonaise Des Écrivains Pour Enfants, en 1969. Le livre raconte que Yasuke ne vivait que pour combattre. Mais lorsqu’il s’endormait la nuit, Yasuke rêvait de ses parents restés en Afrique et pleurait en silence.

C’est l’histoire d’un vaillant guerrier triomphant contre toute attente, mais également celle d’un jeune homme triste, parachuté dans un monde d’étrangers. C’est son sacrifice, et non pas son épée ni même ses victoires, qui fait de lui un véritable Samouraï.

Anti-complaisance, anti-dilettantisme, anti-procrastination, je milite pour l’Excellence, mais avant tout, pour le dépassement de soi !
Ma citation préférée : “Ce que d’autres ont réussi, on peut toujours le réussir.” À bon entendeur…