Lorsque la France interdisait l’avortement, sauf aux femmes noires
Dans les années 70, sur l’Ile de la Réunion, plusieurs femmes noires ont été avortées et stérilisées. Cela se passait souvent sans leur consentement. Un système avait été mis en place, avec l’appui des pouvoirs publics de l’époque.
Dans son livre “Les ventre des femmes” (Albin Michel, 1er mars 2017), l’écrivaine Françoise Vergès met en lumière une France des années 60-70 qui encourage l’avortement et la contraception dans les départements d’outre-mer, alors même qu’ils les interdisaient et les criminalisaient en France métropolitaine.
Ce livre recueille de nombreux témoignages de femmes noires victimes d’avortements et de stérilisations sans consentement, pratiqués par des médecins blancs. L’auteure retrace la politique de gestion du ventre des femmes, stigmatisées en raison de la couleur de leur peau.
On évoque un chiffres de 8 000 avortements pour 16 000 naissances sur toute l’Ile de la Réunion.
Dans cette analyse, on retrouve aussi des témoignages poignants de femmes ayant subi la domination de l’empire colonial Français.
Y sont racontées les mémoires d’une femme enceinte de trois mois, entrée dans une clinique pour une douleur au ventre. Alors qu’on lui avait annoncé une opération de l’appendicite, elle s’était rendue compte au réveil qu’on avait mis fin à sa grossesse et ligaturé les trompes.
Certaines patientes de la clinique de Saint-Benoît étaient enceintes de six, sept ou huit mois.
Dès 1945, invoquant la « surpopulation » de ses anciennes colonies, l’État français met en place le contrôle des naissances et l’organisation de l’émigration. Françoise Vergès analyse la gestion de la reproduction des femmes à travers les politiques de l’État, du capital et du patriarcat, ainsi que des liens existants entre reproduction, migration et force de travail.
