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Malcolm X, une histoire de cheveux

Ses cheveux, défrisés par un mélange chimique incertain, plaqués à l’arrière de sa tête comme un jeune premier blanc, incarnaient pourtant la période d’une adolescence sombre. Une vie de hors-la-loi, que le jeune délinquant Malcolm Little, surnommé « Detroit Red » en référence à ses cheveux roux, menait sans réellement se soucier des lendemains obscurs d’une Amérique raciste et ségrégationniste à cette époque. Un faux départ, qui cependant marqua à jamais la vie de Malcolm Little devenu Malcolm X, incontournable prêcheur musulman afro-américain, orateur et militant des droits de l’homme.

 

LES CHEVEUX ROUX

Malcolm X enfant, ici les cheveux naturels blond vénitien

D’abord du coton roux délicatement posé sur le haut d’une tête bien faite. Malcolm Little naquit le 19 Mai 1925 à Omaha dans l’Etat du Nebraska. Quatrième d’une grande fratrie, il se distingue de ses frères et sœurs par sa peau claire et ses cheveux… étonnement blond roux (blond vénitien). Un trait génétique qu’il doit aux origines de sa mère Louise Little, métisse d’un père écossais qu’elle n’aura jamais connu et d’une mère noire originaire de l’île de la Grenade. 

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Les parents de Malcom X : Louise et Earl Little

« Ma mère ressemblait à une femme blanche » écrivait Malcolm X dans son autobiographie « elle avait les cheveux lisses et un accent qui ne sonnait pas comme celui des autres noirs ». Et bien que son père eu la peau et les cheveux très foncés, le gène roux l’a pour ainsi dire emporté. Restropectivement, Malcolm X pensait qu’il bénéficiait d’un traitement de faveur de la part de son père en raison de sa peau claire et de ses cheveux roux. Pourtant en grandissant, le jeune Malcolm se mit progressivement à détester la couleur de ses cheveux. Les origines métissés de sa mère étaient taboues dans la famille Little. Sa mère, Louise avait honte de ce père blanc inconnu et détestait sa peau blanche. Pour Malcolm X, ce fut le déclic « j’ai appris à haïr chaque goutte de sang de ce violeur blanc raciste (grand-père maternelle) qui est en moi » disait-il.

 

LES ANNÉES « CONK »

« Et sur mon crâne, j’aperçus un casque épais, brillant de cheveux roux – vraiment roux – lisses comme les cheveux d’un Blanc ».

 

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Les années Conk de Malcom Little alias « Detroit Red »

Les années 1920 marquèrent l’apparition d’une nouvelle coiffure pour homme immensément populaire aux États-Unis. « La coiffure de pif » ou « conk » implique l’utilisation d’un dangereux défrisage chimique sur les cheveux crépus. A cette époque, ce style fut d’abord inventé pour se fondre d’avantage dans la masse et ressembler aux blancs. La procédure était extrêmement douloureuse provoquant une forte sensation de brulure. Une torture comme l’illustre si bien cette scène dans le film biographique sur Malcolm X réalisé par Spike Lee. La coiffure demandait ainsi beaucoup d’entretien, puisqu’il fallait effectuer un « conk » de nombreuse fois. Une fois les cheveux lisses donc « conked », on les plaquaient à l’arrière de la nuque.  « Vous verrez ainsi défrisés, beaucoup, beaucoup de Noirs appartenant aux classes dites « supérieures » et – ça me fait mal de le dire – beaucoup d’artistes noirs. » témoignerait Malcolm X plus tard. 

Sans figures parentales (son père fut brutalement tué par une organisation suprémaciste blanche proche Ku Klux Klan. Sa mère malade, il est accueilli dans plusieurs familles d’accueil.)  Malcolm dérive et sombre dans la délinquance. Une manière drastique pour l’adolescent de résister contre le pouvoir blanc de l’époque. Ce qui lui vaudra le surnom de « Detroit Red », un surnom significatif qui renvoyait à la fois à la couleur de ses cheveux mais aussi à l’Etat de Michigan où il avait vécut un certain temps avec sa famille. Du haut de ses 15 ans, il effectue sa première coupe « conk » chez un coiffeur à Boston en 1940 « Mon premier regard dans la glace suffit à effacer toutes les souffrances que j’avais endurées. J’avais déjà vu des conks pas mal, mais quand vous voyez ça sur votre propre tête pour la première fois, l’effet est stupéfiant ».

 

Extrait du biopic Malcolm X réalisé par Spike Lee :

RETOUR AUX SOURCES

 

« J’admire tout Noir qui ne s’est jamais défrisé les cheveux ou qui a eu le bon sens d’y renoncer comme j’ai fini par le faire moi-même. »

 

Boston, 1944. Mugshot (photo d’identité judiciaire) de Malcom Little alias « Detroit Red » à l’âge de 18 ans.

Malcolm Little alias « Detroit Red » fut arrêté pour cambriolage à vingt-et-un ans. Son séjour en prison fut indéniablement le prélude d’un activisme sans borne. Des années de détention passées à s’instruire pour devenir le Malcolm X éloquent que nous connaissons. Des années, également dédiées à la recherche de sa foi auprès des enseignements du controversé Elhaj Muhammad fondateur de l’organisation religieuse et nationaliste noire américaine, la Nation of Islam. L’emprisonnement presque salutaire, lui permit ainsi de renouer avec tous les aspects de son identité noire. A commencer par ses cheveux. Plus jamais de coiffure « conk » pour le désormais Malcolm X.

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Malcolm X les cheveux naturels

 

« Je venais de faire mon premier pas vers la dégradation de soi (Ndlr: à propos de son défrisage) J’avais rejoint cette multitude d’hommes et de femmes noirs qui, en Amérique, à force de bourrages de crâne, finissent par croire que les Noirs sont « inférieurs » – et les Blancs, « supérieurs » – à tel point qu’ils n’hésitent pas à mutiler et à profaner les corps que Dieu leur a donnés, pour essayer d’avoir l’air « chouette » selon les critères des Blancs » confiait le militant des droit civique sur sa période « conk maniaque ». 

Il va sans dire qu’arborer fièrement ses cheveux naturels a fait écho avec plus de douceur aux revendications et idéologies de Malcolm X. Un acte largement suivi à travers les années, qui paraît si simple mais qui pourtant fait toute la différence.

 

Rokia DOSSO pour ByUs Media 

Journaliste société et accessoirement directrice du pôle audiovisuel à ByUs Media. Autodidacte et engagée quand elle s’y met.
Aime l’idée de pourvoir impacter des personnes à travers le monde rien qu’en écrivant ou en filmant.

« En ces temps d’imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire.» G. Orwell