“MICHEL KUKA” ou l’homme qui resta immobile pendant 90 minutes

par Lilian

5 janv. 2026

C’est l’une des figures marquantes de cette CAN. Et, fait rare, elle ne se trouve pas sur la pelouse. En tribunes, un supporter congolais se distingue en restant immobile durant l’intĂ©gralitĂ© des matchs de la RDC. Michel Kuka Mboladinga, de son vrai nom, rĂ©alise cette prouesse Ă  chaque rencontre de sa sĂ©lection. DerriĂšre ce geste singulier se cache un symbole chargĂ© d’histoire.

Au coup de sifflet final, les 22 acteurs sur le terrain peuvent enfin souffler aprĂšs 90 minutes de haute intensitĂ©. C’est aussi le moment pour Michel Kuka, alias « l’homme-statue », de relĂącher la pression aprĂšs ĂȘtre restĂ© totalement immobile pendant toute la durĂ©e du match (mi-temps et temps additionnel compris). Une anomalie dans un univers oĂč les supporters sont habituellement reconnus pour leur ferveur et leur agitation. Pourtant, l’un des grands personnages de cette CAN 2025 se distingue prĂ©cisĂ©ment par son immobilitĂ©. Comment il tient ? « À force d’entraĂźnement ».

Artiste de profession, Michel Kuka adopte ce rituel depuis 2013, Ă  chaque apparition de l’équipe nationale congolaise. InstallĂ© sur un piĂ©destal, il lĂšve le bras droit, le regard fixĂ© droit devant lui, reproduisant fidĂšlement la posture de la statue de Patrice Émery Lumumba, ancien Premier ministre congolais, Ă©rigĂ©e Ă  Kinshasa. À travers cette performance, il incarne une figure majeure de l’histoire congolaise, symbole d’indĂ©pendance et de rĂ©sistance, au Congo comme sur l’ensemble du continent africain.

La statue de Patrice Émery Lumumba, Ă©rigĂ© Ă  Kinshasa

UNE POSTURE POUR L’HISTOIRE

Patrice Lumumba fut l’un des principaux artisans de la lutte pour l’indĂ©pendance du Congo, alors sous domination belge. Entre les annĂ©es 1960 et 1970, un vaste mouvement d’émancipation traverse l’Afrique. Des figures comme Thomas Sankara ou Patrice Lumumba incarnent alors une Afrique rĂ©sistante, dĂ©terminĂ©e Ă  mettre fin aux rĂ©gimes coloniaux imposĂ©s depuis la confĂ©rence de Berlin de 1884.

Des personnages encore utilisĂ©s de nos jours pour symboliser la puissance et la dignitĂ© africaine, dans un continent encore en proie Ă  des guerres et des ingĂ©rences Ă©trangĂšres notamment en RĂ©publique Democratique du Congo. 

Pour rendre hommage Ă  ce hĂ©ros national, et bien au-delĂ , Michel Kuka reprend ses traits emblĂ©matiques : la coiffure, les tenues colorĂ©es, les lunettes. Une ressemblance assumĂ©e qui lui vaut le surnom de « petit-fils de Lumumba », preuve d’une appropriation symbolique pleinement rĂ©ussie.

“DEBOUT CONGOLAIS”

DĂ©sormais, sa notoriĂ©tĂ© dĂ©passe largement le cadre local. À la sortie des stades, sa prĂ©sence provoque des scĂšnes de liesse, tandis que son histoire est relayĂ©e par de nombreux mĂ©dias nationaux et internationaux. Fier de l’impact de son travail, il confie au mĂ©dia Brut : « Le travail que je fais m’a donnĂ© beaucoup de valeur. »

En alliant unicitĂ©, mĂ©moire et engagement, « le petit-fils de Lumumba » a su inscrire son geste dans l’histoire de la CAN et du supportĂ©risme africain, tout en mettant en lumiĂšre la richesse culturelle de son peuple.

À l’approche du huitiĂšme de finale entre l’AlgĂ©rie et la RDC, prĂ©vu ce mardi, Michel Kuka abordera cette rencontre avec la mĂȘme posture, les mĂȘmes valeurs, et la mĂȘme dĂ©termination que celles portĂ©es par l’hymne national congolais : « Debout Congolais »  pendant 90 minutes, ou plus.

Lilian Mogango