/Mister V : “J’aime être sincère et me marrer”

Mister V : “J’aime être sincère et me marrer”

Le rendez-vous est fixé dans un café autour de la place de la Nation, un samedi pluvieux et glacial de janvier. Il arrive en s’excusant de son retard qu’il met sur le dos de Patrick, son chat : “Patrick c’est mon chaton, je trouve ce nom super drôle. Quand je suis en public, dans un Uber par exemple, et que je dis que “Patrick” a vomi, les gens sont gênés. Ils imaginent un vieux mec alors que c’est mon chaton.”

Le ton de la rencontre est donné. Tout chez Mister V, Yvick de son prénom civil, est prétexte à l’amusement. Le jeune homme est, à 25 ans, considéré comme un ancien de Youtube, ce qui l’amuse beaucoup. Depuis presque une dizaine d’années il propose des sketchs, dans un premier temps sur son blog avec des podcast, puis sur Youtube, en passant par Canal +.

Mister V commande un café et sur sa main apparaît tatoué le mot “ tatouage” : “je l’ai six fois ! […] c’est le seul truc qui représente ma façon d’être, ça me fera toujours marrer et ça me représente”. Cette philosophie de ne pas se prendre au sérieux et de rechercher la dérision à l’infini. Au delà du leitmotiv du jeune homme, cela ressemble beaucoup à une définition de la génération millennials. Quel est donc son rapport à internet, lui qui en a fait son outil de travail ?

“Internet m’aide à me mettre en confiance personnellement”. Et d’ajouter : “Je vais parler à mon public, je dédramatise, j’enlève tous les petits points stressants que je pourrais avoir en passant d’un point à un autre avec des vannes […] quand on reste sincère avec les gens ont peut tout faire.”  

Sans internet Mister V n’aurait pas existé et Yvick n’aurait été qu’un banal adolescent. Peu de personnes ont réussi à capitaliser sur internet et les réseaux sociaux, au même moment que lui. Il accepte de revenir sur sa carrière fulgurante : “[…] la magie d’internet, [c’est que ndlr] tout le monde peut faire ce qu’il veut. J’ai décidé de tout faire à ma sauce et là où je suis content, c’est que je peux faire tout ce que je veux !”

En mai 2017, Mister V a sorti son premier album de rap. Une surprise pour certains mais surtout beaucoup de travail pour lui. Le travail de communication nécessaire avec ses fans qui n’étaient pas du tout préparés a été très important de prime abord. “En France, ça n’avait jamais été trop fait de laisser passer quelqu’un qui faisait des blagues à un autre métier, […] Elie Semoun avait sorti un album de Bossa Nova mais bon c’était pas top”. Et le succès a été au rendez-vous, actuellement disque de platine, son premier opus est reconnu par la critique. L’expérience de création musicale est compliquée et souvent douloureuse.

Comment jongler entre un personnage marrant et une figure plus sérieuse et intime que propose la musique ?

“Mon premier album était 50/50 [mi-drôle, mi-sérieux, ndlr] mais j’ai cherché à emmener mon public sur [la voie ndlr] du deuxième.”. Il ajoute : “ Pour l’écrire j’ai pris deux ans, j’ai beaucoup appréhendé”. La contrainte de devoir concilier deux identités très spéciales ? Le jeune homme semble l’avoir dépassée. Le jeune homme qui travaille actuellement sur son second opus, confie avoir trouvé son identité musicale parce qu’il “aime beaucoup trop le rap pour faire un truc foutage de gueule”..

Yvick a fait de Mister V un personnage polyvalent qui rencontre le succès. Après une collaboration fructueuse avec la marque de vêtements de sport Asics à l’automne, il est à l’affiche d’un film en 2019, et vient de terminer le scénario de son propre long-métrage.

Au delà de cette figure publique, comment vit le jeune homme cette exposition particulière ? Il raconte qu’il a dû déménager lorsque trop de personnes ont su où il vivait : “c’était vraiment chiant ! Des fois j’étais avec des proches et des fans m’attendaient en bas de chez moi et me criaient : “Hé fait une blague, fait une blague !”…”. Mister V se considère cependant chanceux et reconnaissant pour tout leur soutien. Il revient quand même avec humour sur la réaction que certains ont eu quand il a annoncé son album :

“J’ai eu des insultes mais aussi littéralement des inconnus qui m’ont écrit : “oh non tu n’as pas le droit” ou “pas toi”… Je voulais juste faire du rap”. Des protestations qu’il a réussies à éteindre : “Dans ma musique, j’ai fait l’effort d’intégrer une vanne parfois et comme ça, ils me reconnaissent. Je reste Mister V pour eux”, avant de conclure “quand on reste sincère avec les gens on peut tout faire, […] j’ai jamais eu de job, je n’ai jamais travaillé : tout ce que je fais c’est du kiff, de la passion…”

Léna P.

Mister V
Le boug melo twitter/instagram @lebougmelo