« Occupez-vous de vos enfants, ce n’est ni à l’Éducation ni à la justice, la racine c’est d’abord à la maison. »

Nous sommes samedi 22 mai, soit huit jours après que Marjorie, 17 ans, ait été poignardée à mort par un adolescent de 14 ans. La famille de la jeune fille a souhaité d’organiser une marche partant du parvis de la mairie d’Ivry-sur-Seine jusque dans le quartier où elle vit.

Malgré un temps bipolaire, variant entre éclaircies et pluie battante, des milliers d’habitants, proches de la famille ou non, venant d’Ivry-sur-Seine ou non, se sont rendu à cette marche. Une marche teintée d’un jaune à la fois solaire et nostalgique. En effet, la famille a tenu à ce que les participants viennent vêtus de la couleur préférée de Marjorie. Une demande respectée par les personnes présentes. Le jaune fut omniprésent, que ce soit dans les vêtements portés, les pancartes de soutien à la famille ou les fleurs.

Une jeunesse mal éduquée ?

Face à cette tragédie, anciennes et nouvelles générations ont tenu à assister à cette marche. En effet, ce décès a profondément marqué les habitants d’Ivry-sur-Seine.

« Pour moi, c’était important de me rendre à cet événement parce que Marjorie été une fille bien et je sais que si la même chose me serait arriver. Elle aurait en aucun cas hésité à venir à cette marche », déclare Fatou, élève au lycée Romain Rolland.

Pour d’autres, cette situation a fait écho à leur instinct maternel, c’est le cas d’Aïssata* venue avec une fleur jaune à la main : « En tant que mère, j’étais obligée de venir aujourd’hui quand j’ai vu ça à la télévision cela m’a profondément émue. Vu que moi-même, je suis mère de famille, je me devais de venir à cette marche pour soutenir la famille de la défunte ».

Aïssata estime ce drame témoigne aussi de la mauvaise évolution de la nouvelle génération. Selon elle, les jeunes sont de plus en plus malpolis. Des faits partagés par des gens présents à la marche, dont un groupe de personnes âgées consternées par le comportement des jeunes en évoquant le cas présent. Durant leur conversation, l’une* d’entre elles évoque la précocité des enfants en relatant le cas d’un élève de Ce2 qui s’est rendu en classe avec un couteau pour se défendre de ses petits camarades. Une histoire qui a profonde choqué le groupe d’amis.  

*cette personne a souhaité rester anonyme d’où l’utilisation d’un faux nom

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Le fléau : les réseaux sociaux en cause ?

Ce drame part d’un différend né sur les réseaux sociaux. En effet, c’est la création d’un groupe Snapchat ciblant la petite sœur de Marjorie le matin du drame qui a poussé cette dernière a confronter son meurtrier. Une violence sur les réseaux sociaux qui est difficile, voire impossible à dompter :

« On ne peut pas protéger les enfants de la violence des réseaux sociaux. Mais on peut donner des outils aux enfants et adultes pour mieux comprendre ce qu’est un réseau social et ainsi mieux éduquer les enfants sur la valeur que peut porter une image que ce soit positif ou négatif. Cela vaut aussi pour les profs qui doivent avoir des meilleurs outils à disposition afin de mieux appréhender ces réseaux sociaux », nous explique Fabienne Oudart, Adjointe déléguée du maire d’Ivry-sur-Seine, notamment sur les questions de politiques éducatives. Pour elle, l’éducation plus axée sur la culture et l’image permettra une réduction de ces violences sur Internet.

Cette idée d’un meilleur aiguillage des parents sur le bien et le mal sur les réseaux est soutenue par Assa Traoré, elle aussi présente dans le but d’apporter son soutien à la famille de Marjorie : « Tout ce qui va toucher de près ou de loin à l’enfant fait partie de son éducation. Donc ça veut dire, que nous aussi, adultes, on doit se poser des questions sur notre rapport aux réseaux sociaux, et nous aussi, adultes, on doit s’éduquer sur l’utilisation de réseaux sociaux pour mieux aider les enfants. Effectivement, il y a du positif sur les réseaux sociaux, mais il y a aussi un côté négatif. Et c’est à nous adultes de guider nos enfants pour qu’ils distinguent ce qui est bien ou mal sur les réseaux sociaux ».

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Un recueillement rempli d’émotion

La marche s’est arrêtée symboliquement dans le quartier Pierre Marie Curie, endroit où l’adolescente vivait et où elle a été tuée. Avant que l’on entre dans cette cité, le cortège s’est stoppé pour un moment de recueillements. Un instant durant lequel la majorité des personnes présentes ont levé en l’air leurs fleurs jaunes pour rendre hommage à Marjorie.

Une scène a par ailleurs été mise en place dans le quartier, afin que la maire d’Ivry-sur-Seine et surtout les proches de Marjorie honorent la mémoire de la défunte à travers différents discours émouvants. Certains, envahis par un trop-plein d’émotions, quitteront, en pleurs, la foule présente devant la scène. Des larmes que l’on va entendre dans la voix de Cynthia, ainée de la fratrie, qui au cours de son discours va multiplier les temps d’arrêt afin d’éviter d’éclater en sanglots.

Malgré la douleur, la famille veut avant tout garder une image positive de Marjorie, car pour Adelina, grand sœur de Marjorie : « Certains diront que tu es partie en guerre, moi, je dis que tu es juste parti en paix, car tu nous as évité de pleurer ton jumeau. Tu es partie en paix, car la dernière personne que tu as vue ce jour-là était tout simplement ton frère jumeau, ton double, ta moitié, ta vie ».

« Occupez-vous de vos enfants, ce n’est ni à l’Éducation ni à la justice, la racine c’est d’abord à la maison », telle est la requête d’Odile, mère de Marjorie

La famille de Marjorie réclame justice, notamment à travers du discours poignant de la mère de Marjorie qui exige « une prise de conscience de la part des parents et de l’éducation afin que ce genre de drame n’arrive plus ».

Après la multitude de discours où les larmes de tristesse furent abondantes, la famille a décidé de jouer une playlist des titres favoris de Marjorie, grande fan de musique qui adorait danser le week-end avec sa mère, rendant ainsi un dernier hommage à la défunte.

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