Portrait : La quête identitaire de Théo Yossa

C’est au cours d’une journée ensoleillée dans un petit parc situé à Aubervilliers (93), que nous rencontrons Théo Yossa. Tout comme nous, c’est la première fois qu’il se rend dans ce lieu rempli de vie. Portrait d’un jeune créatif roubaisien en pleine quête identitaire.

« Social et créatif », tels sont les termes utilisés par Théo Yossa pour se définir. Le choix de ces mots n’est pas anodin pour le jeune homme de 19 ans, étudiant en école de commerce, à Roubaix. En effet, ils illustrent la vocation choisie par Théo. Selon lui, il est important d’œuvrer pour les jeunes en leur proposant des projets sociaux liés au domaine de la culture, afin qu’ils s’intéressent à d’autres cultures et s’intègrent plus facilement dans les industries créatives.

Dans le documentaire intitulé « Des racines et des rêves » diffusé sur France 3 Hauts de France, on suit Théo qui part à la rencontre de six différents artistes roubaisiens (rappeuse, styliste ou encore danseuse) issus de diaspora africaine. Cette série documentaire est constituée de 6 épisodes dans lesquels il questionne les intervenants sur l’impact de leur culture africaine dans leur travail. Il conclut le documentaire par un slam retraçant sa propre histoire, avec ses racines africaines.

Lorsque la saison Africa 2020 lui propose de faire un reportage sur les différentes diasporas africaines présentes à Roubaix, Théo accepte immédiatement et ce, pour deux raisons : « J’aime me définir en tant qu’homme social et créatif. Justement, avec cette série documentaire, je pouvais allier ces deux facettes de ma personnalité, le social en mettant en avant la diversité culturelle de Roubaix, et le créatif en écrivant un slam évoquant mon rapport avec mes racines africaines pour conclure le documentaire ».

Théo Yossa, jeune créatif roubaisien et auteur de la série « Des racines et des ailes »
©️H.h
Le reflet des autres comme boussole

Franco-camerounais d’origine, Théo prend vite conscience de son métissage. Il ne partage pas la même couleur de peau que sa mère qui n’arrive pas à comprendre les interrogations de son fils liées justement à sa couleur de peau. Il forge dans un premier temps sa propre identité à travers le regard des autres : « En France, même si tu es métis, les gens vont te faire comprendre directement que tu es noir ». Le jeune homme va ainsi, de son propre aveu, traîner avec des gens qu’ils lui ressemblent afin d’apprendre à mieux se connaître et accepter sa différence en tant que métis. « Plus jeune, on m’a souvent renvoyé au fait qu’il faut s’intégrer, etc. Mais quand d’un autre côté, tu ressens le fait que la société en général ne veut pas t’intégrer. Tu te dis finalement, « je vais rester avec les personnes qui me ressemblent et qui partage la même culture que moi ».

« Je le dis sciemment qu’on n’a pas que comme choix de carrière footballeur ou MC Hammer ».

Extrait du slam de Théo Yossa dans le documentaire des racines et des rêves

Pour mieux comprendre son identité et sa culture, Théo a fait le choix de s’entourer de personnes semblables à lui, lors de son adolescence. Son cercle social s’est élargi par la suite, au fil de ses voyages et projet, pour accueillir des personnes ayant des cultures et origines diverses. Pourtant, si l’école est l’un des principaux vecteurs de sociabilité et de connaissance pour un adolescent, beaucoup d’enfants d’immigrés afrodescendants peinent à trouver leur place et à forger leur identité. La question est de savoir si l’école joue son rôle ou non dans cette quête identitaire ?

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Selon Théo, il ne faut pas tout mettre sur le dos de l’Éducation nationale. « Moi, le seul reproche que j’ai à faire à l’éducation nationale. C’est l’image péjorative et dégradante qu’ont les cours au sujet de l’histoire de l’Afrique. C’est compliqué pour un Noir de voir que les choses apprises sur les Noirs, à l’école, concernent presque uniquement l’esclavage. Dans la vie, l’impression qu’on se fait d’une personne se détermine au bout de 15 sec. Donc, quand à l’école, tu commences les cours de l’histoire de l’Afrique par l’esclavagisme, cela crée un sentiment horrible et c’est surtout la pire des façons de narrer l’histoire d’un peuple ou d’une communauté ».

© Julien Pitinome
Un mauvais départ identitaire ?

Théo estime que ce problème scolaire rend encore plus difficile l’élaboration d’une identité pour une personne de couleur. Toutefois, il est intimement persuadé que le rôle de l’Éducation nationale française n’est pas de raconter l’histoire de l’Afrique car : «On est en France », explique-t-il. Malgré tout, le jeune homme pense qu’on doit davantage enseigner à l’école les liens qu’a entretenu la France avec ses colonies africaines, qu’ils soient bons ou mauvais. Pour Théo, nier la relation entre la France et les colonies africaines impacte négativement, qu’il s’agisse de la manière dont les Français perçoivent les immigrés ou alors la façon dont les immigrées perçoivent L’Afrique et la France.

Théo affirme que la perception de l’Afrique varie selon l’endroit de notre naissance. Donc, il existe, d’après lui, différents types « d’africanités » et une « africanité » propre à Roubaix. Cette « africanité » de Roubaix est le résultat du mélange des différentes cultures des diasporas africaines présentes dans cette ville. L’identité de la ville est à l’image du jeune homme. « Mon identité c’est de savoir dont l’on vient. Moi, je viens de Roubaix donc mon identité tourne autour de Roubaix. Même si l’Afrique est un continent pour lequel j’ai beaucoup d’amour, d’où je tiens beaucoup de mes racines et qui a façonné une part de mon identité, je ne vis pas l’Afrique ! Que j’aime ou non la France, je suis français avant tout. ».

 

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