Smaïl Kanouté : un “art-moureux” de la vie

Entre danse et art graphique, Smaïl Kanouté s’exprime dans un corps à corps époustouflant dans JiDust, son nouveau spectacle. Portrait d’un artiste libre…
« Quand on vit le moment présent, on peut vraiment créer ce qu’on a envie d’être ». À 33 ans, Smaïl Kanouté est un artiste accompli comme le prouve son spectacle JiDust (poussière d’eau) en collaboration avec Antonin Fourneau. Par une technologie de Led réagissant à l’eau, Waterlight Graffiti, créée par Fourneau, le choré-graphiste nous emporte dans son univers. Un mélange aérien et aquatique, entre l’art graphique et la danse, où l’artiste se place au centre de l’œuvre. « Ici je suis un peintre et je vais raconter l’évolution du langage. Je commence par le souffle et des onomatopées pour aller vers des formes. »
Smaïl est bègue et développe depuis toujours, de nouveaux moyens d’expression. Son lien particulier avec le langage, il en fait aujourd’hui une force. Ainsi, l’histoire du langage est aussi l’histoire de son langage. Smaïl danse pour les autres mais utilise son histoire pour transmettre des émotions : « Ce qui m’intéresse dans l’art c’est le partage avant tout. »
Sa performance, l’artiste l’a construite par son intuition et ses improvisations : « Je m’inspire de l’air et de l’ambiance pour créer. » Du freestyle artistique façonne ses mouvements et représente « la base de son travail ». Un univers fascinant qui découle d’une spiritualité profonde.

Une philosophie de vie avant d’être un art
« Vivons ! » Ainsi se nomme la compagnie formée en 2016 par Smaïl mais qualifie avant tout son état d’esprit. D’abord un hommage à son ami Massinissa, l’expression est devenue le maitre-mot dans l’entourage de l’artiste. « On a qu’une vie ! », une idéologie que l’homme retrouve dans la religion bouddhiste, bien que musulman pratiquant.
Smaïl Kanouté évolue ainsi grâce à une spiritualité prônant le moment présent : « Quand tu penses juste à maintenant, la capacité de ton cerveau est au maximum. » Le soufisme, branche mystique de l’islam, l’intéresse tout autant. Sa femme est soufie et certaines de ses danses s’inspirent de cet univers, comme le fait de tourner sur lui-même : « plus je tourne, plus je me sens vivant. »

« J’avance grâce aux rencontres qui m’ont nourries »
Entre 2006 et 2008, Smaïl part en mission humanitaire au Sri Lanka avec l’envie d’aider par le biais de l’art. Le tsunami de 2004 a traumatisé des milliers d’enfants, laissant certains d’entre eux orphelins, et Smaïl désire leur apporter son soutien. « Au départ ils pleuraient en racontant leur histoire et à la fin grâce à l’art-thérapie, les mauvais souvenirs sont partis. »
L’eau est un moyen de balayer le passé, ce qu’il intègre dans son solo JiDust (poussière d’eau). Pour Smaïl « la destruction dans l’art est aussi une création. »
Son voyage au Mali, a également inspiré l’artiste. En 2011, il se rend à Fegui, le village de ses parents et fait la rencontre d’un vieil homme. Grâce à lui, le jeune homme reconstitue l’arbre généalogique de sa famille et en fera un spectacle intitulé “Les actes du désert”, en 2016. « C’était les prémices de ce travail avec la lumière que je mets en place aujourd’hui. » Smaïl Kanouté est un artiste moderne et un homme sincère.
Axel Cuguilliere pour BY US MEDIA
