Sonia Boton Gboh, de L'Oréal à sa propre start-up
Il faudrait écrire un livre pour raconter la vie riche qu’a déjà vécu Sonia, car ce sont les histoires comme celle-ci qui vaut la peine d’être racontée. Lorsqu’on l’a orientée, alors enceinte vers un BEP, Sonia a très vite su qu’il fallait qu’elle redouble d’efforts pour accomplir ses rêves. Après avoir réussi à intégrer une école de commerce, elle travaille pendant onze années chez L’Oréal. En 2018, elle décide de quitter son emploi confortable pour créer sa propre agence ROXANNE dans le 93. Un département qui lui est cher car il est sans doute le reflet de son propre parcours inspirant. Comme dans toutes les belles histoires inhérentes aux habitants du « 9-3 », un faux départ peut s’avérer déterminant. Kery James le dit si bien “on est pas condamné à l’échec”. Sonia en est la preuve vivante. Rencontre…
Peux-tu te présenter ?
Je m’appelle Sonia Boton Gboh. J’ai des origines tunisiennes et béninoises. Après avoir travaillé onze années chez le groupe L’Oréal, j’ai créé ma start-up ROXANNE.
Où habites-tu dans le 93 ?
J’habite à Romainville bien que je sois née à Paris dans le 13e. Je suis arrivée dans le 93 quand j’avais 13 ans, j’ai énormément déménagé mais je me suis installée durablement à Romainville en 2014. Je connais bien la région ile-de-France mais honnêtement, de tous les départements, c’est le 93 que je préfère. Je ne me vois pas déménager de si tôt, à part peut-être en Province pour échapper à l’effervescence urbaine.
Quel est ton parcours scolaire/professionnel ?
J’ai eu un parcours scolaire assez décousu. J’ai eu un parcours classique jusqu’au collège, et c’est à ce moment là que les choses se sont compliquées pour moi. Je suis tombée enceinte et on m’a orientée vers un BEP. J’ai vite compris que je ne trouverais pas de travail avec ce seul diplôme. Je suis donc retournée en seconde STT après la naissance de mon fils. Au lycée, on m’a conseillée de faire un BTS mais ce n’était absolument pas ce que je voulais faire. Je pensais faire du droit à la fac mais après réflexion (au plus grand désarroi de mon père qui me voyait magistrate), j’ai opté pour une école de commerce. Dans ma famille, je suis celle qui a le plus longtemps été à l’école. Je suis la seule fille de mon père et il a placé de grands espoirs en moi, ce qui est assez atypique car j’ai aussi des frères. Il m’a toujours soutenue. Personne ne pensait que j’allais réussir à entrer dans une école de commerce avec mon bac STT. On pensait que j’échouerais mais ça n’a pas été le cas. Je n’ai jamais lâché et c’est aussi grâce aux rôle modèles que j’avais autour de moi. Ces années d’études ont été très intenses pour moi, entre mon fils et la quantité de travail que je devais fournir pour réussir. J’ai fait ma dernière année d’école de commerce à l’étranger, en Angleterre accompagnée de mon fils. Là-bas je me suis rendue compte que ce qu’on croit être la diversité en France ne l’est pas du tout en réalité. Les gens sont encore plus ouverts sur les questions ethniques religieuses etc… Ça a été un vrai choc culturel mais dans le bon sens du terme. Voilà mon parcours bien riche, du BEP à un BAC+5 ! (rires).
« Les marques s’intéressent particulièrement aux artistes urbains issus de banlieues. »
En quoi consiste tes activités dans le 93 avec ta start-up ROXANNE ?
Moi je suis très attachée au 93 puisque je suis arrivée sur le territoire à l’âge de 13 ans. Je retrouve un peu la diversité que j’ai pu découvrir et apprécier en Angleterre. Il y a aussi une énorme solidarité entre les habitants et c’est un département qui est très dynamique, c’est pourquoi je me suis immédiatement immatriculée dans le 93 à mes débuts. Je me suis reconvertie dans le secteur de l’industrie musicale, après 11 ans de marketing chez L’Oréal. La musique a toujours été ma passion donc j’ai choisi de monter mon agence qui fait le lien entre les artistes et les marques. On voit que les marques s’associent de plus en plus avec les artistes pour développer leur désirabilité et attirer les milleniums. Le monde de la musique a beaucoup évolué ces derniers temps, les artistes se rendent compte qu’ils ont aussi intérêt à s’associer avec les marques pour avoir une certaine crédibilité mais aussi pour gagner de l’argent. Les marques s’intéressent particulièrement, depuis quelques années, aux artistes urbains issus des quartiers populaires ou de banlieues. On a des exemples comme le rappeur Moha La Squale, avec la marque française Lacoste. C’est un long processus mais j’espère que ma start-up réussira à dénicher des contrats de ce type, et pourquoi pas mettre en avant des artistes issus du 93.
Penses-tu que le 93 ait changé sur le plan économique, social, artistique…?
Romainville, Pantin, Les Lilas c’est le côté un peu « bobo » du 93. Maintenant quand tu vas à Drancy ou Stains, c’est n’est évidemment pas la même chose. Les villes du 93 sont différentes et n’ont rien à avoir les unes avec les autres. Cependant, il y a quand même un dynamisme commun. Il y a des choses qui se mettent en place avec le Grand Paris prochainement et ça fait plaisir de voir que toutes ces villes du 93 vont être mieux desservies par les métros. Il y a quand même un vrai développement économique, avec des centres commerciaux un peu partout. À Romainville, l’un des plus grands centres commerciaux d’Europe va ouvrir ses portes et créera de l’emploi. Il faut reconnaître que toutes ces initiatives sont bonnes malgré les disparités évidentes constatées d’une ville à l’autre.
Quelle est la différence entre le 93 et les autres départements ?
Dans le 93, il y a une grande mixité sociale. Les gens se mélangent plus facilement qu’ailleurs. Plusieurs classes sociales peuvent se côtoyer. Il y a même des personnalités qui y habitent. C’est un département riche malgré ce que l’on peut croire.
Qu’est-ce qui t’inspire le plus dans le 93 ?
Il y a une vraie dynamique entrepreneuriale dans le 93. Il y a plusieurs typologies d’entrepreneurs au sein de plusieurs structures sur le territoire. Je n’avais pas envie d’intégrer un écosystème/incubateur parisien parce que les entrepreneurs parisiens ne me ressemblent pas. On est pas tous nés avec une cuillère dans la bouche. Il y a des gens qui n’ont jamais fait de levée de fond, ou d’autres qui n’ont pas fait d’écoles ou de longues études mais qui ont aussi des bons projets, des idées et des choses intéressantes à montrer. Ce qui m’inspire réellement c’est les écosystèmes du 93 et les gens qui y entreprennent. Il y a quand même des beaux parcours !
Que faudrait-il absolument changer dans le 93 selon toi ?
En Seine-Saint-Denis, il y a encore beaucoup d’endroits et de cités où les conditions restent extrêmement difficiles (immeubles insalubres, ascenseurs en panne…). Malgré les changements notables et les rénovations urbaines, ce sont des choses à ne pas oublier et à régler de manière urgente.
Comment tu vois le département dans cinq ans ?
Le territoire aura changé de manière significative avec le Grand Paris et les lignes de métro. Moi, ce que je voudrais c’est qu’on arrive à faire venir le gens de Paris ici, parce qu’il y a énormément d’initiatives. Je peux citer les ateliers Médicis à Clichy sous-bois. À Romainville, il y a un festival du films franco-arabes, une galerie… Il y a énormément de démarches culturelles et entreprenariales qui intéressent les autres territoires français, et avec les nouveaux accès en terme de transports, le grand public viendra sans aucun doute.
