Suge Knight : zoom sur la trajectoire d’un ancien magnat du Hip hop condamné pour homicide
Ancien PDG du mythique label Death Row Records, Suge Knight vient d’accepter une condamnation à 28 ans de prison pour homicide volontaire avec délit de fuite.
Le Mouvement artistique Hip-hop, vu des États-Unis, est jalonné de ces moments « cultes » qui alimentent les débats entre passionnés. Prenons, par exemple, le 3 août 1995. Bref rappel du contexte. Nous sommes dans une période – disons de 1992 à « plus ou moins » 1998 – qui sera, rétrospectivement, considérée comme le dernier Âge d’or du Hip-hop, en tant que genre musical. Les hip-hop heads sont imprégnés du sentiment, notamment exprimé par feu Phife Dawg du groupe A Tribe Called Quest, que cette Culture est immortelle.
Les chefs d’œuvre et autres classics fusent encore de toute part, dans l’underground comme dans le mainstream. « Au milieu de tout ça », si l’on s’en tient à l’aspect « économique » de la chose, deux labels indépendants semblent tirer leur épingle du jeu : Bad Boy Records, d’un côté, Death Row Records, de l’autre. Le label new-yorkais Bad Boy, dirigé par Sean « Puffy » Combs, bénéficie du succès de Craig Mack et Notorious B.I.G., tous deux décédés, tandis que le label californien Death Row, avec à sa tête Marion « Suge » Knight, a assis sa notoriété grâce aux albums The Chronic (1992) de Dr Dre et Doggystyle (1993) de Snoop Doggy Dog. À cette date, des tensions existent déjà entre les deux « clans ».

Lesdites tensions vont brutalement s’amplifier lors de la fameuse cérémonie des The Source Awards en 1995. Monté sur scène afin de recevoir une récompense – amplement méritée – pour la bande originale du film Above The Rim, Suge Knight lancera cette pique légendaire – elle-aussi amplement méritée – en direction de Puff Daddy, sans le nommer mais en soulignant sa tendance à se mettre exagérément en avant dans les chansons et les clips vidéo des artistes de son label. La suite des événements est connue. Ce sera l’un des incidents qui contribueront à changer définitivement la face du Hip-hop.
Ce même incident est, encore de nos jours, perçu, à tort ou à raison, comme étant à l’origine d’une « réaction en chaîne » qui a abouti aux morts tragiques de 2Pac et de Notorious B.I.G., respectivement abattus en 1996 et 1997. Knight deviendra, quant à lui, le visage des liens qui peuvent exister entre l’industrie du Hip-hop et la culture des gangs, voire l’incarnation suprême du « coup de pression ».

Aujourd’hui âgé de 53 ans, Suge Knight, dont l’affiliation au gang des Bloods est établie, a déjà un sacré palmarès ! On connaît les traits saillants de son casier judiciaire : violences conjugales, vol de voiture, port d’arme prohibée, vol à main armée, multiples agressions, multiples violations de conditionnelle, etc. … On a également en tête les « légendes urbaines », plus ou moins corroborées, attachées au personnage : la façon dont il aurait débauché Dr Dre du label Ruthless Records de feu Eazy-E, celle dont il aurait mené des négociations avec Vanilla Ice au sujet des royalties de ce dernier…
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Dernier événement notable, un homicide avec délit de fuite datant de 2015, homicide qui a débouché sur la récente condamnation de Marion Knight. En effet, après avoir menacé F. Gary Gray, réalisateur du film Straight Outta Compton (2015), de mort – faits datant de 2014 pour lesquels il a été mis en examen en 2017 – Suge Knight s’est présenté sur les lieux mêmes du tournage du film en question. Le ton est ensuite monté entre lui et un certain Cle « Bone » Sloan, engagé par la production en tant que « conseiller technique en matière de sécurité », ce après quoi un entrepreneur local du nom de Terry Carter, intervenant en tant que médiateur, a été renversé par l’ancien patron de Death Row, fuyant les lieux au volant de son automobile et qui, par la suite, invoquera la légitime défense. Du coup, le 20 septembre dernier, Knight, risquant la réclusion criminelle à perpétuité, a accepté de signer un accord aux termes duquel sa peine sera réduite à 28 ans, lequel verdict sera vraisemblablement rendu le 4 octobre.
Voilà… Celles et ceux attentifs à l’évolution de l’industrie du Hip-hop ne manqueront pas de percevoir cette condamnation imminente de Suge Knight comme l’un de ces moments où « la boucle est bouclée » : 23 ans après les The Source Awards de 1995, il semble que les trajectoires des grands protagonistes de ce genre musical sont appelées à s’interrompre soit de façon tragique, soit de façon pitoyable. Les observateurs « un peu moins attentifs », quant à eux, puiseront, dans ce dernier développement d’un fait divers sordide, de quoi nourrir leurs quelques fantasmes réducteurs, déjà fortement propagés par le biais des réseaux sociaux, à propos d’une période sur laquelle ils n’auront jamais assez de recul pour en mesurer l’impact sur la pop culture mondiale.
pURpRo pour ByUs Media
