Sur les traces du Paris Noir avec Kévi Donat

Rendez-vous au Panthéon à 15h30. C’est près de ce lieu riche en histoire que ce samedi 5 juin, Kévi Donat, créateur de la visite guidée Le Paris noir nous donne rendez-vous ainsi qu’à une quinzaine de personnes souhaitant découvrir l’histoire des diaspora noires et afrodescendantes en France, sous un temps bipolaire où nuages gris et éclaircies rivalisent.

« Avant, lorsque j’effectuais des visites guidées pour mes anciens employeurs, souvent les touristes étrangers me demandaient comment ça se faisait qu’il y a autant de Noirs en France. À force d’entendre cela, j’ai commencé à me questionner sur l’histoire de l’Homme noir en France. ». Un questionnement menant Kévi, originaire de Martinique, à créer sa propre visite guidée intitulé Le Paris Noir. Le jeune homme, également co-fondateur du podcast Le Tchip narre ainsi depuis 2013 aux touristes étrangers mais aussi aux Français, la relation des populations noires avec la France. Comme l’explique Kévi, cette visite guidée se divise en deux parties : la Rive Gauche et Rive Droite. Deux différentes visites qui se complètent parfaitement, permettant ainsi de mieux encrer l’histoire noire à Paris.

Une visite contemporaine et historique à la fois

La Rive Droite porte davantage sur l’histoire contemporaine des Noirs de France en s’intéressant particulièrement à des endroits connus tels que Barbès, la Goutte d’or ou Château d’eau. Vient ensuite la partie plus historique représentée par la Rive Gauche. Ici, on met en avant les figures noires importantes : celles qui ont eu un rôle dans la mise en place de droits pour les Noirs au XXe siècle ou celles qui ont impacté le monde de la littérature telles que Frantz Fanon, Aimé Césaire ou encore Paulette Nardal. Le monde politique n’est pas en reste. On découvre dans cette deuxième visite des figures parfois controversées comme Felix Eboué, Gaston Monnerville ou encore Victor Schoelcher.

Entre le Panthéon, le jardin du Luxembourg et La Sorbonne, Kévi nous fait parcourir Paris, tout en narrant l’importance de ces différentes figures. Pourtant, quand on pense à l’histoire des Noirs en France, beaucoup s’interrogent sur la pertinence de fréquenter des lieux si prestigieux. « Parfois, durant ma visite de la Rive gauche, il y a des passants curieux qui me demandent ce que je fais avec autant de personnes. Et lorsque je réponds que j’évoque l’histoire de l’Homme noir en France, nombreux sont surpris de savoir que l’identité des Noirs s’est aussi construit dans des quartiers plutôt chics de Paris », confesse le guide.

La plupart des participants ont été surpris d’apprendre l’existence d’une plaque commémorative pour l’abolition de l’esclavage dans le Jardin du Luxembourg. Cette surprise est due au fait que dans ce groupe présent ce samedi, nombreux se rendent régulièrement au jardin du Luxembourg mais ne se sont jamais rendus compte de la présence de cette plaque jusqu’à ce jour.

Une démarche sans visée politique

Au vu du contexte actuel, une activité entre individus partageant la même couleur de peau ou opinion similaire est souvent perçue comme communautaire. Kévi, lui, tient à préciser qu’il ne s’agit en aucun cas d’une démarche de cet ordre là. D’ailleurs, cela se vérifie notamment avec la mixité présente lors de la visite. Sa seule motivation : intéresser tous les publics à l’histoire inexplorée du Paris Noir. Le jeune guide veut montrer qu’il n’y pas une seule façon de penser l’identité noire et que les chercheurs, historiens ou philosophes s’étant intéressés à ce sujet, ne partageaient pas tous les mêmes idées. Une dualité dans les opinions qu’il tente de transmettre en demandant l’avis des participants sur des faits historiques tels que l’impact de Victor Schoelcher en Martinique.

Kévi Donat, créateur de la visite guidée Le Paris Noir

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Kévi demande aux visiteurs s’ils comprennent que des statues à l’effigie de Schoelcher ont été détruites par les Martiniquais en juin 2020, afin d’exprimer leur mécontentement face à la place accordée à ce dernier dans l’abolition de l’esclavage en Martinique. En effet, pour certains activistes martiniquais, le fait de célébrer Schoelcher à travers des statues est contre-productif car cela nuit à la construction d’une identité propre totalement affranchie du colonialisme et témoigne en outre d’un manque de représentation des acteurs majeurs de la résistance en Martinique.

Kévi poursuit son échange avec les visiteurs en les questionnant sur la plaque commémorative présente dans le jardin du Luxembourg. Il aimerait notamment savoir si, selon eux, cet acte suffit à honorer la mémoire de personnes s’étant battues pour abolir l’esclavage.

Un podcast Le Paris Noir pour prolonger l’expérience

Il est 17 h 30 et le soleil s’est enfin décidé à illuminer Paris. Devant la Sorbonne, Kévi annonce la fin de cette visite. Conquis, de nombreux participants demandent des informations sur les disponibilités de ce dernier concernant le parcours de la Rive droite. Beaucoup soulignent l’amabilité du guide et la pertinence des informations fournies par ce dernier durant cette excursion. Kévi évoque la mise en place d’un podcast créé afin de prolonger l’expérience du Paris Noir. Dans ce podcast, il s’entretient longuement avec des personnalités publiques allant de Kevin Razy à Rokhaya Diallo, et prochainement Simone Schwarz-Bart, pour discuter de thématiques beaucoup plus complexes, comme la place de la femme noire dans le paysage médiatique, les rapports entre Noires et Arabes ou encore des questions d’identité.

Kévi a par ailleurs un second projet qui porte sur le développement d’une troisième rive pour le Paris Noir. Comme il nous le confie au cours de notre entretien : « Cette visite se basera sur deux axes qui sont la présence des Noirs durant la fin du XVIIIe siècle et début du XXe siècle, en évoquant le code noir. Pour le deuxième axe, j’aimerais m’intéresser aux élus noirs provenant des colonies françaises arrivés en France pendant le XVIIIe siècle. J’aimerais aussi parler de Senghor et Césaire, mais d’un point de vue différent de la Rive gauche, en privilégiant davantage l’aspect politique de ces deux figures de la négritude. ».

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