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À propos du Féminisme Intersectionnel

Dans la continuité des mouvements féministes, les hashtags #MeToo lancé en 2007 par une militante afro-américaine dénommée Tarana Burke, et #BalanceTonPorc, par Sandra Muller en 2017, ont vu le jour sur les réseaux sociaux, afin d’encourager les femmes victimes de violence et/ou d’agressions sexuelles, à les dénoncer. Ces hashtags sont devenus viraux depuis 2018, suite aux nombreuses plaintes portées contre le producteur hollywoodien, Harvey Weinstein. Le féminisme est désormais omniprésent dans la sphère publique... mais qu’en est-il du féminisme intersectionnel ?

Bien que récurrents dans les médias français, les combats féministes ne sont paradoxalement pas les plus inclusifs. Or l’inclusivité des minorités et autres groupes marginalisés devrait couler de source pour un féminisme qui se prétend universel. C’est en constatant que ce féminisme universel n’était pas adapté à la pluralité des discriminations que peuvent vivre les femmes, que dans les années 1990, Kimberlé Crenshaw, professeure de droit à l’université à UCLA et Colombia University et spécialiste des questions sur la race et le genre, a émis la notion d’intersectionnalité. Celle-ci définit cette notion comme quelque chose de « plus grand que l’addition du racisme et du sexisme » (en anglais : « greater than the sum of racism and sexim »), et donc comme une intersection entre le sexisme dont sont victimes les femmes et les autres types de discriminations dont elles peuvent être victimes.

Kimberlé Crenshaw

L’intersectionnalité est donc ici un prisme permettant de situer les discriminations dont sont victimes les femmes issues de différentes minorités comme étant à l’intersection de groupes marginalisés et non plus seulement ceux victimes de sexisme et de racisme. 

Ce mouvement prônant une inclusivité raciale, religieuse, englobant les personnes LGBTQI+ et pro-choix n’est pourtant pas celui qui est exposé par les médias, encore moins par la classe politique. En effet, ce féminisme qui met en avant l’expérience de toutes les femmes tout en rendant compte de la réalité et des difficultés d’être une femme racisée dans la société française donc à priori blanche est souvent perçue comme une atteinte aux fondamentaux féministes des vagues précédentes faisant référence aux grands combats féministes à travers le temps, dont le droit de vote, le droit à la contraception, ou encore la déconstruction des présupposés de genre.

Le féminisme intersectionnel reste ostracisé par les militantes du féminisme communément appelé féminisme universel ou féminisme blanc, un féminisme selon lequel les femmes auraient toutes les mêmes expériences dans la société, sans tenir compte du contexte historique, social et politique des sociétés occidentales post-coloniales, dans lesquelles évoluent les femmes non-blanches.

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Comme pour toute évolution sociale, le féminisme intersectionnel a besoin d’être expliqué et représenté dans les médias traditionnels, soit bien au-delà des réseaux sociaux sur lesquels la question est assez présente, notamment sur le Black Twitter. Une représentation adaptée aux enjeux féministes de cette nouvelle vague impliquant des phénomènes de société tels que les féminicides et le cyber-harcèlement.

Juliette Jasmin pour BY US MEDIA