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Kiyémis : « l’Afro-féminisme est un mouvement émancipateur »

Kiyémis, 26 ans, est une militante Afro féministe très engagée. Elle publie régulièrement des articles et de la poésie sur son blog. À l’occasion de la journée d’étude sur le féminisme noir qui s’est tenue le 13 avril dans le célèbre bar-restaurant La Colonie, 128 rue la Fayette, dans le 10ème arrondissement de Paris, la jeune femme a rencontré l’un de nos journaliste…

Comment les femmes noires s’impliquent dans le féminisme aujourd’hui ?

Elles critiquent l’hégémonie du féminisme blanc de gauche en France, et poursuivent le mouvement de l’afro-féminisme qui existe depuis des décennies. On a parlé de Paulette Nardal, de la position des femmes noires, on a aussi évoqué le mouvement des femmes noires, et il y en a peut être d’autres qu’on ne connaît pas forcément. Il faut bien comprendre que ce sont des dynamiques qui sont longues, qui ne datent pas de 2014. Les femmes noires sont mises en valeur à partir de 2014, parce qu’il y a eu une conjoncture particulière, avec notamment l’émergence des réseaux sociaux. Elles combattent le racisme, le sexisme et le classisme. Ces femmes dénoncent également l’androcentrisme mené par les hommes noirs.

Que représente l’Afro-féminisme pour les femmes noires, mouvement dont on en parle peu en France ?

On en parle de plus en plus. L’Afro-féminisme, ça existe ! Des opinions sont partagées car les femmes noires ne pensent pas en bloc. De nombreux courants de pensées différents existent. Il y a des femmes noires qui sont contre le féminisme, d’autres qui sont pour. La notion de “féminisme” porte à débat, même autour de femmes qui veulent leur libération et leur émancipation . Je pense que c’est un mouvement émancipateur, flamboyant qui permet de réinventer des choses et d’accéder à plus d’égalité et à plus de justice sociale.

Crédit : Hervé Hinopay

Pourquoi voit-on peu de femmes noires dans le mouvement féministe en général ?

On est en France, et on considère que les couleurs n’existent pas. Historiquement, on voit que cette idée n’est pas supportée par des faits, comme diraient les Américains. Et puis, parce que c’est un féminisme universaliste qui se positionne comme surplombant, en effaçant les disparités et les spécificités des femmes noires. Des spécificités qui sont notamment posées par la racialisation de la femme noire dans un espace occidental.

Comment les femmes noires espèrent faire entendre leur voix, notamment dans les médias ?

Elles se font déjà entendre. Beaucoup de médias sont intéressés par ces problématiques pour des raisons économiques, de buzz, ou des raisons idéologiques. J’imagine que beaucoup de journaux sont intéressés par la question de l’égalité. Cependant, je ne pense pas que ce soit une priorité pour les femmes noires d’être plus visibles dans les médias. La priorité est d’abolir le racisme à l’emploi, le fait d’être éloignées des richesses en général, c’est-à-dire d’être reléguées dans des classes pauvres.

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Une plus grande médiatisation peut contribuer à être plus visible, non ?! Qu’en penses-tu ?

Les médias ont plus tendance à aller vers les Afro-féministes que le contraire. Il y a aussi un discours critique et subversif qui peut être plaisant pour une certaine presse qui aspire à plus d’égalité, ou qui pense juste que certains sujets vont faire plus de bruit.

La question des cheveux est récurrent au sein du mouvement, quel est ton avis la-dessus ?

La question des cheveux est une entrée qui est intéressante dans le débat, ça parle à tout le monde, ça interpelle. Cela permet de comprendre à partir d’un élément concret, facile d’accès, comment le racisme et le sexisme touchent les femmes noires en Occident, aujourd’hui. Je pense, que c’est pour cette raison que ce point revient rapidement. Pas seulement parce que c’est un aspect esthétique, mais aussi parce qu’il facilite la compréhension des enjeux racistes et sexistes qui touchent directement le corps des femmes.

Hervé Hinopay