Black Panther : les critiques de cinéma chinois déplorent un casting “trop noir” !
Le premier film de super-héros noir tout droit sorti des studios Marvel, Black Panther, a fait son entrée en Chine, enregistrant plus de 63 millions de dollars ce week-end, l’aidant ainsi à franchir le cap du milliard de dollars dans le monde.
Et bien que le film a rempli les salles en Chine, celui-ci n’a pour autant pas suscité de critiques élogieuses de la part du public chinois. En effet, les critiques en ligne révèlent un racisme à peine subtil doublé d’un malaise ostensible relatif au casting exclusivement noir. À croire que les spectateurs ont fini en PLS à la fin du film !
Spoil Alert : pour ceux qui ne l’ont pas encore vu, le film dépeint une version romancée de l’Afrique qui n’aurait jamais été colonisée par l’homme blanc, avec au centre de l’histoire, un pays fictif, le Wakanda, situé en Afrique de l’Est et caché au monde extérieur. Le film au casting 100 % afro, raconte comment T’Challa, roi du Wakanda a su utiliser son intelligence, ses connaissances ancestrales et son accès aux technologies de pointe pour devenir le super-héros Black Panther.
Il semble que cette fiction, qui se présente comme un symbole opportun et une célébration de la négritude, un demi-siècle après l’assassinat de Martin Luther King Jr., n’est guère trouvée de résonance auprès du public chinois. Sur Douban, la plateforme IMDb-esque chinoise, le film a été gratifié d’un modeste 6,8 sur 10, alors que près de la moitié des films de science-fiction et d’action classés par les utilisateurs ont un meilleur score. Notons qu’en dehors de la Chine, Black Panther est sur le point de devenir le film de super-héros le mieux noté au monde avec 97% des critiques positives, d’après le site web Rotten Tomatoes.
Certains cinéphiles chinois ont détesté Black Panther, estimant que Marvel avait abusé du politiquement correct, tandis que de nombreux critiques de Douban ont tout simplement laissé des commentaires ouvertement racistes sur le film, la plupart exprimant leur malaise face à ce concentré d’acteurs noirs.
“Un supplice pour les yeux”
“Peut-être que les Chinois ne sont pas encore habitués à un film plein de Noirs”, a tenté de justifier un critique. L’un d’entre eux est même allé jusqu’à dire qu’il avait dû se pincer plus de 10 fois (c’est pas rien !) pour rester éveillé durant la projection :“Black Panther est noir, tous les personnages principaux sont noirs, beaucoup de scènes sont noires, la scène de poursuite de voiture est noire, la noirceur m’a carrément endormi.”
Et un unième, pourtant arrivé en retard à la séance, de faire une observation similaire : “Quand je suis entré dans la salle, un groupe de Noirs se battait dans la nuit… Je n’ai jamais été dans une salle si sombre, à tel point que je n’ai pas trouvé de place.”
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Et enfin, celui que l’expérience en 3D n’a “convaincu” non plus : “Le film est rempli d’acteurs et d’actrices noirs. Et parce que les couleurs du film sont un peu sombres, c’est presque un supplice pour les yeux de regarder la version 3D du film au cinéma.”
Ce florilège d’appréciations “constructives”, et qui-plus-est “objectives”, n’est en somme que l’expression d’une Chine encore à la traîne dans la course. Pour preuve, le mois dernier, lors du gala annuel du Nouvel An lunaire du radiodiffuseur public chinois CCTV, les producteurs n’ont rien trouvé de mieux à faire que de mettre en scène une actrice chinoise grimée en noire (blackface) et un acteur noir dans le rôle du singe. Autre manifestation quelque peu surréaliste, elle aussi : un musée chinois qui a accueilli en octobre dernier une exposition intitulée « This is Africa », juxtaposition de clichés d’hommes et de femmes noires comparés à des animaux, dont entre autres à des singes et des guépards.
Rappelons que la Chine s’est implantée de manière significative et impactante en Afrique au cours des deux dernières décennies avec une présence massive de grandes entreprises soutenues par le gouvernement chinois, ainsi que des milliers d’entrepreneurs et de travailleurs privés chinois se déplaçant dans divers pays, dans le but de s’enrichir. L’interaction a globalement été amicale et généralement perçue comme mutuellement bénéfique, mais il y a également eu des incidents marquants de tension culturelle et raciale dans certains pays.
Sur la plateforme numérique Sixth Tone basée à Shanghai, l’écrivaine Niesha Davis explique que le film Black Panther aurait pu être (ou devrait-on dire “aurait pu être, ndlr) l’occasion pour les Chinois de découvrir sur la culture noire [africaine] : “L’introduction à la culture pop qui englobe diverses représentations des Noirs peut exercer une influence puissante sur la façon dont les individus les conçoivent”… Rien n’est moins sûr, allons seulement !
Avec qz.com
