Connaissez-vous l’AFRICOM, cette institution créée par les USA pour l’Afrique ?
L’Africom, Commandement des États-Unis pour l’Afrique (en anglais United States Africa Command ou AFRICOM), est un commandement militaire unifié assurant la gestion des intérêts américains et de ses troupes dans les 54 États du continent africain.
En février 2007, le président américain George W. Bush crée le commandement militaire américain pour l’Afrique AFRICOM (United States Africa Command). C’est seulement en octobre 2007, soit huit mois après, que cette structure entre officiellement en fonction. L’Africom témoigne de la consolidation de la politique africaine des États-Unis. Faute d’un accord avec un pays africain, le commandement est basé en Europe, à Stuttgart, depuis sa création. Par deux fois, Washington a demandé au Maroc de l’accueillir, mais l’État Marocain a refusé, inquiet de la réaction que cette position pourrait engendrer.
Polémiques sur les véritables intentions américaines en Afrique
Pour de nombreux observateurs, l’Africom est l’expression de la volonté américaine d’établir des bases militaires en Afrique. Néanmoins, selon les explications officielles de l’état major américain “l’Africom sert les intérêts africains afin de mieux défendre ceux des États-Unis”. “Servir les intérêts”… mais les intérêts de qui exactement ?
Les intérêts militaires d’une armée américaine discrète mais bien présente
En 2017, le magasin Vice publie des documents déclassifiés de l’armée américaine, qui montrent la présence croissante des opérations militaires américaines sur le sol africain. Officiellement il y aurait environ 6 000 soldats américains déployés en Afrique dont 300 militaires et un avion de contrôle en Ouganda, 120 au Nigéria, 20 militaires en Somalie pour entraîner et fournir des conseils aux forces armées somaliennes,100 militaires au Niger et des troupes relevant du 18e régiment militaire américain pour la stabilisation du Sud Soudan ravagé par une guerre civile.
Le magasin Vice fait état d’autres rapports cités par des sites spécialisés, notamment “zone militaire opex 360.com” qui soulignent que les États-Unis auraient également établi pas moins de 12 bases militaires « secrètes », ces dernières années, dans plusieurs pays du continent africain qui gardent toujours le silence à ce propos.
Il faut savoir que l’AFRICOM était responsable de l’intervention en Libye survenue en 2011 qui a soutenu la révolte contre le gouvernement de Mouammar Kadhafi. Les troupes d’AFRICOM étaient également impliquées dans la lutte contre les insurrections islamistes en Libye, au Mali et au Tchad, les années suivantes. À noter que le Tchad qui vit, depuis, dans une instabilité constante.
Les intérêts économiques
Les diamants africains, les réserves d’uranium, les métaux rares et les combustibles fossiles attirent l’attention étrangère depuis longtemps déjà. Des investisseurs chinois ont fait des progrès substantiels sur le continent au cours des dernières décennies. Ils ont négocié des projets de construction ainsi que des accords pétroliers et gaziers. En outre, un quart du pétrole et des matières premières consommés aux USA proviennent d’Afrique. Les États-Unis ont donc tout intérêts à réaffirmer leur impérialisme en Afrique pour faire barrage à l’Inde et à la Chine qui ont de plus en plus d’influence sur l’économie africaine.
Là où l’Amérique grossit les dettes des pays africains, la Chine les éponge. On troque des matières premières contre des projets d’infrastructures ou des occasions d’affaires sans imposer de conditionnalités. Tout le contraire des États-Unis via les dettes du FMI, et l’aide financière au compte goutte de l’OCDE.
L’Africom, stabilité ou instabilité ?
La question sur le rôle de l’Africom dans la stabilité militaire et économique africaine se pose. Au vu de certains faits, nous pouvons observer une dynamique suspecte de pompiers-pyromanes. Par exemple : les groupe terroristes que l’Africom et ses militaires américains se vantent de combattre ne seraient-ils pas les conséquences d’années de trafics d’armes, d’ingérence politique locale et d’instrumentalisation du désordre, au service d’intérêts économiques et géopolitiques ? La course à l’armement et l’équipement de groupes rebelles semble sciemment occultés, tandis que la violence légitime de la guerre s’impose à l’Afrique. Aux yeux du monde, les États-Unis sont venus sauver l’Afrique, mais est-ce vraiment le cas ? Seul le Général Thomas D. Waldhauser, haut commandant de l’AFRICOM, détient les réponses (eh non, l’Africom n’est pas dirigé par un Africain qui connaissant bien le continent mais bel et bien par un Américain !)…
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