/Génocide des Tutsis : Macron décline l’invitation de Kagamé

Génocide des Tutsis : Macron décline l’invitation de Kagamé

Emmanuel Macron a décliné l’invitation du président rwandais, Paul Kagamé, à la commémoration, du 25 ème anniversaire du génocide des Tutsis. Pour l’association « Survie », ce refus vient démontrer la responsabilité de la France dans ces massacres. Elle a ainsi organisé une action symbolique, Place de la République, à Paris, ce dimanche 7 avril, pour dénoncer la complicité de cette dernière.

« La France a protégé les auteurs de cette barbarie. Aujourd’hui, elle n’a pas voulu, effectivement, se repentir et présenter des excuses officielles au Rwanda, alors que la Belgique et les États-Unis l’ont fait », explique Makahila Nguebla, réfugié politique tchadien de 47 ans, mais également journaliste. Ce dimanche 7 avril 2019, l’association « Survie » mène une action, Place de la République, aux environs de 12 h. Le but étant de dénoncer l’implication de la France dans le génocide des Tutsis survenu au Rwanda, en 1994.

Il y a peu de monde pour assister à la manifestation, une vingtaine de personnes tout au plus. Seule la chaîne de télé RT est présente pour couvrir l’événement. À une trentaine de mètres, se tient un rassemblement contre le régime algérien. Les militants de l’association « Survie » étendent une banderole jaune avec des mots accusateurs : « Complicités française : déni, mensonge et impunité. »

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Pour rappel, ce sont près d’un million de Tutsis qui ont été massacrés par les Hutus, l’ethnie majoritaire, alors au pouvoir, au Rwanda, en 1994. La France décide de soutenir le régime en place, en lui livrant, entre autres, des armes. Des livraisons qui auront lieu avant, pendant, et après, bien que celle-ci au courant des intentions meurtrières des Hutus à l’égard des Tutsis.

L’action de l’association « Survie » 

Mikhahila Nguable est un sympathisant de l’association »Survie » et participe souvent à des actions, comme le « sitting » qui se tient ce jour. Il explique le rôle de l’association : « Elle travaille depuis une trentaine d’années sur la question africaine, notamment la Françafrique. Parmi les adhérents, il y a des militants ordinaires, des journalistes et des sympathisants. Ce travail est fait à travers des communiqués de presse, des rapports, des interpellations de députés français, des dénonciations des problèmes africains. » 

Le journaliste déplore par ailleurs le déni de Macron, concernant l’implication de la France, dans l’extermination des Tutsis : « Macron a décliné l’invitation de Paul Kagamé car, la France ne voulait pas être mise face à sa responsabilité historique. C’est donc une fuite en avant de Macron. Il aurait dû profiter de cette occasion pour présenter les excuses officielles de la France. »


Le journaliste Mikhahila Nguable, lors du sitting

Les gens prennent des photos, tandis que les militants les informent sur le but de leurs actions. Ces derniers distribuent également des fascicules. Une femme noire veut aussi prendre part à la mobilisation, mais elle est priée de s’écarter, « pour ne pas brouiller le message », affirme-t-elle. Faty Koumba dirige un collectif qui milite pour les droits de l’homme, la liberté et la non-violence. Elle tenait à être là, pour la mémoire des victimes, condamnant par ailleurs l’absence de Macron au Rwanda : « C’est un affront pour le Rwanda. Il était invité, il devait venir, présenter ses excuses et reconnaître la complicité de la France. Il envoie un petit député rwandais LREM (Hervé Berville). C’est malheureux », s’indigne-t-elle.

Faty Koumba lors de la mobilisation, Place de la République

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La complicité de la France dans le génocide des Tutsis

François Graner est chercheur au CNRS, et collabore avec l’association « Survie ». Très pédagogue, il met surtout en évidence, le rôle de quelques responsables français, dans le massacre des Tutsis :« C’est vraiment quelques décideurs politiques et militaires, ce n’est pas tout le pays. Il n’y a pas de preuve explicite, qu’il voulaient exterminer les Tutsis » tempère-t-il. « C’est très précis, les documents, les témoignages et toute l’analyse historique montrent qu’ils ont soutenu les extrémistes Hutus de façon active. Ils étaient informés de ce qui se passait avant, pendant et après. » Il poursuit son analyse sur le rôle de la France : « La France a tout fait pour qu’un représentant extrémiste Hutu siège au conseil de sécurité, ce qui a permis l’inaction de la communauté internationale. »

Le rassemblement se termine. Au milieu de la foule, un discours virulent résonne, depuis un haut parleur, pour fustiger le régime algérien. François Graner s’apprête à rejoindre un cortège qui va assister aux commémorations du 25 ème anniversaire du génocide des Tutsis, Parc de Choisy, dans le 94. Il conclut : » Macron envoie un député au Rwanda, c’est vraiment le minimum. Malheureusement on le regrette, car ça veut dire un report de plusieurs années de la reconnaissance de la complicité de la France »

Hervé Hinopay pour BY US MEDIA