/Histoire de la Guadeloupe à travers le Gwo Ka (2/2)

Histoire de la Guadeloupe à travers le Gwo Ka (2/2)

La place du Gwo Ka dans la société guadeloupéenne

Les soirées Léwoz

Les soirées Léwoz sont nées en même temps que le Gwo Ka.

Au 18ème siècle, ces soirées avaient pour but de rassembler les esclaves venus du continent africain. Le temps d’une nuit, ils oubliaient leur condition de sous-hommes grâce au Gwo Ka. Ne parlant pas la même langue, ils ont choisi la musique pour communiquer, exprimer leur souffrance, leur joie, leur peine.

Tombés dans l’oubli au début de la période post-coloniale, les Léwoz ont été remis peu à peu sur le devant de la scène guadeloupéenne.

Ces rassemblements populaires ont un but social, culturel et politique. Ils ont lieu généralement les vendredis et samedis soirs et durent jusqu’au petit matin.

Swaré Léwoz – Guadeloupe

C’est un lieu de partage et de transmission où l’on vient, en famille, renouer avec ses racines.

Le public se met en rond (« lawonn ») autour des tambours (« tambouyè »), du chanteur et de deux autres instruments : le chacha (maracs) et le tibwa (baguettes en bois que l’on frappe sur un tambour). À l’intérieur du cercle les danseurs se succèdent à tour de rôle.

Démocratisation du Gwo Ka dans les familles

Cette musique fait entièrement partie de la culture guadeloupéenne puisqu’elle accompagne chaque instant d’une vie (la naissance, la mort, les retrouvailles familiales, les révoltes, les festivités comme le carnaval…).

Il y a toujours un oncle, un père ou un parrain qui tape le tambour, dans une famille guadeloupéenne. C’est quelque chose qui se transmet de génération en génération et ce, depuis le plus jeune âge. Cette passation peut aussi se faire par un rite initiatique avec l’approbation des anciens, les Maîtres Ka.

Hommage à Vélo – Point-à-Pitre

Le Gwo Ka contre la répression

Les Maîtres Gwo Ka

Dans les années 1960, trois producteurs de musique (Raymond Célini, Henri Debs et Marcel Mavounzy) donnent de la voix à cette musique. Des albums réunissent les plus grands tambouyè, appelé Maître Ka.

LES MAITRES KA
DE GAUCHE à DROITE: Guy KONKET, Robert LOISON, VELO (Marcel LOLIA), Bebert SYCO, CARNOT (FRANCOIS MOLEON JERNIDIER), Yves THOLE, BAGGY , Fritz NAFFER, Marc PULVAR

L’appellation de Maître Ka a été donnée aux joueurs de tambours, à ceux qui ont fait renaître cette discipline. Les plus connus sont : Vélo, Guy Konket, Robert Loison, Bébert Syco, Carnot, Yves Tholes, Baggy, Fritz Naffer, Marc Pulvar, Man Soso, Napo, Henry Delos, et bien d’autres.

Mais celui qui laissera une trace indélébile est le Maître Ka Marcel Lollia, dit Vélo.

Apprentis du Maître Ka Carnot, Vélo ne vivait que pour cette musique. Il était souvent aperçu à Lapwent (Pointe-à-Pitre), se promenant avec son tambour en bandoulière, cherchant un bon spot pour jouer.

Statut de Vélo – Point-à-Pitre

À sa mort, ses funérailles publiques du célèbre tambouyè ont réuni une grande partie des Guadeloupéens venus lui dire au revoir. Vélo a été maître Ka de toute une génération.

Sous l’influence d’Akiyo (mouvement culturel et musical guadeloupéen), une statue sera érigée à sa mémoire à Point-à-Pitre au centre de la rue Joseph.

Le Gwo Ka contre l’oppression

Le Gwo Ka a toujours été perçu comme une musique de sauvages par les colons. Ils ne comprennent pas les textes en créole et n’ont jamais supporté ces rassemblements de masses spontanées. Malgré tout, le Gwo Ka accompagne les Guadeloupéens dans toutes leurs luttes (esclavage, grève ouvrière, grève des planteurs, révolte syndical des étudiants, grève générale…).

Alors qu’il accompagnait des grévistes d’usines au tambour et au chant, Guy Konket, Maître Ka, sera arrêté pour « activités subversives et atteinte à la liberté du travail ». La répression est toujours là. Plus récemment, lors des 44 jours de grève générale organisée par le LKP en 2009, les tambours ka sont toujours présents.

Grève générale 2009

Cette musique est l’âme de la Guadeloupe, et la société la porte comme une réaffirmation de son identité.

Quelle est la suite pour le Gwo Ka?

Le Gwo Ka a de beaux jours devant lui.

Depuis plus d’une dizaine d’années, cet art s’enracine encore plus profondément dans la société guadeloupéenne – et même en France.

Des écoles voient le jour. On y apprend la danse, les percussions et même le chant. Avec des programmes accessibles pour les plus petits, souvent avec un éveil musical du Gwo Ka dès 3 ans.

Dans l’hexagone, de nombreux événements sont créés autour de Gwo Ka (Le Gwo Ka Jazz festival à Paris, Place au Gwo Ka à Montauban, Kadans Caraïbe à Marseille) et de multiples associations fleurissent (MassiliaKa à Marseille, Difé Kako à Paris).

Actuellement, le Gwo Ka est présent partout dans les médias guadeloupéens (radio, télévision). On le retrouve même dans des chansons d’artistes guadeloupéens comme Admiral T et aussi tous les ans au carnaval, avec les groupe de Mas a Po.

Alors, oui le Gwo Ka a de beaux jours devant lui, s’il continue d’être transmis par toute la diaspora antillaise !

mounagwoka.com

Journaliste Reporter d'Image - Photographe"Chaque génération doit dans une relative opacité découvrir sa mission, la remplir ou la trahir." - Les damnés de la terre de Frantz Fanon