/La CAN 240’s de Stains : immersion dans une CAN de banlieue

La CAN 240’s de Stains : immersion dans une CAN de banlieue

La CAN a commencé ce 21 juin 2019, en Égypte. Motivés, les jeunes de banlieues parisiennes ont décidé de créer leur propre Coupe Africaine des Nations avec en lice, des équipes représentant leur pays d’origine.

L’équipe de Côte d’Ivoire de la Can 2040s

C’est à Évry que tout a commencé. Organisé au quartier des Épinettes, l’événement a pris le nom de « CAN Espinetzo ». Les images de matchs ont d’abord fait le buzz sur les réseaux sociaux avant d’être relayées par le rappeur Niska, lui-même originaire d’Évry via son compte Snapchat. La compétition a pris une telle ampleur que d’autres quartiers d’Île-de-France, ont repris le concept.

Les supporters sont aux aguets

Dimanche dernier, nous avons assisté à la finale de la CAN 240’s à Stains, « 240 » faisant référence au code postal de la ville 93240. C’est au stade Delaune que l’on s’est donné rendez-vous pour assister à la demi-finale et à la finale de la CAN 240’s. Les équipes du Cap-Vert et du Reste de l’Afrique sont demi-finalistes. La finale oppose les équipes de la Côte-d’Ivoire et le Maroc. Les organisateurs ont tout prévu : une buvette, un barbecue et un food truck de glace sont à disposition. Un DJ est même présent pour l’occasion. L’après-midi s’annonce déjà bien malgré la chaleur accablante.

Avant le début du match de la demi-finale, les organisateurs annoncent au micro les sponsors et partenaires. Parmi eux, la municipalité de Stains, des associations en faveur des jeunes des quartiers de banlieue ou encore des marques de vêtements. Ce tournoi a été organisé à la seule initiative des jeunes de cette ville de banlieue, de manière indépendante, mais le soutiens d’organisation officielles de la ville témoignent du sérieux et de la crédibilité que le projet suscite.

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Le maire de Stains, Azzedine Taïbi, est également présent. « Ça (les images des matchs précédents de la CAN) a tourné en fait, ils ont capturé les images et ils ont re-posté c’est pour ça on est venues », nous confient des jeunes adolescentes venues soutenir la Côte d’Ivoire. Pourtant, aucune d’elles n’est ivoirienne et aucune d’elles ne suit le foot. « C’est un jour de fête », nous assure un supporter marocain. Il ajoute que cette commune est peu dynamique et qu’aucun événement particulier ne s’y déroule habituellement.

Equipe du Cap vert de la Can à Stains

C’est vers 14 h 45 que le tournoi de demi-finale opposant le Cap-Vert et le reste de l’Afrique commence. L’énergie des joueurs se fait ressentir. L’équipe du Cap-Vert n’hésite pas à chanter, main sur la poitrine, l’hymne de leur pays en portugais. Les spectateurs sont encore timides à ce stade-là. Un événement inattendu vient sacraliser d’une certaine manière ce premier tournoi : en préparation du défilé du 14 juillet, des avions militaires survolent le terrain de foot, sous les applaudissements du public. Le spectacle continue presque toute la durée du match qui lui se termine sur une victoire du Cap-Vert.

Jeune supporter de l’équipe du Cap-Vert

Entre les deux matchs, un interlude de spectacles de danse des enfants de la commune est prévu. Les petites filles du groupe Jazzy girls, dansent sur des musiques hip-hop et bollywood, sous les yeux émerveillés de leurs parents.

Le groupe Jazzy Girls entre en scène

Ceux qui ne regardent pas les prestations de danse se préparent à supporter leur équipe. Parmi les patriotes fans de football, Serge un supporter ivoirien engagé au ssa ville nous confie que c’était pour lui un devoir de venir au stade aujourd’hui. Des mamans sont, elles aussi, venues donner de la force à leurs enfants. C’est le sentiment d’unité créé par ce tournoi que deux mamans d’une soixantaine d’années sont venues rechercher cet après-midi là : « Ca me fait plaisir que nos enfants africains se mettent ensemble pour faire un. […] Tous les enfants africains ici aujourd’hui sont nos enfants ».

Les plus grandes supportrices de cette CAN sont les mère des joueurs

Le match final débute avec l’entrée haute en couleur de l’équipe de la Côte d’Ivoire. Sur un son coupé-décalé, les joueurs entrent accompagnés des enfants jouant au sein du club de football de la ville. Les fumigènes oranges et verts amplifient la théâtralité de sa scène, rythmés par les cris de supporters que les joueurs n’hésitent pas à saluer d’une poignée de main ceux qu’ils pouvaient atteindre. Le Maroc n’est pas en reste. C’est sous le son des derboukas (tambours) et de la longue « vuvuzela » marocaine que les joueurs font leur entrée. Les musiciens marocains en vêtement traditionnel sont en tête de cortège. Les youyous résonnaient de partout.

BY US MEDIA CAN STAINS
Entrée de l’équipe du Maroc sous les sons des derboukas
Les supporters du Maroc sont prêts pour regarder le match

Des drapeaux marocains et ivoiriens sont déployés à même le sol, pour les photos officielles des deux équipes. Les spectateurs n’attendent impatiemment que le match commence, alors même que le match officiel de la CAN opposant le Maroc contre la Namibie est en cours. C’est le maire de Stains en personne qui déclenche, sous de longs applaudissements, les coups de sifflet qui annoncèrent le début du match.

On ne rigole pas avec l’équipe du Maroc

Petits et grands sont installés autour du terrain, franchissant presque des lignes blanches de délimitation. Les plus petits sont aux pieds de leurs parents et commentent « Papa regarde le ballon il a failli rentrer ! ». Les ados ont même ramené leurs chaises de randonnées et regardent leur match en crachant la fumée épaisse et blanche de leurs chichas. Tous sont posés comme à la maison.

« Tire mon gars », « C’est comme çaaaaa! » : les exclamations d’encouragement retentissent de partout. Il y a vraiment une ambiance qui rend l’événement galvanisant, y compris pour ceux qui sont ne pas habituellement fans de football. Le match est mené par la Côte d’Ivoire. Les deux premiers buts marqués par les ivoiriens sont suivis de cris et d’immenses célébrations et danses effectuées de l’équipe et le public qui entourent le buteur. « Interview, ma gueule » lâche un jeune en brandissant son iphone pour snapper les réactions de ses amis.

Le Maroc marque son premier but. Les instruments de musique traditionnels retentissent. Après une célébration agitée, les supporters jeunes et petits se réjouissent d’une probable remontada. Sur le ton de la blague,une supportrice ivoirienne crie : « les Arabes, ils nous ont fait du s’hour ! ».

Le match se termine sur la victoire de la Côte d’Ivoire. L’excitation est à son comble. C’est une fierté pour tout les supporters de cette équipe. La célébration finale se terminent par des danses et chants endiablés pendant que les organisateurs, eux, se préparent pour la distribution des prix. Aux côtés des sponsors de l’événement, les organisateurs qui ne sont autres que « des grands du quartier » distribuent les prix aux joueurs afin de récompenser leurs efforts. Le podium est annoncé et des prix tels que les prix du Meilleur buteur, du Meilleur gardien ou encore du Meilleur coach sont distribués..

L’évènement se termine sur la remise des prix sous les yeux fiers des Stanois. Serge, un supporter originaire de Stains, présent ce jour là, nous explique qu’il adore cette initiative car il a la conviction que « dans les quartiers de banlieue, tout n’est pas que morose, et qu’il s’y passe de belles choses ».

Rehana Ashraf Himid