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La photographie selon Jean-Pascal

Sur Instagram, la photographie n’a pas la même signification pour tous. Quand certains laissent primer l’esthétique, d’autres préfèrent la spontanéité. Le compte Instagram @cejeanpascal est un mixte entre la liberté et l’esthétique à travers des images pour le moins créatives. Derrière l’objectif : Jean-Pascal, 25 ans.

Bonjour Jean Pascal, comment décrieriez-vous votre façon de travailler ?

Liberté et improvisation, parce que je ne me mets pas de contraintes dans le choix de mes thèmes, de mes modèles, même dans mes retouches, ce n’est jamais une recette. Quand je retouche, par exemple, ce n’est jamais des trucs prévus à l’avance. Lorsque je finis mon shooting je ne sais pas le résultat que j’aurai à la fin. Je me laisse aller. Je peux par exemple ne pas shooter pendant un mois, deux mois, voire plus, puis avoir une idée et shooter. Ou bien enchainer trois / cinq shoote en quelques semaines.

Comment tout a commencé ?

Déjà, ce n’est pas mon activité principale. Je suis actuaire. Donc c’est beaucoup plus mathématiques qu’artistique. Je suis béninois. J’ai grandi au Bénin jusqu’à mes dix-huit ans et je suis venu après mon bac. Et il y avait un moment à Cotonou où il y avait beaucoup de mode, et on va dire que j’étais assez critique de ce que je voyais et je me disais que je pouvais faire mieux. Mais je n’avais pas d’appareil photo du coup j’ai zappé la photographie. Et une fois en master un, j’ai eu un stage et j’avais assez de sous pour pouvoir m’acheter un appareil photo [Nikon D610]. Du coup j’en ai acheté un et j’ai commencé. C’est comme ça que la photo a réellement commencé pour moi.

Vous affirmez avoir un regard critique sur ce que vous voyiez. Est-ce qu’à ce moment-là, vous aimiez déjà la photo ?

On a tous du goût et on peut tous critiquer, donc c’était ça , et aussi le fait que moi, particulièrement, j’aime bien me dire que je peux faire certaines choses. Et du coup, je ne me limite à rien, je fais de la photo mais je fais aussi de la programmation, je fais de l’actuariat, j’écris des poèmes, je filme, je fais des courts-métrages. Quand instinctivement, je sais que j’aime bien et que je peux le faire facilement, lorsque je sais que j’ai des facilités avec un truc je le fais. Je ne me contrains pas et je ne me limite pas dans la création. Je touche à tout ce que je pense pouvoir faire correctement.

Au vu des multiples activités que vous exercez, vous considérez-vous comme étant photographe ?

Pendant longtemps non, je ne me considérais pas comme étant photographe. Enfin, jusque-là, parce que je me suis habitué à ce qu’on m’appelle photographe. Mais comme je dis, je fais juste un truc que j’estime savoir faire bien ou moyennement bien.

Qu’est-ce qu’un photographe, selon vous  ? Quelqu’un qui a fait des études en photographie ?

Non mais comme je dis, le fait que ça me dérangeait c’est surtout parce que ce n’est pas mon métier donc ça me dérangeait d’être qualifié de photographe. Moi j’estime juste faire un truc que je sais faire ou que je peux faire. Du coup, vu que je sais faire pleins de choses, même lorsqu’on m’appelle « actuaire « ça me dérange ! Mais vu que c’est le métier que je fais et c’est ça qui me fait gagner de l’argent ,ça me dérange moins. Mais par exemple je fais des vidéos, je ne suis pas vidéaste, je fais de la programmation, je ne suis pas informaticien. Je fais un truc que j’aime faire.

Avez-vous déjà envisagé de prendre des cours de photographie ?

Non. C’est pour moi quelque chose d’assez lézard en général. À part pour certains qui peuvent être hyper techniques, a photographie c’est assez libre ! Y’a qu’à regarder ce qui se fait sur Instagram, la diversité des choses qui sont proposés. Donc je pense que c’est un des trucs qu’on a pas forcément besoin d’apprendre. Je veux dire… même la partie technique est pas hyper compliquée. Ça demande de l’apprentissage oui, mais en 2021 y’a Youtube, donc c’est pas hyper compliqué à apprendre. J’ai pris l’appareil photo, comme tout le monde fait des vidéos sur Youtube et voilà ! Quand j’aime un truc, j’aime apprendre tout ce qu’il y a autour, enfin le nécessaire pour m’en sortir on va dire.

On voit beaucoup de modèles noirs sur votre Instagram… pourquoi ?

Ce n’est pas volontaire, parce que moi je ne suis pas quelqu’un qui vais forcément aller vers les gens. En gros, quand je suis venu en France, les amis que j’avais c’était ceux que j’avais déjà, soit je parlais à ceux qui étaient venus en France, soit je parlais à ceux qui étaient au Bénin. C’est pas du renfermement dans une communauté, c’est juste que je suis pas du genre à aller vers les gens parce que j’ai peur de déranger. Parce que je sais que dans mon rapport avec les gens, je peux être embêtant donc du coup, je vais pas forcément vers les gens que je connais pas parce que j’ai peur qu’à un moment, ça n’aille plus.

Feed Instagram de Cejeanpascal

Et du coup , tous ceux que je connais ce sont des amis d’amis ou des gens que je rencontre par des amis d’amis. C’est donc surtout pour ça qu’il n’y a que des Noirs. Ce n’est pas volontaire, c’est juste moi mon rapport aux gens. Parfois je peux scroller, voir des modèles qui m’intéressent mais je ne fais pas forcément la démarche d’aller vers eux, peu importe la couleur. C’est vraiment mon rapport aux gens qui détermine les modèles. Et du coup, il y a des séries avec un seul modèle comme vous pouvez voir et c’est encore une fois mon rapport aux gens. C’est juste que j’aime bien et la personne renvoie bien. Je ne la prendrais pas si la personne ne renvoyait rien, il faut qu’elle renvoie quelque chose. Mais en général ,je ne vais pas chercher très loin, je vais chercher dans mon cercle.

Votre feed Instagram est majoritairement féminin, est-ce un choix ?

Ah oui, on a que des femmes ? Non, il y a des hommes aussi ! L’avant-dernière, c’était un homme et une femme. En vrai, maintenant que vous le dites , je pense que c’est l’entourage qui fait le truc. Les gens qu’on me présente encore une fois et qui renvoient un truc, ce sont des femmes. Mais ce n’est pas calculé, je ne fais pas exprès. Les femmes que je vois en général sont celles qui me parlent le plus.

Peut-être que les visages féminins me parlent plus… je ne me suis jamais posé la question. C’est bizarre. À moins d’avoir une idée, comme pour l’avant-dernière photo en duo, j’avais une idée d’un duo. Du coup, l’homme c’est le cousin de ma copine. Je l’avais déjà shooté avant. Je crois que j’avais fait deux/trois séries avec lui et je trouve qu’il renvoie très bien. Je peux avoir des idées aussi sur les hommes. iI y a deux séries avec mon frère « mon frère, cet homme ». Mais oui, peut-être que les visages des femmes me parlent plus.

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Partons donc du principe où les femmes sont vos modèles principaux, comment vous y prenez-vous pour l’organisation du shooting de celles-ci ?

Ça dépend toujours mais en général , j’envoie un mood board qui définit un peu le thème. Je propose les vêtements etc… à moins d’avoir un shooting improvisé. Au début, je faisais beaucoup d’improvisation. Je dirigeais pas forcément la personne. Je disais « j’ai envie de te shooter, viens on shoote ! » Et lorsqu’elle arrivait je faisais avec. Parce que justement, j’allais la chercher pour ce qu’elle renvoie, pour ce qu’elle dégage. En vrai, son style correspond à sa personne, donc en général ça rend toujours bien.

Mais maintenant que je fais des trucs un peu plus élaborés, on va dire. Je prends la liberté de demander à la personne ce que je veux pour le shooting. Pour le maquillage par exemple, les modèles ne viennent pas maquillées. Je n’exige pas de maquillage. Je n’aime pas mentir, je ne dis pas que le maquillage c’est mentir mais, en général ,les modèles me demandent s’il faut qu’elles viennent maquillées de telle ou telle façon. Je leur dis « non, ce n’est pas nécessaire » . Parce que je vais chercher la personne pour ce que je vois. Sauf sur certains shootings où je dis « je veux telle texture de peau »… là oui !

Feed Instagram de Cejeanpascal

Comment appréhendez-vous l’espace au sein duquel vous shootez ?

Imaginer l’espace c’est pas forcément mon fort. À la base, j’aime vraiment les portraits visages parce que ce sont surtout eux qui me parlent. Donc au début, je faisais que ça et j’ai commencé à trouver que c’était limité dans l’expression des choses. Du coup, j’imagine toute une scène, pas forcément les décors, mais les vêtements, tout ce que je veux que ça dégage, et ensuite je mets en place le shooting. Et puis parfois j’improvise; au moment du shooting, ce n’est pas forcément ce que j’avais imaginé. Il y a de l’improvisation, des ajustements.

Puisqu’imaginer l’espace n’est pas votre « fort », est ce que la photo studio vous parle un peu plus ?

Quand j’ai commencé, je me suis dit « jamais de photo studio ! ». Parce que j’avais cette vue sur la photographie béninoise et sur certains photographes en particulier qui se répétaient. Les retouches était toutes les mêmes et ça sonnait pâle pour moi. Donc je me suis dit « pas de photo studioé, mais je me suis vite retrouvé limité. Alors j’ai commencé à appréhender la gestion des lumières par les flashs, la gestion des lumières continues. Et j’ai bien aimé et du coup ça me permet de pas être contraint par le temps typiquement.

Quand il pleut et que j’ai envie de faire un shooting et que je ne calcule pas trop le temps qu’il va faire, j’ai mon studio et ça me permet d’avoir un champ plus large dans la création. Mais de base, j’ai plus d’affect pour la photo hors studio parce qu’elle est plus naturelle. En fait, à part les histoires de lumière, les tons de couleur, je ne retouche quasiment rien. Il arrive très rarement que je retouche la peau, parce que pour moi, c’est mentir. Ce n’est pas forcément vrai, mais c’est moi et mon rapport à la photo. La lumière du soleil pour moi ,c’est suffisant et j’aime les trucs simples. C’est pour ça que je préfère la photo en extérieur.

Avez-vous pensé à faire de la photographie un métier et pas seulement une de vos passions ?

Je ne me pose pas la question, je fais ça comme ça. J’ai l’habitude de faire les choses parce que je sais les faire ou parce que je peux les faire., pas pour prouver un truc. Juste parce que je sais faire. Enfin si, peut-être pour prouver des trucs… c’est possible, je sais pas ! Mais j’aime faire les trucs parce que j’ai une facilité à les faire et que ce serait du gâchis de ne pas essayer. Par exemple, la photo si je m’étais trouvé nul, je pense que j’aurais arrêté très vite, j’ai horreur de me sentir nul. Si j’estime que je suis bon je vais pas arrêter et je ne vais pas faire l’humble.

Dans tout ce que je fais, je le fais parce que je me trouve moyen ou bon, sinon je le fais pas. Si je suis nul et que j’estime qu’il n’y a pas de marge de progression, j‘arrête, c’est mon côté paresseux. Je ne suis pas paresseux avec les trucs pour lesquels j’ai des facilités. La partie qui est chronophage c’est l’apprentissage comme regarder pleins de vidéos, mais c’est que du plaisir. Un truc qui saoulerait pas mais pour lequel j’estime pas avoir les capacités et qui me demanderait vraiment du travail. Et pour la photographie, j’estime ne pas sortir tant que ça de ma zone d’aisance, pas de confort mais d’aisance. C’est une chose aisée pour moi.

Vous n’avez jamais songé à un métier fixe ?

Je voulais faire de l’informatique, mais actuellement en tant que métier , je ne saurais pas répondre. Pour savoir ce que je veux faire, j’imagine que j’ai un million, vingt milliards sur mon compte… qu’est-ce que je ferai ? En vrai ,ce serait faire des photos, des vidéos, écrire, lire, typiquement ce serait ça.

Avec un peu plus de 1300 abonnés sur Instagram, Jean Pascal s’adonne pleinement à sa passion pour la photographie, qui soit dit en passant, n’est sujette à aucune rémunération. « L’argent ne dicte pas ma démarche photographique » conclut-il.

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