Le Freedom’s Journal, le premier hebdomadaire détenu par des Noirs aux Etats-Unis

Le Freedom’s Journal paraît pour la première fois aux États-Unis, lors de l’abolition de l’esclavage. Constitué de quatre pages et quatre colonnes, une périodicité hebdomadaire, celui-ci est dirigé par des Afro américains.

Le Freedom’s Journal aurait eu près de deux siècle aujourd’hui. Il parait le 16 mars 1827, et a alors la particularité d’être le premier journal géré et détenu par des Noirs, aux Etats-Unis.

LE CONTEXTE DE LA CRÉATION DU FREEDOM’S JOURNAL

Depuis la condamnation de l’« achat d’esclaves et de la garde des nègres » en 1688, en Pennsylvanie, l’abolition de l’esclavage se dessine progressivement. Entre fondations et décrets, il y a une montée en puissance de la mobilisation des peuples contre l’esclavage. Londres, Saint-Domingue, puis le Danemark et la France ne tardent pas à suivre.

Toutefois, en 1816, une autre sorte d’avilissement vient s’ajouter à la traite négrière; celui de la colonisation. Robert Finley fonde l’American Colonization Society, une organisation en faveur de la diminution du nombre de personnes noires aux Etats-Unis. Celle-ci se charge notamment de l’émigration du peuple noir américain vers l’Afrique.

Le 25 avril 1827, Charles X, roi de France, interdit la traite négrière au sein de l’empire colonial français. Il s’agit alors de la seconde loi contre la traite négrière. Elle marque la fin de plus de 200 ans de servitude. Au sortir de cette période, en 1827, le racisme et la négrophobie sont plus que jamais présents, les commentaires racistes paraissent d’ailleurs librement dans les journaux publics.

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Aussi, afin de contrer ces informations discriminatoires, un groupe d’hommes noirs libres de la ville de New York décident de créer le Freedom’s journal. À cette époque, un homme noir libre est appelé « free Negro » ou encore « free Black », une expression américaine courante qui désigne un homme aux origines africaines n’ayant pas le statut d’esclave aux Etats-Unis. Elle est employée depuis les Treize-Colonies jusqu’à l’abolition de l’esclavage aux Etats-Unis, promulguée par le treizième amendement de la Constitution des Etats-Unis, le 6 décembre 1865.

LE FREEDOM’S JOURNAL

Samuel E. Cornish est nommé rédacteur en chef de ce journal et John B. Russwurm en est le rédacteur en chef adjoint. Le Freedom’s Journal est réformiste. Il dénonce l’esclavage en prenant la défense des Noirs et de leurs droits politiques, entre autres, leur droit de vote.

Bowdoin Library – Bowdoin College
John Brown Russwurm (Bowdoin Class of 1826) (Bowdoin – Subject Guides )

New-York Historical Society
Samuel E. Cornish | AFS Bios | Examination Days: The New York African Free School Collection

Le journal fournit également l’actualité régionale, nationale et internationale. Ses lecteurs ont ainsi accès à des nouvelles d’Haïti ou encore de la Sierra Leone. L’hebdomadaire divertit et éduque les quelques 300 000 hommes et femmes noirs fraîchement devenus « free Black ».

Se positionnant fermement en faveur des Noirs, le Freedom’s Journal publie les biographies de personnalités noires afin d’encourager la réussite de cette communauté. Il est d’une véritable utilité pour ces derniers puisque partageant des offres d’emplois, de logement et de listes d’écoles.

Le journal coûte 3 dollars par an à ses lecteurs et est diffusé rapidement dans 11 États, dont le district de Columbia, Haïti, l’Europe et le Canada. Entre 14 et 44 agents sont au service de ce journal. Parmi eux, David Walker, un écrivain et abolitionniste afro-américain et militant anti-esclavagiste au franc-parler. Auteur de « David Walker’s Appeal », fort du combat qu’il mène, il est de fait un membre important du journal. Dans son ouvrage, Walker met en lumière les abus et les injustices de l’esclavage et appelle les esclaves à se rebeller contre leurs maîtres. Il est une inspiration pour les militants noirs qui le suivent.

Black Mail Blog
Freedom’s Journal: The 1st African American Owned & Operated Newspaper – Black Mail Blog

Samuel E. Cornish démissionne du journal en septembre 1827 et John B. Russwurm devient alors le seul rédacteur en chef. Le Freedom’s journal change soudainement de combat et se tourne vers la promotion du mouvement colonial. Les lecteurs du journal ne sont bien évidemment pas en accord avec le changement radical soudain du journal qu’ils ne comprennent pas.

En mars 1829, John B. Russwurm émigre vers l’American Colonization Society du Liberia, et devient gouverneur de la colonie du Maryland.  Le mois de mai de la même année, Cornish reprend la rédaction du journal. Afin de le relancer et lui rendre ses lettres de noblesse, il le rebaptise « Rights of All ». Cette nouvelle implusion n’empêchera pas la fermeture définitive du journal. Ces deux années auront toutefois contribué à la création d’autres journaux dans la même veine. Tant et si bien qu’au début de la guerre de Sécession, près de 40 journaux, détenus par des Noirs verront le jour.

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