Le programme d’apprentissage Igba Boi au Nigéria, levier économique des Igbo

La guerre du Biafra du nom de l’ancienne République indépendante du Nigéria, débouche sur le lancement du concept Igba Boi. Fondé sur un rapport patron-élève, celui-ci contribue à l’évolution et à la prospérité économique des jeunes hommes au sein de la société. Lumière sur ce processus datant de l’Après-guerre.

Après deux coups d’États orchestrés par le peuple Igbo contre le gouvernement du Nigéria, en janvier et juillet 1966, le gouverneur militaire du Nigeria oriental, Odumegwu Ojukwu, proclame le 30 mai 1967, la « République indépendante du Biafra ». À cette époque, la région compte 19 % de la population nigériane et constitue par conséquent, la richesse essentielle du pays. En effet, elle renferme près des deux tiers des gisements de pétrole du Nigéria.

Odumegwu Emeka Ojukwu, RFI Savoirs/ 2014 Getty Images

LA GUERRE DU BIAFRA CAUSE LA PERTE DES IGBO

La guerre du Biafra nait d’une sécession qui oppose les Igbo, ethnie du sud-est du Nigéria, et le gouvernement du Nigéria lui-même. Cette guerre civile fait près d’un million de morts et s’étale sur 30 mois. Entre bombardements et blocus le Biafra dépose les armes en janvier 1970, après la fuite de son gouverneur Odumegwu Ojukwu.

Cette guerre civile affecte aujourd’hui la mémoire collective nigériane dont l’unité a été frappée de plein fouet par ces affronts. Ces évènements ont également contribué à la perte du statut économique des Igbo qui s’étaient enrichis par le pétrole. Le gouvernement nigérian avait alors saisi nombre de leurs biens qu’il n’a pas rendu à l’Après-guerre. Si bien qu’aujourd’hui, beaucoup se sentent marginalisés, voire exclus. Ils déplorent par exemple le fait qu’un Igbo ne se soit jamais trouvé à la tête du pays.

À l’issu de cette guerre, ils leur faut donc s’adapter et au bout de deux ans, ils récupèrent leur statut économique d’Avant-guerre. Comment expliquer que la transition se soit faite aussi rapidement ? Tout homme d’ethnie Igbo à la réponse à cette question, à savoir que le peuple Igbo a la capacité de créer et d’exposer ses richesses plus que n’importe quel peuple nigérian.

LE CONCEPT IGBA BOI

« Igba Boi » est le nom que l’on attribue au programme qui est à la tête de la reprise économique des Igbo. Il consiste à ce que les jeunes hommes se séparent de leur famille afin de vivre aux côtés d’un homme prospère dans l’espoir que ce dernier soit un mentor pour eux. C’est un système d’apprentissage original mais fructueux. En effet, leur patron, qu’ils surnomment « Oga », a pour rôle de contribuer à l’acquisition de multiples compétences pratiques du jeune. Des choses les plus simples, comme laver sa voiture, aux plus complexes comme apprendre à gérer une entreprise. L’objectif de cette pratique est de former le jeune homme à un métier, et ce, durant cinq ans.

Ces tâches ne sont rémunérées qu’à l’issue de ces cinq années révolues. Avant cela, c’est l’apprentissage qui prime. Néanmoins, le patron nourrit et loge son élève. Ce processus peut être sujet à de nombreuses critiques. Pourtant, il reste légal et est un pilier économique pour les Igbo, comme le démontre le Peoples Club, une des organisations fondatrices. Crée en 1971 dès la fin de la guerre, il est un espoir économique dont le principe fédérateur repose sur la devise : Unité, Amour et Service.

INSTITUTIONALISER LE PROGRAMME IGBA BOI POUR ÉVITER LES FRAUDES

Même si l’on vante les mérites du programme Igba Boi, il est important de ne pas omettre la notion de confiance et le prise de risque. Tout repose effectivement sur la bonne volonté du patron, et de son accord avec l’élève sur la bonne foi. Comme dit plus haut, les services n’ouvrent pas sur un système de rémunération mensuel. Or, à la fin de la formation, le concept veut que le patron octroie au jeune homme des fonds d’investissement à l’aide desquels il lui serait possible de créer sa propre entreprise.

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Ainsi, tout ce que l’élève a pu apprendre au moyen de sa formation lui sera bénéfique en tant que futur entrepreneur. Reste que les jeunes hommes concernés ne sont pas à l’abri d’un patron malhonnête dont le but est d’abuser des services de l’élève sans lui proposer un fonds de lancement en retour.

Le programme Igba Boi a pour objectif de devenir un apprentissage à part entière. Une fois, institutionnalisé ce système d’apprentissage permettrait d’éviter toute rupture d’accord pour le moment inéluctable. Il permettrait également l’obtention d’un certificat, présentant un niveau de qualification comme c’est le cas pour un diplôme universitaire ordinaire. Cette initiative dont le slogan est « Onye a hana nwanne ya« , en français, « Ne laissez pas votre frère derrière », est aujourd’hui prospère. Elle attire de nombreux hommes qui a l’issue de la formation sont à la tête d’une richesse parfois bien plus imposante que celle d’un universitaire diplômé.

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