Oui, les Noirs vont en thérapie mais pas avec n’importe qui !
Après avoir visionné une vidéo intitulée “Les Noirs ne vont pas en thérapie” récemment publiée sur YouTube, la psychologue praticienne, Brandi Pritchett-Johnson, qui travaille principalement avec des minorités ethno-raciales dont la majorité des patients sont noirs, est tombée des nues. Celle-ci est affirmative : “oui, les Noirs vont en thérapie !”. Cependant, il y a une condition : le thérapeute doit être une personne en qui ils ont confiance et qui a à cœur leur intérêt.
Selon le *Dr Pritchett-Johnson, historiquement, le domaine de la psychologie, à l’instar du système médical (et à peu près n’importe quelle autre institution de soins), a particulièrement nui aux personnes racisées, de manière explicite ou implicite. Les erreurs de diagnostic, l’utilisation prématurée de médicaments psychiatriques, les hospitalisations psychiatriques abusives et les soins thérapeutiques inefficaces sont une réalité pour les Noirs. Et ces réalités ne sont pas à prendre à la légère puisqu’elles font trop souvent obstacle dans la recherche d’aide.
De nombreuses études démontrent que la stigmatisation, le manque de connaissances, le manque d’accessibilité, le manque de confiance, le service inadapté, la conscience de soi, l’âge, la classe sociale et le manque de compréhension culturelle sont les principaux facteurs qui influent sur les comportements des Noirs à l’égard de la recherche. D’où la question suivante : comment les Noirs peuvent-ils dépasser ces barrières légitimes pour obtenir le soutien qu’ils méritent, d’une manière efficace et compétente ?
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Pour la psychologue, il est indispensable de faire une auto-évaluation et de se poser les questions suivantes : De quel type de soutien avez-vous besoin ? Quels schémas dans votre vie vous causent de la détresse ? Quels sont vos symptômes ? Acceptez-vous de vous mettre à la recherche de conseils ou de suivre une thérapie ? Quel genre de thérapeute voulez-vous?
Prenez le temps de rechercher des thérapeutes de votre région sur Internet, n’hésitez pas à suivre les recommandations d’amis fiables. Généralement, il existe des profils répertoriés indiquant l’origine ethnique du prestataire, un aperçu de ses méthodes thérapeutiques, du format et du coût de ses services. Soyez pointilleux. Déterminez les caractéristiques nécessaires qui vous aideront à vous sentir moins vulnérable et plus en sécurité.
Lors de la première consultation, compte tenu de l’historique des mauvais traitements et de la méfiance culturelle, il est parfaitement normal d’être prudent, même si vous devez savoir que le travail d’un prestataire est de poser des questions ou de s’investir dans votre thérapie, dans le but de vous fournir le meilleur soutien possible. Soyez simplement honnête. Dites au thérapeute ce que vous ressentez : nerveux, inquiet, effrayé, excité, désespéré, etc.
N’hésitez pas à dire au prestataire quels aspects de votre identité vous paraissent les plus importants pour vous et vous renseigner sur leur nature. Si c’est important pour vous, n’hésitez pas à demander à votre conseiller-ère ou thérapeute si le multiculturalisme font partie de leur formation. Si cela est important pour vous, demandez-lui quel est son point de vue sur le diagnostic et les médicaments.
Ces questions sont non seulement utiles pour vous, mais également pour le prestataire. Tout comme n’importe quelle relation, il est important de voir si vous êtes tous / toutes les deux compatibles et s’il y a une cohésion. Voici quelques signes courants de sécurité thérapeutique :
- Êtes-vous à l’aise avec le cadre / l’ambiance du bureau du thérapeute ? Vous semble-t-il accessible ?
- Le prestataire semble-t-il à l’aise avec un langage culturel ou racialisé ?
- Pensez-vous que votre prestataire soit authentique et honnête ?
- Le style de thérapie du prestataire vous fait-il vous sentir en sécurité ?
- Le prestataire est-il assez ouvert pour partager des informations le concernant ?
- Le prestataire est-il flexible avec son protocole ou son processus thérapeutique censé assurer votre sécurité et votre confort ? Si ce n’est pas le cas, est-il transparent à ce sujet ? À noter qu’il existe des paramètres éthiques ou juridiques qui peuvent restreindre leur flexibilité, néanmoins, la volonté d’en discuter est révélatrice concernant son positionnement face à cela.
Après la première séance, l’heure est à la réflexion… Qu’est-ce que vous avez aimé chez le thérapeute et qu’est-ce que vous n’avez pas aimé ? Vous sentez-vous connecté.e à ce dernier et croyez-vous sincèrement qu’il a à cœur de faire au mieux, dans votre intérêt ?
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Certaines études ont indiqué que l’appariement racial est essentiel pour l’efficacité de la thérapie. Il est universellement reconnu qu’en fonction de l’état de développement de l’identité raciale d’une personne, l’appariement racial aura un impact si vous vous sentez plus connecté.e et engagé.e dans le processus de thérapie. Il est donc normal de supposer que cela pourrait accroître l’efficacité de la thérapie.
Souvenez-vous que, quelque soit l’issue, vous devez assister à la session de suivi. Ainsi, si vous décidez de ne pas continuer, il est important que vous partagiez des informations sur votre expérience et que vous vous donniez l’opportunité de voir si les choses peuvent s’améliorer. Partagez vos réflexions. Une rétroaction honnête peut donner à votre thérapeute l’occasion de chercher des réponses et de faire des ajustements, s’il le juge opportun. Un feedback honnête de votre part permettra, par ailleurs, de responsabiliser les prestataires et de les amener à pratiquer d’une manière culturellement adaptée. C’est le plaidoyer le plus approprié et la plus courageus que vous puissiez exercer pour votre propre bien-être.

* Le Dr Brandi Pritchett-Johnson est psychologue et professeur adjoint de clinique à l’université de Floride. Elle est également PDG/présidente de l’association à but non lucratif Future 4 Teens
Avec blackdoctor.org
