Pathé’O, l’espoir de la mode africaine

La teinture « mouchetée », la « mouchetée imprimée », la « salade », la teinture « nuage », voici les motifs caractéristiques de la Maison Pathé’O. Et si aujourd’hui ses créations stylistiques sont appréciées à l’internationale, le chemin pour y arriver ne fut pas de tout repos.

Pathé’O est le nouveau nom de la mode africaine. Tailleur autodidacte, ce dernier possède à ce jour une vingtaine de boutiques qui portent le même nom. Sa marque est destiné à tous types de personnes pour tous types d’occasions. Zoom sur l’évolution de ce tailleur.

L’ÉVOLUTION DE PATHÉO OUADROGO

« Il faut créer tous les jours, surprendre les clients, tout le monde veut des nouveautés » affirme le tailleur. Des tissus locaux et des motifs très colorés, voici la patte de Pathé Ouédraogo, la star mondiale de la mode africaine. D’origine ivoiro-burkinabè, le styliste nait à l’époque de la colonisation française, précisément en 1950 en Haute Volta qui deviendra trente-quatre ans plus tard, le Burkina Faso.

Et lorsqu’il décide de le quitter à l’âge de 19 ans, son avenir est loin d’être tracé. Fils de cultivateurs, il s’improvise tout d’abord, travailleur dans des plantations de cacao en Côte d’Ivoire. Il sera écarté de cette profession qui semble ne pas lui correspondre de par son jeune âge. Très vite, il emprunte le chemin du cœur populaire de la capitale ivoirienne où il exercera comme beaucoup à cette époque, en tant que tailleur.

Pathé’O, plus de 50 ans de carrière portés par Nelson Mandela/Afrikfashion

Pathé’O a aujourd’hui 70 ans et admet qu’arriver à la reconnaissance mondiale qu’on lui connaît n’a pas été chose facile. En effet, il livre à l’AFP les difficultés qui l’environnaient : « Les gens se moquaient de moi, ils me prenaient pour un fou. Vous n’arriviez jamais à convaincre un responsable de porter un tissu fait au Burkina ou en Côte d’Ivoire ». Selon lui, « dans l’esprit de beaucoup de gens ici, tailleur c’est un métier pour ceux qui ne sont pas allés à l’école, un métier de raté ».

Le styliste a cependant su prouver le contraire. De sorte qu’aujourd’hui, sa marque bénéficie d’une renommée mondiale et est de fait, porter voire représenter par les plus grands.

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LA RENOMMÉE INTERNATIONALE DE PATHÉ’O

La première édition du « Ciseaux d’Or » marque le début du succès de l’artiste qui la remporte en 1987. La route fut longue pour celui qui est aujourd’hui considéré comme le « couturier de Mandela ». À cette époque où l’Apartheid sévit, une fervente défenseuse de la cause des Noirs mettra par chance en lumière le travail de cet entrepreneur. Cette personne se nomme Miriam Makeba est chanteuse et est une figure emblématique de la lutte contre l’Apartheid qu’elle mène par le biais de voyages entrepris dans le monde entier.

Miriam Makaba intercède à l’ONU le 16 juillet 1963, afin de réclamer aux États qui la composent de contraindre la politique d’Apartheid sud-africaine. Lorsqu’elle se rend en Côte d’Ivoire, elle achète plusieurs chemises réalisées par la maison Pathé’O. Elle offrira une des chemises à Mandela devenu son ami en raison de leur combat commun.

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Miriam Makeba, les ailes de l’exil

Dès lors, Mandela devient le représentant de cette marque. En 1994, lorsqu’il se rend en France pour sa rencontre avec François Mitterrand au sujet de la démocratisation et de la reconstruction de l’Afrique du Sud, celui-ci porte fièrement les couleurs de l’Afrique cousues par la Maison Pathé’O. Le styliste accède alors à la renommée pour laquelle il a si longtemps travaillé.

Les jours qui suivent l’apparition médiatisée du président sud-africain auront pour conséquence d’augmenter les chiffres d’affaire des boutiques à l’enseigne Pathé’O. Son succès ne s’arrête pas là puisqu’en 2019 il collabore avec Dior, la marque de luxe française. C’est comme il le dit, un évènement « historique ».

Un succès qui perdure puisqu’on fêtait récemment le cinquantenaire de la marque. Pour l’occasion, un défilé fut organisé le 29 mai dernier à Riviera Triangle, à Cocody, une commune d’Abidjan. Pathé’O est ainsi devenu officier de l’ordre national de Côte d’Ivoire, le grade le plus haut placé de l’histoire de la mode.

Néanmoins, si la Maison Pathé’O possède aujourd’hui des boutiques dans une dizaine de pays africains, l’objectif de ce tailleur, marié et père de trois enfants, n’est qu’en partie atteint. En effet, ce dernier souhaite par-dessus tout changer l’image de la mode en Afrique et prouver au moyen de sa reconnaissance que celle-ci peut représenter un secteur économique à part entière et contribuer au développement de l’Afrique. Il est par ailleurs convaincu que la mode saura faire rayonner les nombreux talents présents en Afrique.

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