Procès Assa Traoré : la justice française doit répondre aux questions de la famille Traoré

Environ 300 personnes se sont rassemblées vendredi 7 mai, devant le tribunal pour protester « contre l’impunité des gendarmes » et soutenir Assa Traoré, poursuivie en diffamation par ces derniers qu’elle accuse d’avoir tué son frère, Adama Traoré, en juillet 2016. Après deux jours de procès, le jugement a été mis en délibéré au 1er juillet prochain.

Cela fait maintenant 5 ans qu’Assa Traoré réclame justice pour son frère, Adama Traoré, décédé entre les mains de gendarmes, le 19 juillet 2016 à Beaumont-sur-oise. Si plusieurs expertises médicales ont démontré que la mort du jeune homme de 24 ans à l’époque est liée à une asphyxie, la justice, elle, tarde à se prononcer sur cette affaire très médiatisée. Face à ce statut quo, Assa Traoré a publié une tribune en 2019 sur son compte Facebook intitulée J’Accuse !. Dans cette lettre qui reprend la célèbre formule de l’écrivain Emile Zola, la militante divulgue le nom des trois gendarmes ayant violemment procédé à l’arrestation de son frère. Ces derniers ont déposé plainte pour « atteinte à la présomption d’innocence ».

Lors de sa première audition à la barre le jeudi 6 mai 2021, la porte-parole de comité Adama a déclaré n’exprimer aucun regret quant à la divulgation des noms de gendarme impliqués dans la mort de son frère. « J’assume cette lettre. Si la justice française à laquelle j’étais censée faire confiance avait fait le travail nécessaire, peut-être qu’à ce moment-là, je n’aurais pas eu envie d’écrire cette lettre », objecte t-elle aux avocats de la défense, faute de pouvoir s’adresser aux gendarmes, absents lors du procès.

Jeune étudiante en cinéma arborant une pancarte ©ByUsMedia

Un icône devenue une cible

De nombreux étudiants, militants et familles de victimes se sont déplacés devant le tribunal, en pleine journée, suite à l’appel au rassemblement du comité. Pour eux, soutenir la militante est une nécessité. « Assa Traoré a apporté énormément de force et soutien à des comités réclamant comme elle la justice notamment à notre comité. Donc pour moi c’est légitime que je lui apporte mon soutien en étant là aujourd’hui au tribunal  » confit un membre du comité Vérité et Justice pour Gaye Camara. Même son de cloche du côté des quelques politiques présents. « Le combat d’Assa Traore et sa famille est un combat qui a regroupe tous les familles victimes elles aussi de violences policières. Elle est devenue un emblème pour toutes les familles victimes de violences policières. Forcément vu que c’est un emblème maintenant c’est devenu une cible » déclare Cécile, une militante du parti politique gauche révolutionnaire.

Une cible, Assa Traoré l’est devenue très rapidement sur les réseaux sociaux. Elle est régulièrement victime d’insultes racistes, menaces de morts et même « des appels aux viols » précise t-elle lors de son discours devant les centaines personnes présent au parvis du Tribunal de Paris.

Le combat d’une vie

Le combat contre les violences policières n’est pas sans conséquence. La jeune femme a été victime d’un malaise vendredi matin et n’a pas pu assister aux plaidoiries et réquisitions. « Elle a été victime d’un traumatisme dans la nuit du jeudi 6 au vendredi 7 mai et de maux de ventre qui ont continué jusqu’au matin. Elle a dû donc être transportée à l’hôpital. Malgré cela, elle a tenu a assisté au deuxième jour de son procès. Et forcément lorsqu’elle voit plus d’une centaine de personnes la soutenir en se mobilisant, cela lui fait extrêmement plaisir, cela lui redonne de la force et du courage pour poursuivre son combat  » indique Samir, militant contre les violences en banlieues depuis près de 20 ans et proche de la famille Traoré.

Aux alentours de 19H, Assa Traoré sort du Tribunal en présence de ses proches et de son avocat. La sœur d’Adama Traoré entourée de ses proches, s’adresse à la foule et assure que son frère aura droit un jour à son procès : « On reviendra à l’intérieur du tribunal pour le procès d’Adama Traoré. C’est un combat qu’on ne lâchera jamais, pour l’honneur et la dignité de mon petit frère qui n’est plus de ce monde, pour répondre aux insultes et les diffamations à son égard. Mais il a une famille qui est là pour lui et vous aussi vous êtes là pour mener ce combat. Parce que si on reporte ce combat, on avance sur tous les autres combats, car notre combat c’est de dire non à la discrimination, non aux violences policières et non au racisme en France ».

Le rendu du verdict aura lieu le 1 juillet 2021.  

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