Sarah Culbertson ou la quête identitaire d’une princesse de Sierra Leone

Dix-sept années auront été nécessaires à Sarah Culbertson pour déterminer ses origines. La danseuse et actrice américaine a aujourd’hui le titre de princesse. Pourtant, cet avenir princier elle ne l’aurait jamais envisagé.

 « You’re considered a princess in this country » Tu es considérée comme une princesse dans ce pays. Sarah Culbertson a 28 ans lorsqu’elle entend son oncle qu’elle ne connaît pas encore lui dire cette phrase qui changera le cours de son existence.

SON ADOPTION PAR UNE FAMILLE BLANCHE

L’esclavage, le colonialisme et l’apartheid explique en partie les séparations des familles afro-descendantes, et la difficulté des enfants à connaître et embrasser leurs racines. Et bien souvent, l’enfant grandit avec en tête un besoin de quête de son identité. À plus forte raison lorsque la couleur de peau diffère de celles de ses parents adoptifs et de fait, interroge.

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Sarah est adoptée par une famille blanche dans laquelle grandissent déjà deux sœurs. La peau métissée et les cheveux bouclés de la fillette marquent une dissemblance flagrante que sa grande sœur adoptive justifie ainsi : « She’s part West African, and part White American »

Cette différence a fait germer en elle nombre de questionnements. C’est décidé à comprendre la raison de son adoption et à en apprendre sur l’existence de ses parents biologiques que Sarah se lance dans de sérieuses recherches. Elle rentre tout juste en école supérieure lorsqu’elle découvre que sa mère est blanche. Elle en déduit qu’elle a des origines africaines du côté de son père. Cette même année, le décès de sa mère décède des suites d’un cancer, la pousse à rechercher sa famille biologique.

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UN PAS VERS SES RACINES

Baignant dans le doute quant au fait de retrouver son père, elle engage un détective privé qu’elle charge de cette mission. Elle est tenue au courant des nouvelles, lesquelles sont plutôt encourageantes. Le détective privé a en effet trouvé la famille de son père et lui conseille de rédiger une lettre à leur attention. En partance pour Maryland, Sarah Culbertson y décrit le désir de rencontrer sa famille biologique, l’excitation que cela lui procure, et le besoin d’en apprendre plus sur eux, sur l’histoire de sa famille.

Le téléphone sonne soudainement quatre jours plus tard. Au bout du fil, sa tante Evelyn qui lui demande si elle se porte bien. Sarah Culbertson est choquée, presque tétanisée. Un mélange d’enthousiasme et de stupéfaction qu’elle traduit par « I froze » (« je suis figée« ). Et ce n’est que le début. Jusque là, elle était simplement Sarah, une Afro-américaine dont la famille biologique a été retrouvée. Or il se trouve qu’en Sierra Leone, Sarah est une princesse.

Elle apprend que son grand-père était un chef suprême, qu’elle est donc issue d’une famille royale et a le titre de princesse. Elle souhaite désormais rentrer en contact avec son père. C’est ainsi qu’après avoir planifié son premier voyage à destination de Sierra Leone, elle rencontrera ce dernier qu’elle décrit comme « pétrifié » voire « nerveux ».

DES RESPONSABILITÉS À PRENDRE POUR SON PAYS

Le lendemain, la jeune femme découvre la terre de ses ancêtres. Le matin-même, elle se rend dans le village où vit son père. Les habitants lui offrent un accueil digne du titre princier qu’elle porte à présent. Les femmes dansent en chantant, elle portent des robes semblables à celle de Sarah. Subjuguée, elle pense vivre un rêve éveillé : « It was so exciting and so special ».

Les célébrations ont duré des jours faisant en partie oublié ce qu’a subi la Sierra Leone quelques années plus tôt. En effet, nous sommes en 2004 et le pays sort de onze ans de guerre civile qui s’est achevée en 2002. Les conséquences sont dramatiques. Il manque un bras ou une jambe à la plupart des habitants, y compris les enfants, tandis que le bilan humain de la guerre des diamants de conflits fait état de près de 50 000 morts.

Ce contexte permet à Sarah Culbertson de prouver qu’être une princesse ne rime pas avec inertie. En effet, l’état du pays après-guerre lui a fait prendre conscience du rôle important qu’elle avait à jouer en tant que princesse. C’est pourquoi sa présence au sein de ce pays s’est avérée primordiale, elle a été le soutien que les habitants attendaient. Sa venue lui a non seulement permis d’en apprendre sur son identité mais également sur ses responsabilités en tant que princesse.

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L’année suivante, elle engagera un projet bénévole avec la précieuse aide de sa famille adoptive. Son but étant de venir en aide aux habitants que la guerre a frappé de plein fouet. Cinq années après son arrivée en Sierra Leone, elle écrit un livre dans lequel elle décrit son expérience de façon détaillée.

Sarah est actuellement en contact avec l’entreprise américaine Disney, avec qui elle envisage la production d’un film portant sur son histoire. Elle espère profondément que son histoire aidera les enfants noirs d’Amérique à comprendre leurs racines. Pour cette dernière, il est nécessaire que chacun comprenne que « nous ne sommes pas tous arrivés ici en tant qu’esclaves ».

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