Serena Williams : les femmes blanches ne sont pas notre norme de beauté !
“Les femmes blanches ne sont pas notre norme de beauté”, telle est la posture de Serena Williams après qu’un journaliste sportif lui ait demandé si celle-ci n’était pas intimidée par le physique “top model” de Maria Sharapova, lors d’une interview censée porter sur ses performances durant l’Open de France.
C’est au cours du deuxième week-end du Roland Garros 2018, qu’un journaliste sportif américain répondant au nom de Bill Simmons a jugé opportun d’aborder Serena avec une question pour le moins improbable, qu’il attendait de lui poser depuis quatorze ans, selon ses propres mots. Le magazine américain Rolling Out rapporte que ce dernier a d’abord essayé de plaisanter avec Williams au sujet de sa fille Olympia, avant de se lancer :
« J’ai attendu 14 ans pour vous poser cette question. J’ai interviewé Donald Trump en 2004 après un match entre Maria Sharapova et vous, et il avait déclaré que ses épaules étaient incroyablement séduisantes. Son analyse était donc la suivante : vous aviez probablement été intimidée par son allure de top-model. Est-ce que c’est vrai ? Avez-vous été intimidée ? »
La réponse de Serena ne s’est pas fait attendre :
« Honnêtement, je n’ai rien à dire à ce sujet. Je n’ai jamais été intimidée par qui que ce soit. C’est tout. »
Des allusions et remarques relatives à son aspect physique, sans aucun rapport avec la raison initiale pour laquelle Serena Williams et le journaliste étaient en interview, à savoir le tennis ! À noter que des propos similaires sont régulièrement tenus à son encontre, par des journalistes qui feignent de ne pas voir l’insulte que comporte leur approche, contraignant ainsi la talentueuse tenniswoman à prendre sur elle pour ne pas s’offusquer, face à leurs questions sexistes et inappropriées.

Rappelons tout de même que Serena menait 19-2 dans ses confrontations avec Maria Sharapova, avant qu’une blessure aux pectoraux empêche celle-ci de servir, la privant d’un choc contre la Russe, en huitième de finale. Serena a prouvé à maintes reprises sa supériorité en la matière, ce qui fait d’elle la joueuse la plus titrée de l’ère Open avec 23 titres du Grand Chelem remportés, une médaille d’or à chacune des quatre fois où elle est apparue aux Jeux olympiques, qu’elle joue en simple ou en double. Sharapova a perdu d’ailleurs la fois où elle était là. Il n’y a donc définitivement rien à comparer.
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Pour ce qui relève de la beauté et ses critères, nous avons tous nos normes, nos préférences, soumis à un conditionnement que nous acceptons ou rejetons. Chacun est libre de préférer le physique de Maria Sharapova à celui de Serena Williams. Pour ce qui est de Donald Trump et son racisme avéré, il n’est guère surprenant que Maria Sharapova soit son type de femme, ses mariages parlant d’eux-mêmes, avec Ivana d’origine tchèque et Melania d’origine slovène.
Mais en quoi le fait qu’un vieil homme blanc raciste, accessoirement président des États-Unis, trouve les épaules de Sharapova séduisantes est-il le problème de Serena ?
Cela sera peut-être un choc et une surprise pour les Blancs, mais les femmes noires ont, elles aussi, leurs propres idéaux de beauté dont les caractéristiques ne sont pas obsessionnellement liés aux diktats esthétiques européens. Il est d’ailleurs à parier que si l’on demandait à 1000 femmes noires d’énumérer 1000 femmes, toutes races confondues, selon elles les plus attrayantes, le nom de Maria Sharapova ne figurerait certainement pas dans la liste, no offense ! N’en déplaise à cette société blanche qui aimerait tellement entendre le contraire : la plupart des femmes noires ne passent pas leurs journées à idolâtrer le physique des femmes blanches, soyez-en certains.
C’est pourquoi, nous croyons Serena lorsqu’elle affirme qu’elle n’est pas et n’a jamais été intimidée par les caractéristiques physiques de son adversaire.

Dear white people, nous n’exigeons pas de vous que vous trouviez les femmes noires attirantes. Nous ne cherchons pas non plus à gagner votre estime. Mais cette comparaison physique, reflet d’un esprit de supériorité latent, viscéral et inhérent, n’a absolument pas lieu d’être ! Elle est une perte de temps, tant sur le plan émotionnel que psychologique, et nous éloigne de la véritable raison pour laquelle nous connaissons le nom de Serena Williams ou encore celui de Maria Sharapova : le tennis.
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Le fait que ce “journaliste sportif” essaie d’opposer deux femmes, les monter l’une contre l’autre, en dehors de la discipline qui les réunit, montre juste la réalité cynique du sexisme et du racisme profondément ancrés dans ces sociétés. Cela montre qu’au lieu de se concentrer sur le temps, les compétences et les efforts qu’il faut pour atteindre ce niveau d’excellence, un homme blanc a patienté durant 14 ans (ce n’est pas rien), dans l’espoir d’avoir un jour l’occasion de demander à une femme noire si elle est intimidée par Maria Sharapova, une femme blanche.
Cette question déplorable, pour ne pas dire lamentable, vient de fait invalider l’expertise de ce journaliste (dont le professionnalisme nous laisse sceptique), qui a délibérément choisi de faire l’impasse sur la détermination et l’excellence d’une championne hors pair, en faveur d’une discussion mesquine et puérile. Une démarche vaine et stérile, mais surtout réductrice. Comme si la seule contribution digne d’une femme, dans ce monde, se résumait à sa beauté. Le chemin est long…
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