lifestyle

Discrimination capillaire : une population cosmopolite en proie à l’intolérance vis-à-vis du cheveu crépu

par Deborah

3 juin 2021

Entre piques et tentatives de réconciliation, les cheveux bouclés, frisés et crépus n’ont pas fini d’essuyer des critiques. Si les personnes noires ont longtemps été exclues des standards de beauté, leur nature de cheveux, elle, n’est toujours pas épargnée. 

Après plus de quatorze ans de recherches, la marque française de soins capillaires de luxe, Kérastase, fait un grand pas en mettant en vente une gamme pour « magnifier les cheveux bouclés, frisés et crépus ».

QUAND LA DIVERSITÉ EN VOIT DE TOUTES LES COULEURS

Le 03 mai 2021, la célèbre marque de soins capillaires Kérastase met sur le marché « Curl Manifesto », une gamme de produits adaptés aux besoins des cheveux bouclés, frisés et crépus. Celle-ci fait sensation auprès des concernées, dans un contexte où les discriminations capillaires sont à la hausse.

Néanmoins, la problématique demeure puisque les produits capillaires destinés aux cheveux crépus sont souvent introuvables en grande surface. L’approche commerciale diffère selon le type de cheveux. Les supermarchés ne présentent pas les produits adéquats et relatifs à tous types de cheveux . Aussi les personnes à la nature de cheveux crépus ou métissés se voient dans l’obligation de se rendre dans des magasins spécifiques, alors que chacun devrait pouvoir trouver les produits qui lui correspondent en grande surface.

Lire aussi >> Vernon François, le coiffeur qui ambitionne de révolutionner la vision du cheveu afro

En 2017, le magazine Grazia UK faisait parler de lui après avoir usé de l’application de retouches Photoshop, afin que les cheveux de Lupita Nyong’o en couverture, paraissent plus « européens ». Après s’être excusé auprès de l’actrice kenyane, le magazine s’engage désormais à représenter la diversité. Il y a cependant une différence entre l’acceptation de la diversité et son adaptation aux critères de beauté.    

Retouchée, Lupita Nyong’o dénonce l'”eurocentrisme” du magazine Grazia/Fashion Network

ENTRE MÉDISANCE ET INTOLÉRANCE

Cet événement a marqué les consciences puisque faire la couverture d’un magazine était l’occasion pour Lupita Nyong’o « de montrer à d’autres personnes de couleur, aux cheveux crépus, et en particulier aux enfants, qu’ils sont beaux comme ils sont ». C’est ce type d’agissement adopté par Grazia, qui, depuis toujours, porte à croire que les critères de beauté sont définis par les peaux blanches et les cheveux lisses considérés, d’après, Aline Tacite, Créatrice du Salon Boucles d’Ébène Studio, comme « le cheveu unique ». Conséquences : les peaux noires, racisées et les cheveux bouclés ou crépus ne se sentent pas représentées puisqu’exclues de ces standards.

Dans la foulée, en 2018, Yassin Alami, co-fondateur de l’association Hrach is beautiful revendique le cheveu crépu au sein de la communauté maghrébine. « Le constat qu’on a fait et la conclusion, c’est qu’il y a un gros problème et que c’est encore une question tabou cette histoire de cheveu, puisqu’elle est liée aussi à l’identité, et il y a des problématiques de colorisme, de racisme et de négrophobie en Afrique du Nord ». Là encore, c’est la nature de cheveux des personnes de couleur qui est visée.

Yassin Alami- Co-fondateur de Hrach is beautiful- À un cheveu près/ Youtube

Un an plus tard, une affaire scandalise la toile qui crie au racisme. En effet, le 13 septembre 2019, la candidate de téléréalité française Capucine Anav compare les cheveux crépus à « un balais à chiottes ». Propos « déplacés », « maladroits » ou « racistes »; les internautes, offusqués, l’incriminent. Vexée, celle-ci répondra de manière douteuse en accusant les personnes noires de manquer de confiance en elles et d’avoir honte de leurs cheveux, d’où la virulence de leurs réactions.

LES INITIATIVES : UNE PORTE VERS L’INCLUSIVITÉ CAPILLAIRE

Quoi de mieux que le mouvement « Nappy » pour répondre à ces attaques ?! Celui-ci prône le retour au cheveux naturels, « Nappy » étant la contraction de « Natural » et de « Happy ». Longtemps utilisé aux États-Unis de manière péjorative, le terme « Nappyme » est ,en France, l’étendard du retour au naturel et de la fierté de porter ses cheveux crépus. Ce mouvement symbolise le rejet de la pression sociétale selon laquelle le cheveu lisse est le critère de beauté par excellence.

https://www.instagram.com/p/CPgn3otqWFO/

Pourtant, cette discrimination capillaire est présente dans de multiples domaines et à différents niveaux. À titre d’exemple, avant 2015, il n’y avait pas d’école spécifique pour la formation des cheveux crépus. Cela sous-entend-t-il que ces cheveux ne valaient pas la peine d’être étudiés ? On ne délivrait pas non plus de diplôme national sur la formation du cheveu crépu.

Body Academy est l’une des rares écoles à proposer un apprentissage spécialisé du cheveu afro et du cheveu métissé, sans pour autant faire abstraction du cheveu de type européen. Consciente de la diversité que présente la société, cette école privée hors contrat propose des formations « Black & White », une formation exclusivement « black » et également des formations exclusivement « white ».

Une démarche respectable qui n’efface cependant pas les discriminations et préjugés autour de la question. Si bien qu’il est encore possible, aujourd’hui, de constater que des femmes noires et racisées ont peur d’adopter l’afro ou simplement d’exposer leurs cheveux au naturel.

C’est pourquoi il faut continuer d’éduquer et de sensibiliser. Ainsi, Hashley Aguste, créatrice de Little Nappy , souhaite, à travers le livre et l’animé, mettre en exergue le problème identitaire lié au cheveu crépu. Son objectif est simple : atteindre l’acception et l’estime de soi, tout autant que la tolérance de la diversité dès le plus jeune âge.

Hashley Aguste signe son premier livre “Little Nappy/ Mairie de Vitry-sur-Seine

Lire aussi >> Le Top 5 des dessins animés célébrant la culture noire !